Je suis Charlie, et vous ?

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Il est de pareils jours à celui-ci, où l'humanité se retrouve confronter à une soudaine violence meurtrière, guidée par la pire des bêtises. Lorsque ces jours surviennent, un morbide silence nous subjugue, nous plongeons dans la pire des incompréhensions : il n'y a plus de mots. Pourtant, c'est bien là, dans ce monde de violence, de bêtise, de haine et de silence ; que nous devons avoir le courage de faire naître les plus grands mots. Car ces mots, face à la plus grande des perditions, sont nos meilleures armes. Alors, aux armes citoyens.

L'abîme

Nous sommes le mercredi 07 janvier 2015. Alors que je m'en allais dans les rues de Paris et sous un épais brouillard, liberté de la presse sous la main, d'autres prenaient non loin de là le chemin d'une rédaction, fusil sous le bras. Il ne fallut pas longtemps pour que la nouvelle face le tour de la ville, du pays, et bientôt du monde : deux terroristes avaient attaquer une conférence de rédaction, tuant 10 journalistes et deux policiers. Ils quittèrent les lieux, clamant qu'ils avaient tué Charlie Hebdo et venger le prophète Mohamed.

Dommages collatéraux

Mohamed. Ce prénom désigne "celui qui est digne d'éloges". Celui qui veut être digne d'éloge accepterait-il que l'on face couler le sang en son nom ? Non, bien sûr. Pas plus d'ailleurs que les héritiers de sa volonté, ceux qui se nomment "musulmans" et qui dans leur grande majorité, n'aspirent qu'à la paix. Pourtant, la bêtise appelant la bêtise, ce seront bien ceux-là qui, demain, seront pointé du doigt, désignés comme les responsables. Ne les entendez-vous pas déjà, ces croissements couleur bleu marine, qui nous soufflent qu'il faudrait "libérer la parole à propos du fondamentalisme islamique" ?

Les corbeaux

Ils ne tarderont plus à se faire entendre, tous ceux là dont les voix raisonnent et nous caressent. Ils parleront, encore et encore, disant que nous le savions, qu'il faut réagir, encore et toujours plus. Qu'il nous faut des lois, encore et toujours des lois (on doit en manger, vu le nombre de lois dont-on nous assomme chaque jour) ! Qu'il nous faut plus de policiers, plus de militaire, plus de caméra, plus de surveillance, plus de méfiance, et bien entendu, le plus important, plus de bulletins dans leurs urnes.

La genèse

Pourtant, qu'ont-ils fait jusque là ? Répétant que les musulmans ne pouvaient s'intégrer, que certaines civilisations étaient supérieures à d'autres, qu'il vaudrait mieux chasser (pour ne pas dire déporter) le musulman. Qu'ont-ils fait, si ce n'est exclure des français de la communauté que nous formons ? Qu'ont-ils fait, à part pousser certains vers un fondamentalisme religieux en les privant de leur identité citoyenne et républicaine ? Qu'ont-ils fait, si ce n'est faire le lit de ce terrible événement, qui est un coup porter à tous les défenseurs de la liberté d'expression en ce monde ? À ceux-là, ces monstres qui en génèrent d'autres, doit-on laisser le monopole de la décision politique ? Doit-on les laisser nous enliser dans une situation encore plus catastrophique ? Ou bien alors, doit-on agir de nous même ?

République

Ce que nous pouvons faire, sans attendre un quelconque mouvement d'une classe politique qui n'a véritablement d'intérêts que les siens, c'est retourner aux valeurs de la République. Une République qui s'est toujours voulu transcendante des identités communautaires. Une République qui a voulu vivre en chaque citoyen, sans se préoccuper des fantasmes fascisant d'un Houelbecq ou d'un Soral. Une République qui nous supplie de nous unir, face à une menace qui n'est pas celle des balles, mais celle de la terreur. Une terreur qui nous mènera à abandonner de nous même nos plus précieuses libertés, plus promptement encore que si nous avions un fusil sur la tempe.

Alors, résistons. Brandissons haut le crayon et crions face à la terreur d'un monde absurde et pour que Charlie vive  : "JE SUIS CHARLIE, et je n'ai pas peur!"

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