Zemmour et l'arnaque du racisme anti-blanc.

Cela n'a surement pas échappé à l'oeil avisé de mes chers lecteurs : Éric Zemmour nous a encore gratifié de l'une de ses inimitables réflexions sur l'immigration. Coupons court à tout suspens, citons l'oeuvre : "notre territoire, privé de la protection de ses anciennes frontières par les traités européens, renoue dans les villes mais aussi dans les campagnes avec les grandes razias, pillages d'autre fois : les Normands, les Huns, les Arabes, les grandes invasions d'après la chute de Rome sont désormais remplacées par les bandes de Tchétchènes, de Roms, de Kosovars, de Maghrébins, d’Africains, qui dévalisent, violentent ou dépouillent".

Heuresement que personne ne prend Éric Zemmour au sérieux, car si c'était le cas, il nous faudrait immédiatement lever une armée de conscription afin de bouter hors de nos frontières les hordes de barbares assoifées de sang venu tuer nos femmes et nos enfants... Ce que nous aurions grandes peines à faire, tant ces hordes n'ont d'existence que dans le cerveau trop productif d'un chroniqueur radio en mal de sensation forte.

C'est tout du moins ce que je pensais, jusqu'à que je lise les interventions des lecteurs de l'Express, du Point, ou encore de la page Facebook de l'AFP. Alors oui, je sais ce que vous allez me dire : "quelle idée en même temps de lire l'Express, il n'y a que des cons qui lisent ça !". Soit, mais il n'empêche, lire leurs commentaires (aux lecteurs) est instructif. En effet, je constate avec beaucoup d'étonnement à quel point une idée aussi basique et fausse que le concept de "racisme anti-blanc" peut se diffuser aisément chez les simplets lecteurs de ce genre de presse.

Le racisme anti-blanc, ce fabuleux concept populariser par un certain Jean-François Copé (un député d'extrême droite, m'a-t-on dit) et reprise par notre grand expert de rien du tout, notre cher Éric Zemmour ! L'idée est bonne en effet : la phrase, simple au possible vient immédiatement se fondre dans le sens commun. "Bien sûr, on peut très bien ne pas aimer les "blancs" de la même façon que l'on aime pas les "noirs", les "arabes", ect...". Autrement dit, "nous aussi, les blancs, nous sommes victime de racisme".

Le premier problème de cette phrase, c'est qu'elle distingue les "blancs" des "non-blancs", deux concepts dont on ne sait pas exactement ce qu'ils signifient et dont la définition varie autant qu'il y a de personnes pour utiliser l'expression. Dans tous les cas, cette phrase a pour effet de créer de fait une division dans l'inconscient collectif : "je suis blanc", "je ne suis pas blanc". Elle renforce d'une part un nationalisme qui n'en a vraiment pas besoin et exclut d'autre part de la communauté française des populations qui auraient bien besoin, elles, de se sentir acceptées là où elles sont nés et où elles ont grandit.

Le second problème est que cette phrase ne parle abolument pas de racisme. Je veux bien entendre que, dans certains milieux sociaux très fermés (à qui la faute ? Est-ce la faute des populations injustement parquées dans des ghettos ?), une défiance vis-à-vis d'autres populations se fassent sentir. C'est ce que l'on nomme la xenophobie (la peur de l'autre). Le racisme est une chose bien différente.

Le racisme n'est pas quelque chose d'aussi simple qu'une peur, c'est une idéologie. Une idéologie pronant l'existence de différentes races humaines, dont certaines seraient supérieures à d'autres. Cela fut prôner par les Allemands entre 33 et 45 : les "Aryens" étaient sensé être supérieurs aux "Latins" (comprendre ici : les français). Absurde ?

Tout autant que l'idéologie raciste que prona la France vis-à-vis de ses colonies, où les "Musulmans" (comprendre ici les populations d'Afrique du nord et du Moyen-Orient), les "noirs" (les population d'Afrique subsaharienne) et les "jaunes" (les populations d'Asie de l'est et de Chine) étaient assimilés si ce n'est à des objets (ce fut le cas jusqu'en 1848), en tout cas pas à des humains égaux. Il n'était guère d'usage de s'encombrer de quelque chose d'aussi gênant qu'une Déclaration des droits de l'homme...

Le pseudo "racisme anti-blanc" que monsieur Zemmour fait mine de courageusement dénoncer n'a en fait aucun caractère commun avec le véritable racisme : les Tchétchènes, les Roms, les Kosovars, les Maghrébins et les Africains que Zemmour dénonce n'ont jamais eu la prétention de venir s'installer en France pour en massacrer civiliser la population. La France, si. 

D'aucuns nous parleront alors surement de "déculpabilisation". Après tout, ces actes ont été commis par une ancienne France, dont les habitants ne sont plus vivants (ce qui est faux, le temps des colonies ne remontent à pas si longtemps et certains criminels de guerre, comme Jean-Marie Lepen, courent toujours). Pourquoi, alors, faire culpabiliser ceux qui n'y étaient pas ?

La vérité est que l'histoire ne sert pas à culpabiliser un peuple. L'histoire est là pour nous rappelé ce qu'il s'est passé dans notre France. L'histoire est là pour nous aider à protéger une France que nous voulons protectrices des opprimés, ouverte à l'humanité. Une France patrie des droits de l'homme, rayonnante d'une aura de paix partout dans le monde. Une France dont la devise est "Liberté, Égalité, Fraternité".

Autant de valeurs qui insupportent les tenants d'une France forte, écrasant les autres peuples, d'une France destructrice, d'une France qu'Éric Zemmour s'atèle à forger avec le reste de l'extrême droite française. Une France dont le mot d'ordre est "racisme anti-blanc" et dont le matériau n'est autre que notre éternelle bêtise.

 

 

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