Alger annule la visite de Bernard Kouchner

   La visite en Algérie du ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, prévue pour ce mois-ci, a été annulée par Alger, a rapporté le quotidien français le Figaro, ensuite le quotidien arabophone algérien El-Khaber.

 

Bernard Kouchner © @ Bernard Kouchner © @

 

La visite en Algérie du ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, prévue pour ce mois-ci, a été annulée par Alger, a rapporté le quotidien français le Figaro, ensuite le quotidien arabophone algérien El-Khaber.

Ce refus de recevoir Bernard Kouchner par son homologue algérien, Mourad Medelci, intervient suite à la décision prise récemment par l'Élysée de mettre les voyageurs algériens dans la liste noire des pays à risque. Le contrôle corporel et la mise à l'écart des voyageurs venant de l'Algérie dans les aéroports de l'Hexagone a soulevé l'indignation du Ministre des affaires étrangères algérien. Ce dernier a convoqué l'ambassadeur de France en Algérie pour lui faire part de son mécontentement. Mourad Medelci a aussi convoqué l'ambassadeur des USA en Algérie pour les mêmes motifs et a protesté auprès de Washington. Sur le canal de la télévision algérienne, l'ENTV, le Ministre algérien a déclaré que « cette mesure a été prise sans aucune consultation avec l'Algérie ». « Nous l'avons apprise par voie de presse. Nous sommes extrêmement surpris de cette décision discriminatoire et inacceptable » a-t-il ajouté.

Le refus de recevoir Bernard Kouchner par son homologue algérien, Mourad Medelci, intervient suite à la décision prise récemment par l'Élysée de mettre les voyageurs algériens dans la liste noire des pays à risque.

Relations déjà tendues

Le coup de froid dans les relations bilatérales entre Alger et Paris n'est pas à son premier épisode. Ce n'est pas la première fois que l'Algérie refuse de recevoir Bernard Kouchner et d'autres Ministres français. Fin octobre 2009, Alger n'a pas répondu à une demande de visite officielle du Ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux et de celle du Ministre de l'Immigration et de l'identité nationale, Éric Besson.

Le gouvernement algérien n'a pas apprécié auparavant certaines déclarations de Paris. La loi de finances complémentaire, voté par le parlement algérien au deuxième semestre 2009 et qui a donné priorité aux «investisseurs nationaux», a été critiqué par la France. L'affaire du diplomate Mohamed-Ziane Hasseni, accusé de complicité d'assassinat, à Paris en 1987, de l'opposant algérien Ali Mecili, et mis sous contrôle judiciaire, a fait l'objet de tensions de parts et d'autres, avant qu'elle n'ait été finalement résolue.

La déclaration à chaud du président Sarkozy sur l'affaire des moines de Tibhirine, suite aux accusations de l'armée algérienne, l'été dernier, par l'ancien attaché militaire français à Alger, le général François Buchwalter, n'allait pas dans le sens de l'apaisement des relations diplomatiques. Bien que Sarkozy se soit ravisé le lendemain de ses propos implicitement proches de la thèse de l'ancien général, le gouvernement algérien a pris la décision de repousser à une date indéterminée la visite à Paris du président Bouteflika. Ce dernier a même refusé ensuite une rencontre-éclair avec le président Sarkozy en marge de la réunion de l'assemblée générale de l'ONU, à New-York en octobre 2009.

Le coup de froid dans les relations bilatérales entre Alger et Paris n'est pas à son premier épisode. Ce n'est pas la première fois que l'Algérie refuse de recevoir Bernard Kouchner et d'autres Ministres français.

 

Dossiers bloqués

Plusieurs dossiers entre l'Algérie et la France restent ouverts et contentieux. La négociation des accords de 1968, relatifs au séjour et à l'installation des algériens en France, reste lettre morte, depuis 2003. Le gouvernement algérien, de son côté, ne cesse pas de critiquer l'absence d'investisseurs français dans l'économie algérienne, le blocage par la France du dossier du nucléaire civil signé entre les deux pays en 2007 et le peu d'amélioration des conditions d'obtention de visa et de sortie des ressortissants algériens vers la France.

L'absence de l'Algérie à la dernière réunion de l'Union Pour la Méditerranée (UPM), en Égypte, montre une fois de plus les relations tendues entre les deux pays. Avec le débat actuel sur l'identité nationale, la visite officielle du président Bouteflika à Paris, qui devrait s'effectuer en juillet prochain, va certainement connaître un autre épisode.

Mohammed Yefsah

 


 

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