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Billet de blog 22 janvier 2026

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Nawell Madani : chronique d'une imposture

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Illustration 1

L’ethnocentrisme de classe

La coréalisatrice de la série « Jusqu’ici tout va bien », Nawell Madani, a tenu à défendre son œuvre contre les critiques mettant en lumière les nombreux clichés que regorge cette production en affirmant avoir mis en image ces stéréotypes dans le dessein de les « dénoncer ». En faisant de la sociologie élémentaire, il nous sera aisé de démontrer que cette défense est à caractère éminemment sophistique. Nous pouvons répondre à cela en mettant en exergue deux éléments 1. La série a été réalisé par deux bourgeois : Nawell Madani, issue d’un quartier aisé de Bruxelles ; et Simon Jablonka, fils d’un ingénieur physicien et d’une professeure de lettres, et frère de l’écrivain Ivan Jablonka. Par conséquent, leur vision de la banlieue ou de la vie des quartiers populaires de France est exogène et donc soumise à une perception subjective. Cette subjectivité exogène est précisément ce qui annihile l’idée que les réalisateurs de « Jusqu’ici tout va bien » ont choisir de « dénoncer » de l’intérieur les stéréotypes qu’ils mirent en lumière, puisque, n’étant pas issus de ces quartiers, ni Nawell Madani ni Simon Jablonka ne sont en mesure d’apporter un regard endogène de la vie de quartier populaire. Pis : le fait que ces deux personnes susmentionnées viennent d’un milieu autre que celui qu’ils tentent de décrire fait que leurs conditions économico-sociales conditionnent leurs jugements subjectifs. En effet, lorsque nous réfléchissons à partir de nos propres idées, de nos propres perceptions, ce que nous pensons être des analyses objectives ne sont, en réalités, que des observations subjectives marqués par notre mode de vie. Ainsi, il est primordial de comprendre que, lorsque nous étudions des phénomènes sociaux, notre regard porté sur ceux-ci sont conditionné par notre propre mode de vie, notre culture, notre condition sociale. 2. Nawell Madani met en avant l’argument de la transparence pour justifier son œuvre et les stéréotypes risibles qui l’accompagnent. Pourtant, nous savons, en sociologie de base, que le fait d’isoler certains comportements de l’ensemble d’un mode de vie ou d’une culture n'a aucune valeur sociologique s’il n’y a pas d’éléments explicatifs de ces comportements stéréotypés ; l’objectif ne peut donc nullement être celui de « dénoncer » des comportements, mais bel et bien de propager des stéréotypes. En effet, pour qu’il puisse y avoir une véritable pertinence sociologique, les phénomènes sociaux doivent obligatoirement être étudiés en termes structurelles (on parle des classes sociales, dans le cas de la série de Nawell Madani). Une caractéristique structurelle est définie par rapport à sa position dans un ensemble plus large (ici, l’ensemble des classes sociales), ainsi que sa relation avec les autres éléments composant cet ensemble (ici, les autres classes sociales). Ce qui différencie les études sociologiques séries du folklore stéréotypés, c’est le raisonnement en terme de structure. Dés éléments isolés et simplement juxtaposés (comme dans la majorité des films et des séries sur les quartiers populaires et les Maghrébins) ne sont rien d’autre que propagation des stéréotypes ; au contraire des phénomènes étudiés de manière structurelle qui permettent de les analyser de manière globale. Dans le cas des deux réalisateurs de la série, c’est un ethnocentrisme de classe qui détermine la perception que ces derniers ont des quartiers populaires de France. L'ethnocentrisme de classe est un concept qui associe deux notions importantes : l'ethnocentrisme et la classe sociale. Pour comprendre l'ethnocentrisme de classe, il est d'abord essentiel de comprendre ces deux termes. L'ethnocentrisme est une tendance humaine à considérer sa propre culture, ses valeurs et ses normes comme supérieures à celles des autres cultures. Cela peut se manifester par un sentiment de supériorité ou de mépris envers d'autres groupes culturels. Par exemple, une personne peut considérer que sa langue, sa religion ou ses coutumes sont meilleures que celles d'un autre groupe culturel. D'autre part, la classe sociale fait référence à la position sociale occupée par un individu dans une société, généralement basée sur des critères tels que la richesse, le revenu, l'éducation et l'occupation professionnelle. La classe sociale peut influencer de nombreux aspects de la vie des individus, tels que leurs opportunités économiques, leur accès à l'éducation, leur style de vie, etc. Maintenant, en combinant ces deux notions, l'ethnocentrisme de classe se réfère à une attitude ethnocentrique qui est spécifiquement liée à la classe sociale. Il s'agit de considérer sa propre classe sociale comme supérieure à d'autres classes sociales, en termes de valeurs, de modes de vie, de comportements, etc. Par exemple, une personne issue d'une classe sociale élevée peut considérer que les personnes de classes inférieures sont moins éduquées, moins sophistiquées ou moins méritantes. L'ethnocentrisme de classe peut contribuer à la reproduction des inégalités sociales, car il peut renforcer les stéréotypes, la discrimination et les préjugés envers les individus appartenant à des classes sociales différentes. Il peut également nuire à la solidarité et à la compréhension entre les différentes classes sociales. Il est nécessaire de prendre conscience de l'ethnocentrisme de classe et d'essayer de le remettre en question. La sociologie nous aide à analyser les inégalités sociales et à comprendre comment ces attitudes peuvent avoir un impact sur les relations entre les individus et les groupes sociaux. En développant une perspective plus ouverte et en remettant en question nos propres préjugés, nous pouvons contribuer à construire une société plus égalitaire et plus inclusive.

Les fantasmes de la bourgeoisie

Lors de sa tournée des plateaux de télévision pour promouvoir sa série, Nawell Madani a, à plusieurs reprises, justifié sa démarche en affirmant que son intention était de parler de la réalité des "banlieues" françaises et des "femmes des quartiers", tout en disant que c'était "à nous" de montrer la diversité. Pourtant, la question qui nous vient à l'esprit lorsque nous entendons l'humoriste belge s'ériger en porte-voix des Maghrébins et Maghrébines des quartiers populaires de France est la suivante : que connaît Nawell Madani de la vie des quartiers, elle qui est, dans les faits, une bourgeoise parisienne née et ayant passé son enfance dans une zone pavillonnaire de l'une des communes les plus riches de la ville de Bruxelles ? Dans quel honneur une femme n'étant pas issue des quartiers populaires français s'octroie-t-elle le droit ou la légitimité de parler d'une vie qu'elle n'a jamais vécue, eu égard à la condition sociale privilégiée dans laquelle  elle est née et a grandi ? Est-ce parce qu'elle est d'origine arabe et qu'elle s'appelle "Nawell" ? Certainement. D'ailleurs, on peut constater que l'humoriste belge a une certaine tendance à se mettre dans la peau de la jeune "beurette" de cité aux allures racailleuses ou de la "blédarde" de service, prenant ses origines ethniques comme justification à ses rôles stéréotypés et caricaturaux. En réalité, Nawell Madani est une "beurette" bobo des beaux quartiers parisiens qui fantasme sur une vie de quartier exotique et folklorique qu'elle ne connaît pas et n'a jamais vécue, elle qui est née dans la banlieue chic de la capitale de l'Europe ; ses origines maghrébines ne sont aucunement une caution légitimant ses besoins de singer de manière caricaturale les "banlieusards" des quartiers populaires français qu'elle ne côtoie pas. On peut constater l'étendue de ce complexe psychologique dans une série de vidéos diffusées depuis 2021 sur YouTube, intitulée "Dans le binks" (« Dans le quartier », en langage argotique de banlieue)) . Dans cette mini-production, Nawell Madani affirme vouloir " donner la parole aux quartiers". Entreprise louable, mais pourquoi ressent-elle le besoin de se mettre en scène devant le bâtiment d'une cité française, habillée comme une "wesh-wesh", alors qu'elle approche la quarantaine, entourée de "lascars" en survêtement et baskets aux pieds ? Est-ce qu'une femme de "cité" est obligatoirement habillée "en mode racaille" ? Il y a quelques années, Nawell Madani réalisait un sketch pour le " Grand Journal" sur Canal Plus, dans lequel elle jouait une copie quelque peu ratée de la chanteuse Beyoncé. Dans cette parodie, l'humoriste se met en scène en s'exprimant avec un accent "du bled", pour on ne sait quelle raison, tout en étant vêtue comme une entraîneuse bas de gamme. Message subliminal : la femme arabe est une prostituée en puissance qui ne sait pas s'exprimer correctement. Nawell Madani se permet de jouer ce type de sketch stéréotypé et d'un humour douteux car elle est issue d'une "minorité". Cependant, comme nous l'avons dit quelques pages plus haut, c'est par le biais de son ethnocentrisme de classe que Nawell Madani perçoit la culture maghrébine ou celle, hybride, des quartiers populaires de l'Hexagone ; c'est cet ethnocentrisme de classe qui conditionne la vision d'une bourgeoise sur les classes sociales inférieures. Le regard porté sur l'autre est conditionné par l'origine sociale de celui qui le porte. Lorsque Nawell Madani joue un sketch avec un accent ridicule de "blédard", elle ne fait que se moquer, du haut de son confort social, d'une condition sociale inférieure ; les personnes risiblement imitées dans ce genre de sketch ne se perçoivent pourtant pas de la même manière qu'elles se perçoivent elles-mêmes. Il serait certainement intéressant d'expliquer à Nawell Madani certaines notions sociologiques qui semblent lui faire grandement défaut. En premier lieu, il convient de rappeler que faire partie d'une "minorité" ne constitue nullement un justificatif intouchable pour se moquer d'une communauté "minoritaire", surtout lorsque la personne en question est issue d'un environnement social aisé, sans aucune comparaison possible avec ceux qui vivent dans une situation précaire. Ce n'est pas parce qu'une personne fait partie d'une "minorité" qu'elle a une vie identique à celle des autres individus "racisés" ; Nawell Madani, issue des quartiers chics de Bruxelles, n'a jamais eu la même enfance ni le même quotidien qu'une personne d'origine maghrébine née dans un quartier populaire d'une banlieue parisienne défavorisée. Aussi, puisque Nawell Madani devrait savoir qu'une jeune femme issue d'une « minorité » n'a pas les mêmes difficultés sociales que son frère. Lorsque le Franco-maghrébin « galère » à entrer en boîte de nuit, se faisant refouler quasiment systématiquement, sa sœur n'a aucun mal à y entrer, bien au contraire. La misère sociale et sexuelle des hommes Arabes (Noirs aussi, jusqu'il y a peu) de banlieue n'est pas celle des femmes maghrébines, qui sont justement très désirées et recherchées. La loufoque « Hafida Turner » disait, sur le plateau de Thierry Ardisson, en 2004 : « Quand on est une nana, qu'on est métissée ou rebeu et qu'on vient de banlieue, on est toujours invitées aux dîners, aux Premières, aux soirées, et les mecs sont en train de vendre du shit ou des voitures ». Si une jeune femme maghrébine de banlieue populaire désire sortir du « ghetto », elle a toujours la possibilité d'user de ses charmes en proposant son corps comme marchandise, comme le fit précisément Nawell Madani qui débuta sa carrière médiatique en trémoussant son séant de manière sensuelle (euphémisme de « sexuelle », en réalité) dans des clips de rap. Le problème de Nawell Madani, en tout cas lorsque nous écoutons ses déclarations, c'est qu'elle semble mélanger tous les sujets (féminisme, racisme, LGBT, religion) pour en faire ressortir un discours décousu, totalement informe et sans aucune consistance, le tout en utilisant son image de femme arabe pour donner une crédibilité et une légitimité à ce discours. Ceci est justement très révélateur de la condition de bourgeoise de l'humoriste, puisque cet assemblage de plusieurs thèmes n'ayant aucun lien les uns avec les autres est caractéristique de ces « bobos » gauchistes, qui lient l'islam et le féminisme, l'homosexualité et l'islam, le racisme et l'homophobie, etc. Nous voyons cela, par exemple, avec ces désaxés se réclamant de l'islam qui militent dans des manifestations aux côtés des personnes LGBT, ce qui est un non-sens total et le signe d'un déséquilibre psychologique manifeste, sous prétexte que les discriminations sont intrinsèquement identiques et doivent être combattues en unité totale avec toutes les « minorités » prétendument discriminées. Les « minorités » sont devenues LA minorité, effaçant les disparités et les caractéristiques fondamentales des divers groupes « minoritaires ». L'homosexuel et la femme voilée seraient dans un combat analogue, eu égard à la discrimination qu'ils subissent dans leur quotidien ; il s'agit d'une substitution de la cause par l'effet pour créer une sorte de mouvement qui amalgame et efface toutes les causes de discriminations pour ne retenir que les effets de cette discrimination qui doivent être combattus de manière unitaire. Nous ne développerons pas ce sujet ici. Il est possible que les enfants de la bourgeoisie cherchent à s'approprier certains codes et styles associés à la culture des quartiers populaires pour diverses raisons. L'une de ces raisons peut être l'adhésion à une forme de contestation sociale ou de rébellion contre les normes établies, y compris celles de leur propre classe sociale. Ils peuvent également chercher à se distinguer de leur milieu social en adoptant des codes et des styles différents. Cependant, cette adhésion à la culture des quartiers populaires peut également être perçue comme une forme d'appropriation culturelle, qui consiste à s'approprier des éléments d'une culture qui n'est pas la sienne, sans en respecter les codes et les significations originales, tout en bénéficiant des avantages sociaux liés à cette appropriation. Cette situation peut également être perçue comme une forme de mépris pour la culture des quartiers populaires, en la réduisant à des stéréotypes simplistes et en évitant les problèmes sociaux et économiques réels qui y sont associés.En tant que sociologue, il est important d'analyser les différentes motivations et les conséquences de ces pratiques, en prenant en compte les enjeux sociaux, culturels et économiques qui les sous-tendent. Le phénomène de l'appropriation de la culture de la rue par les jeunes de la bourgeoisie peut être considéré comme une forme de « cultural appropriation », qui est la pratique consistant à adopter et utiliser des éléments d'une culture sans l'autorisation ou la compréhension de cette culture. Cette appropriation peut parfois être considérée comme superficielle et même ridicule, car elle implique souvent une imitation de comportements et d'esthétiques associés à des groupes sociaux défavorisés, sans en comprendre les véritables enjeux et significations.Cela peut également être vu comme une tentative de rébellion symbolique contre la norme sociale et culturelle dominante de la bourgeoisie, en adoptant des codes et des symboles associés à la marginalisation et à la résistance. Toutefois, cette forme de rébellion est souvent superficielle et n'a pas les mêmes enjeux ni les mêmes conséquences que la résistance réelle des groupes sociaux défavorisés. En fin de compte, cette appropriation peut être vue comme une forme d'expression de la recherche d'identité de la jeunesse en quête de sens, qui cherche à se définir dans une société complexe et souvent fragmentée. Toutefois, cela ne doit pas être vu comme une excuse pour une appropriation culturelle qui manque de respect et de compréhension envers les groupes sociaux défavorisés qui ont créé ces cultures en premier lieu. Il est vrai que cela peut sembler ironique et même risible pour certains de voir des enfants de bourgeoisie chercher à s'approprier une culture qui leur est étrangère, voire même à laquelle ils ne devraient pas avoir accès. Cependant, il est important de souligner que cette quête d'identité peut être le résultat d'un sentiment de déracinement et de perte d'identité culturelle. En effet, les jeunes issus de familles aisées peuvent se sentir déconnectés de leurs racines culturelles, en raison de leur environnement social privilégié et souvent internationalisé. Ainsi, ils peuvent se tourner vers d'autres cultures, notamment celles des milieux populaires, pour se reconnecter à une identité culturelle qui leur semble plus authentique ou proche de leurs propres expériences. Néanmoins, il est important de souligner que cette appropriation de la culture des milieux populaires par les jeunes issus de la bourgeoisie peut être perçue comme une forme de "vol culturel", où ces jeunes s'approprient et exploitent des éléments culturels qui ne leur appartiennent pas, sans en comprendre ni en respecter les origines et les significations. Cela peut alors être considéré comme une forme de mépris ou de condescendance envers les milieux populaires. En somme, la quête d'identité des jeunes issus de la bourgeoisie en s'appropriant la culture des milieux populaires est un phénomène complexe, qui peut être perçu à la fois comme une recherche d'authenticité et une forme de mépris culturel. Il est donc important d'en comprendre les nuances et les enjeux pour pouvoir en débattre de manière constructive.

Les personnages : florilège de stéréotypes

1. L’homme arabe

Les personnes familières des productions cinématographiques françaises pondues depuis le début des années 90 ne seront guère surprises par les lignes qui vont suivre ; l’homme maghrébin est, de manière quasi-systématique, représenté sous des traits de personnalités qui semblent immuables : l’homme maghrébin est un être violent, misogyne, délinquant. Le Maghrébin semble avoir une obsession maladive pour la violence ; sa nature est « sauvage » par essence. Il est volontiers porté sur la violence (physique ou verbale) envers les personnes de sexe féminin ; sa sœur ou sa femme, peu importe, sa main (ou son pied, sa tête, voire même tout  autre ustensile à portée de main) ne se fait généralement pas prier pour être posé avec brutalité sur le visage ou le corps de cet être intrinsèquement inférieur à lui. 1 Dans la série qui nous intéresse pour ce présent travail, on peut compter environ une petite dizaine de personnages de sexes masculins d’origine maghrébine. Étrangement (ou pas), la totalité des personnages incarnant un homme d’origine arabe sont des individus présentant des problèmes d’ordre psychologiques, comportemental ou judiciaire. En effet, nous avons : le jeune frère dealer ; le père de famille ayant lâchement abandonné sa famille (classique) ; le jeune homme escroc fonctionnaire à la mairie de la ville qui vend des faux permis de conduire ; le policier arabe totalement imbécile et même raciste ; les beaux-frères pas très commodes dont l’un d’entre eux est caractérisé par un sexe de petite dimension ; l’indicateur de la police ; la petite bande de jeunes dragueurs ; un dealer violent et obsédé sexuel qui ne pense qu’au sexe et à ses magouilles ; les enfants obèses qui ne pensent qu’à combler leur estomac ; et, enfin, le mari obèse pas très sexy et un peu lourd (sans jeu de mots), qui se fiche de sa femme, la délaisse et la rabaisse constamment et passe ses journées affalées sur son canapé à jouer à la console de jeux. Il n’y a absolument aucun personnage d’origine maghrébine dans cette série qui joue un rôle positif ou ne présentant pas des défauts de personnalités qui les caractérisent. Le fait que, dans une série axée sur un environnement franco-maghrébin, aucun homme arabe n’est mis en valeur est très révélateur de l’idéologique sous-jacente hostile à l’homme maghrébin en tant que tel des réalisateurs de cette production. D’ailleurs, un élément important qui semble avoir échappé aux téléspectateurs est que les scénaristes ont décidé de faire porter le nom de famille du père ayant abandonné sa famille au jeune frère voyou ; tandis que les filles de la famille, celles qui ont les rôles d’héroïnes de la série rattrapant les « conneries » de leur frère, portent le patronyme de leur génitrice. Le lien entre les patronymes indique un message subliminal clair ; les hommes arabes de la famille sont les mauvais de l’histoire ; au contraire des femmes maghrébines.

2. L’homme noir

Dans cette série, les scénaristes ont décidé de surfer sur la récente vague de conflits opposant une certaine frange de la jeunesse parmi les populations françaises d’origine maghrébines et celles originaires des pays d’Afrique subsaharienne, en choisissant un camp de manière manifeste. En effet, à la personnalité grotesque et très stéréotypée que les scénaristes de Jusqu’ici tout va bien ont décidé de dépeindre l’homme arabe, ces derniers ont choisi de dépeindre l’homme noir sous un jour antagoniste favorable ; l’homme noir, bien que lui aussi souvent dealer de drogue, est mis en lumière d’une façon différente de l’homme maghrébin : l’homme noir est sexy, humain, bienveillant. En effet, le « boss » des dealers, Oumar, d’origine subsaharienne, est aussi bénévole pour des associations qui viennent en aide aux personnes défavorisées ; le petit ami de la jeune Lina, lui, est un riche footballeur métis aux yeux clairs. 1 La question de l’égalité entre les hommes et les femmes un faux débat d’origine issu de l’histoire occidentale et exogène à la civilisation arabo-islamique par essence. La femme n’est ni inférieure, ni supérieure, ni même égale à l’homme. En effet, d’une part, la raison voudrait que pour pouvoir déterminer ce qui est supérieur, inférieur ou égaux, il est nécessaire, par définition, de juger selon un baromètre et des critères précis et spécifiques. Dire que la femme est « supérieure » à l’homme ou inversement n’a aucun sens ; une affirmation d’ordre quantitative ne vaut rien si celle-ci n’est pas complétée par un ou des éléments qui pourraient permettre d’établir une comparaison objective et factuelle. Le penseur algérien Malek Bennabi a bien décrit cette impossibilité de parler d’égalité entre deux individus non-interchangeables dans l’ordre biologique du monde.

Mais l’homme noir est également utilisé comme fantasme sexuel à plusieurs reprises dans la série. En effet, dans plusieurs séquences, de brèves références à connotations sexuelles faisant référence aux hommes d’origines subsahariennes sont évoqués par plusieurs protagonistes de la série, comme lorsque Fara, incarné par la néo-harki Nawell Madani, dit, en plein repas avec ses sœurs et sa maman : « Des grosses bites de renois » en parlant d’un voyage au Sénégal. Sexualisation des hommes d’origine négro-africaine, essentialisation stéréotypée et caricaturale sur l’appareil génital de l’Africain, les scénaristes de cette daube artistique ne font aucun mystère sur leurs tendances fétichistes à caractère ethniques.

3. La femme noire

Autant l’homme d’origine africaine subsaharienne est surexposé dans la série, autant la femme noire, quant à elle, est totalement absente de cette œuvre. N’existe-t-il pas de femmes d’origine africaine en banlieue parisienne ? Remarquez, il n’est pas impossible que les réalisateurs de cette série pensent effectivement quelque chose d'aussi absurde, étant donné que ni Nawell Madani, ni Simon Jablonka (les deux réalisateurs de la série) ne sont issus des quartiers populaires de France. En réalité, les seules fois où nous apercevons des femmes de couleur noire, c’est en tant que figurantes ou en tant que « twerkeuses » en boite de nuit. La femme d’origine africaine, selon la perception des scénaristes de Jusqu’ici tout va bien, ne serait bonne qu’à exposer la surface importante de son fessier en se dandinant de manière vulgaire.

4. La femme arabe

Les femmes maghrébines sont dépeintes sous plusieurs traits, mais toutes ont le point commun de constituer une partie des clichés fétichistes et sexualisant biens connus sur les « beurettes ». Entre la « kaira » et la femme « émancipée » incarnée en même temps par Nawell Madani sous les traits de Fara ; la jeune « beurette » matérialiste « michetonneuse » analphabète dont le seul rêve est de devenir riche et célèbre, joué par la petite Lina ; la jeune mère musulmane « frigide » portant le voile ; la sœur malheureuse en mariage ayant « choisi le premier homme après son premier divorce » ; la pauvre maman âgée subissant passivement les agissements de ses enfants (de sexe masculin, surtout) ; la jeune copine de Lina, adolescente idiote qui ne pense qu’à sortir en soirée et qui s’exprime avec un accent « wesh-wesh ». Mais, surtout, à l’exception de la maman âgée, toutes les femmes maghrébines de la série ont, à un moment ou un autre, fait des allusions sexuelles, de manière plus ou moins soft ou d’une vulgarité risible. On pense évidemment, dans un premier temps, à cette séquence gênante ou Fara, incarnée donc par Nawell Madani, dit, en pleine rupture du jeûne, à ses sœurs, devant sa mère, que la copine de sa maman souhaite se rendre en vacances dans un pays d’Afrique subsaharienne dans le but d’avoir accès à des « grosses bites de renois ». La question que nous souhaitons nous poser est ; dans quelle famille de dégénérée, des femmes musulmanes parlent, entre sœurs, de « grosses bites de renois » en plein repas ? Si ce genre de scène se passe dans la famille de Nawell Madani, scénariste et réalisatrice de Jusqu’ici tout va bien, il aurait été judicieux de mentionner que la séquence en question est à caractère autobiographique et ne concerne que sa propre famille, et aucunement celle de la totalité des Maghrébins de France (ou d’ailleurs, par ailleurs). Nous pouvons aussi penser à cette séquence absolument lunaire et extrêmement symbolique de l’orientation idéologique de cette série ; celle où l’une des sœurs, intéressée par le système de vente pyramidale, tente de convaincre ses amies de la rejoindre dans cette activité. En effet, dans cette séquence d’une durée d’environ 1m20, nous comptons six grossièretés, donc cinq sont à caractères sexuels ; cela nous fait une fréquence d’environ une fréquence d’environ une parole vulgaire et (ou) à connotation sexuelle toutes les vingt secondes. La dernière grossièreté (motus et chatte cousue, détournement sexuel risible d’une célèbre expression) est absolument gênante, tant elle démontre que le but était absolument de placer un maximum de propos vulgaire à connotation sexuelle dans un laps de temps réduit. Nous pouvons également mentionner brièvement les scènes suggestives à connotations sexuelles concernant les différents personnages féminins d’origines maghrébines, dont certaines sont d’une gravité non négligeable, puisqu’une promotion de la pédophilie semble implicitement être, justement, suggéré. Nous pouvons notamment penser à cette séquence du deuxième épisode où la caméra fait un zoom sur les fesses de Lina et ses copines (mineures !) pendant qu’elles « dansent » de manière sensuelle, vêtues de pantalons dessinant allégrement leurs courbes. On voit également la jeune Lina monter sur la scène lors d’un concert de musique, avant de coller et de remuer ses fesses sur le sexe du chanteur. Rappelons que la jeune Lina est mineure, et qu’une séquence où une mineure mime un rapport sexuel avec un homme majeur présenté sous forme de danse est discutable, et nous donne à nous interroger sur la légalité de cette scène. Les femmes âgées d’origines arabes ne sont pas épargnées non plus, puisque même celles-ci semblent particulièrement intéressées par les discussions tournant autour de l’appareil génital de l’homme ; comme le montre cette séquence où des vieilles dames maghrébines ont comme sujet de conversation la « merguez » d’un habitant du quartier.

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