Gilets jaunes, traitement médiatiques, Schtroumpfs

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Chaque nouvel acte des gilets jaunes est une nouvelle occasion de s’interroger sur le traitement médiatique des manifestations par un certain nombre de médias dominants. Donnant à voir en priorité la violence à l’œuvre, de préférence celle des manifestants, donnant la parole à des éditorialistes et experts d’on ne sait quoi à l’indignation sélective et ne parlant surtout pas des problématiques politiques ; ces médias parviennent à nous renvoyer l’image de manifestations sauvages, remplies de casseurs décérébrés n'ayant pour autre but que l'annihilation des valeurs de la République (ne me demandez pas de quoi il s'agit, je n'en sais pas plus que vous).

L'utilisation du terme "casseur" n'est pas anodine. Elle appartient à cette catégorie de termes fourre tout permettant de poser un voile de simplicité sur les réalités complexes que l'on tente d'occulter en faisant mine de les décrire. Qui sont les casseurs ? Ont-ils des revendications ? Si oui, lesquelles ? Pourquoi utilisent-ils la violence comme moyen de revendication ? Quels rapports ont-ils avec les autres mouvances politiques ? Toutes ces questions, ce n'est jamais le lieu ni l'endroit de les poser sur un plateau de télévision. Tout ce qu'il nous faut retenir, c'est qu'ils cassent.

Qui dit casseurs dit méchants, qui dit méchants, dit Gargamelle (vous noterez la subtilité de la transition).

Gargamelle est un exemple parmi d'autres, mais les histoires pour enfants utilisent très souvent une présentation manichéenne du monde. Et pour cause, celle-ci est facilement assimilable et permet aux petits humains d'adopter leur premier système de valeurs. Aller à l'école : bien. Sniffer de la coke sur le cul d'une prostitué dans une baignoire de billets : pas bien.

Mais voilà, cette vision, bien qu’intelligible, reste souvent insuffisante pour décrire la complexité du monde. C'est pour cela que nous nous efforçons d'adopter, année après année, de nouveaux prismes de compréhension : dichotomie conservatisme/réformisme, lutte des classes, libéralisme économique, réflexion ontologique et législative, etc... Qui révèlent de nouvelles dimensions à cette réalité que nous pensions jusque-là acquise.

Revenons, pour l'exemple, à nos schtroumpfs et à notre vilain Gargamelle. Les schtroumpfs, des petits êtres bleu tout mignon, vivant paisiblement dans des champignons, avec pour seule crainte le fait d'être dévoré par l'abominable Gargamelle. L'histoire est manichéenne, simple. Mais que se passerait-il si nous apprenions que tout ne nous avait pas été révélé ? Bienvenue dans la passé méconnu du jeune Gargamelle :

Doux jeune homme, Gargamelle aimait flâner seul dans les bois, la tête dans les nuages. Par un beau jour de mai, il fit la rencontre d'Azraëla, magnifique jeune fille à la carrure de rugbyman. Le coup de foudre fut immédiat. Le mariage rapidement décidé avec l'accord et le soutien de parents sages et conciliants (et riches, tant qu'à faire une belle histoire, autant qu'ils aient du pognon), l'avenir se dessinait de traits joyeux. Mais tout bascula lors d'une balade en forêt. Gargamelle et Azraëla tombèrent sur le Grand Schtroumpf. Ne vous fiez pas à vos souvenir d'enfance, le Grand Schtroumpf était ainsi nommé car il était grand ; vraiment grand. Et musclé. Et balafré, aussi. Et même qu'il ne prenait pas de douche.

Vexé de ne pas avoir pu schtroumpfer la schtroumpfette, le Grand Schtroumpf décida de faire s'écouler toute la frustration accumulée dans (oui, dans) la première créature vivante qui lui tomberait sous la main (d'aucuns prétendent que le Grand Schtroumpf aurait une ascendance belge). Et puisqu'il fallait un malchanceux, la tragédie choisit celui qui en semblait le plus éloigner : Gargamelle ! C'est donc là, derrière un buisson que le malheur du pauvre homme s'accomplit... Sa bien aimée, armée d'une carrure à en faire rougir un schtroumpf au chapeau rouge, tenta bien de lui venir en aide, mais la schtroumpfette sorcière lui jeta un mauvais sort qui la transforma en chat !

La tragédie passée, Gargamelle, s'en alla vers la ville, le cœur et le cul douloureux, confier ses malheurs au toubib du coin. "Vous avez attrapé le schtroumpf sida !", lui dit-il ! Malheur ! Le seul moyen connu de s'en débarrasser est de dévoré un schtroumpf ! Accabler pas tant de drames et par la perspective de devoir enfiler pour le restant de ses jours le costume d'un dévoreur de petites choses mignonnes, Gargamelle réuni ce qu'il lui restait d'humanité et adopta un chat errant, qui lui avait semblé tout autant accablé. Il le nomma Azraël, en souvenir de sa tendre et bien aimée, se condamnant ainsi à ignorer qu'elle restât ainsi de longues années à ses côtés, sous la forme d'un chat, tenue par un indéfectible amour de jeunesse.

Le temps passa, le Grand Schtroumpf perdit de sa vigueur et redevint aussi petit que tout les autres salopards de son village. Ils continuèrent tous à vivre en bouffant les putains de champignons hallucinogènes qui leurs servent de maison et à essayer de schtroumpfer la michto schtroumpfette en riant du malheur de ce maladroit Gargamelle qui essaya tant bien que mal de se défaire de ses malheurs passés. Mais cela, cela ! on ne vous l'a pas raconter, ça non ! Et pourquoi ? Parce que c'est BFM qui racontait l'histoire ! ET OUI !! Pendant que le Grand Schtroumpf va au ski avec la Schtroumpfette, il envoie tous les petits êtres bleu tirer au flashball sur ces méchants Gargamelles porteurs de gilets jaunes ! Ils ont beau jeu de dire que les Gilets Jaunes veulent manger des schtroumpfs, alors que seul un casse-croûte de Schtroumpf Président leur permettrait peut-être d'ôter cette éternelle malédiction qu'est la misère sociale ! Et accessoirement d'enfin pouvoir schtroumpfer la jolie Azraëla qu'on ne peut pas schtroumpfer parce qu'elle est un chat et qu'il n'y a que pour un belge qu'un trou est un trou !

Mais qui pour s'en rendre compte ? Ceux qui éteignent la télé et s'en vont, pacifistes et plein de bonne volonté, à ces manifestations. Et qui en ressortent parfois avec un œil ou une main en moins. Leur grand malheur, c'est qu'à la vérité, même en mangeant le Président de la République, leurs yeux crevés et leurs mains arrachées ne reviendront pas. Leur grande peur : que tout cela n'ait servit à rien.

Et pour conclure, puisqu'il le faut, je crois qu'on peut dire qu'on a admirablement bien démontrer que BFM fait un travail de merde, au moyen de cette histoire entièrement véridique qu'est celle de Gargamelle. Et si d'aventures il vous prenait l'envie de propos plus académiques, vous pourriez cliquer ici (vidéo).

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