LES RESEAUX SOROS A LA CONQUETE DE L’AFRIQUE : LE LIVRE A LIRE ABSOLUMENT !

« Entre contradictions et cynisme, la frontière est ténue… »

 

 

Dans un ouvrage passionnant : Les réseaux Soros à la conquête de l’Afrique, Stéphanie Erbs, Vincent Barbé et Olivier Laurent, ont méthodiquement analysé les activités du milliardaire sur le continent et ont mis à jour un système d’influence efficace et tentaculaire qui interpelle.

Défenseur des droits de l’Homme, des libertés individuelles et de la société ouverte et transparente, Soros finance des ONG, des fondations, des média et des mouvements citoyens sur le sol africain. Fréquemment, il les utilise comme des leviers pour manipuler les opinions publiques voire pour renverser des régimes politiques. A cet égard les auteurs, qui évoquent le cas sénégalais, analysent de manière approfondie le renversement du Président Compaoré au Burkina Faso et les jeux d’influence à l’oeuvre en République Démocratique du Congo (RDC) pour obtenir le départ du Président Kabila. A la manière d’un tableau impressionniste, on y voit de nombreux acteurs de la société civile, des média et des ONG intervenir sur ces différents terrains et mener des actions qui convergent toutes vers les mêmes objectifs, par « petites touches ». Et de manière quasi-systématique, le nom de George Soros apparait en toile de fond.

Ses actions « philanthropiques », qui constituent les fondements d’une stratégie d’influence hyperstructurée et modulable, lui permettent de facto d’installer des régimes politiques favorables à ses intérêts financiers. Ainsi, Soros investit aussi bien dans les secteurs minier et pétrolier que dans les OGM et les biocarburants. Il se veut le défenseur de la transparence mais investit dans des sociétés qui mènent des opérations discutables en toute opacité. Certaines ONG qu’il subventionne veulent protéger l’environnement, il investit quant à lui dans des sociétés qui contribuent à sa destruction. Homme de paradoxes ou cynique patenté, les contradictions du milliardaire américain sont nombreuses et interrogent en ce qui concerne la finalité de ses actions sur le continent africain.

Comme l’affirment les auteurs, « la Sorosafrique ne poserait pas tant question si elle n’était pas aussi étroitement liée au pouvoir politique américain et aux grandes organisations internationales ». Les intérêts de Soros et ceux du pouvoir politique américain, tout particulièrement des démocrates, convergent. Et en Afrique, les Etats-Unis et Soros « avancent de concert sur des objectifs politiques et économiques sensiblement similaires ». Une question se pose alors : Soros est-il un pion des Etats-Unis ou l’un des grands orchestrateurs de la vie politique américaine ?

L’un des grands mérites de cet ouvrage est de décrypter des stratégies et tactiques d’influence contemporaines d’autant plus pernicieuses qu’elles s’exécutent au grand jour et se parent de motifs moralement légitimes et difficilement contestables. Elles s’inscrivent à la croisée d’intérêts géopolitiques et stratégiques, étatiques et privés, financiers et sociétaux et contribuent à modeler les sociétés africaines en faisant fi de toutes considérations de démocratie et en s’inscrivant au-dessus des peuples.

 

Deux des facettes du personnage peuvent être observées : Soros le philanthrope, qui apporte son soutien aux mouvements citoyens, aux ONG et aux media pour officiellement promouvoir la démocratie et les libertés. Et Soros le spéculateur, qui investit dans les secteurs les plus controversés : mines, pétrole, OGM, biocarburants... Le tout avec le support des cercles de pouvoir américano-atlantistes. 
Ambivalence, cynisme ou pragmatisme ? Avec cette plongée en SOROSAFRIQUE, les auteurs analysent méthodiquement un système d’influence parmi les plus puissants et les plus opaques de la planète. 

Interview des Auteurs

Décrivez nous plus précisément les rouages de ce mécanisme de puissance et quels sont les gages de son efficacité ?

Ce qui rend l’idéologie de Soros si puissante, c’est son apparente légitimité morale. Il défend officiellement le faible, le pauvre et les minorités; les droits de l’Homme et la démocratie. C’est la face visible de l’iceberg (la face cachée est beaucoup plus sombre et elle n’apparait que lorsqu’on étudie de près ces activités). 
  
Soros a parfaitement compris que dans le type de société de l’information dans laquelle nous sommes, les média constituent un vecteur de manipulation des opinions à grande échelle redoutable. Ils lui permettent de façonner les opinions dans le sens de ses intérêts. En Afrique, la zone d’étude de notre livre, il finance donc de très nombreux supports d’information. La radio constitue un pilier de son arsenal. Il soutient ce média dans de nombreux pays (Radio Okapi en RDC, Radio Democracy…) et a même développé des réseaux radiophoniques comme par exemple West Africa Democratic Radio (WADR), un réseau ouest-africain lancé par sa fondation. 
  
Il finance aussi de nombreuses ONG internationales qui défendent de « nobles causes »: Amnesty international, Human Rights Watch, Global Witness, Transparency international…ainsi que des ONG de « référence » considérées comme détentrices d’une expertise indubitable sur un sujet donné, comme International Crisis Group. Ces ONG constitue un maillon essentiel du dispositif d’influence de Soros car leur résonance internationale et leur indépendance apparente les placent au dessus de tout soupçon de partialité dans l’opinion publique. Elles peuvent mobiliser les opinions et les gouvernements occidentaux contre des « crimes » commis par des dirigeants « ennemis ». Ils sont alors de facto diabolisés et affaiblis. Soros finance par ailleurs directement ou indirectement plusieurs centaines d’ONG locales qui viennent compléter son dispositif. 
  
Il soutient et finance également des mouvements citoyens (ex: Y’en a marre au Sénégal) qui ont parfois permis le renversement de certains Chefs d’Etat. Dans notre ouvrage, nous étudions tout particulièrement l’action de ces mouvements au Burkina Faso et en République Démocratique du Congo. 
  
Soros dispose donc de leviers d’influence multiples actionnables indépendamment les uns des autres ou ensemble. C’est cela qui rend son « système » si efficace. Sans oublier que fréquemment il avance main dans la main avec la diplomatie américaine, ce qui démultiplie la puissance de son action. 

 

Une certaine ambivalence apparait dans le comportement du personnage ; d'un coté il soutient financièrement un réseau d'ONG philanthropiques, et de l'autre, il n'hésite pas à spéculer sans scrupule, en pleine contradiction avec les objectifs de ces mêmes ONG. Comment s'explique cette dualité ?

Expliquer cette dualité serait quelque peu présomptueux. Nous ne disposons pas de suffisamment d’éléments (d’ordre psychologique ou autres) pour émettre des hypothèses satisfaisantes. En revanche, nous avons mis cette dualité en lumière. Ce qui n’est pas toujours chose aisée car si Soros se fait le chantre de la transparence « pour les autres », il cherche à maintenir une véritable opacité sur ses activités.  Dans le domaine des industries extractives, la dualité (hypocrisie, cynisme?) est flagrante. Soros a ainsi pu investir dans Barrick Gold dont la branche africaine, Acacia Mining, favorise l’expulsion des populations locales pour mener à bien ses activités en Afrique de l’Est. Le service de sécurité de la société a quant à lui été accusé à plusieurs reprises d’employer la force de manière disproportionnée sur ses sites miniers. Des morts ont même été à déplorer. Nous sommes bien loin du Soros défenseur des droits de l’Homme. Nous avons relevé ces contradictions dans de nombreux domaines (OGM, accaparement des terres…) où Soros le businessman est en opposition totale avec Soros l’idéologue.

 

Quel avenir pour la Sorosafrique ? 

L’activité de Soros en Afrique devrait se poursuivre et prendre de l’ampleur. Sa force, c’est qu’il n’agit pas de manière frontale mais privilégie des stratégies d’action indirectes, parfois difficilement détectables. Il agit sur des échiquiers différents (politique, économique, social, sociétal…) ce qui contribue à progressivement diffuser son influence par des canaux multiples. Il est pour le moment difficile de dire si l’élection de D. Trump va significativement perturber son action sur le continent. Nous ne disposons pas encore d’assez de recul. 

Les auteurs


Les auteurs sont tous trois titulaires d’un Exécutive Master en Management stratégique et Intelligence économique de l’Ecole de Guerre Economique (EGE). Diplômée d’HEC Paris et titulaire d’un master en sémiologie, Stéphanie ERBS est experte en communication et en analyse stratégique. Respectivement diplômés d’histoire et de droit international, Vincent BARBE et Olivier LAURENT, experts en gestion des risques et en géopolitique, sont d’anciens officiers de renseignement. Ils dirigent aujourd’hui la société Adytum Security, qui conseille les entreprises dans les domaines de la sûreté et de la cyber sécurité.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.