Pourquoi ne pas voter FN ?

C'est par une soirée sombre et froide, alors que j'écumais non-chalament les coins obscures des zinternets que j'ai reçu un SOS de la part d'une amie. Ce dernier disant à peu de chose prêt : "Momo, Momo, j'ai besoin de toi ! Des connaissances souhaitent voter FN et je suis sûr que toi, beau, fort et intéligent que tu es, tu sauras les convaincre de ne pas le faire !"


Ni une, ni deux, j'enfile mon slip, dégaine ma plume et... Hé mais, c'est vrai ça, pourquoi ne pas voter FN ? Quelles raisons logiques peut-il y avoir à ne pas voter pour un parti dont le logo est, encore en 2016, inspiré de celui du parti fascite italien ? Question redoutable s'il en est, dont les réponses ne se seront dévoilé à moi qu'après au moins deux ou trois minutes de recherche (rendez-vous compte) !

 
Quelques anecdotes sur l'histoire du parti


D'abord, nous pourrions souligner le caractère quelques peu sulfureux des fondateurs du parti. Jean-Marie Lepen, d'abord, accusé entre autre d'actes de tortures (pendant la guerre d'Algérie), ce dernier s'est notamment illustré par son propos désormais culte (que dis-je ? Légendaire !) : "les chambres à gaz ? On s'en bat les couilles !" (citation non-textuelle, vous l'aurez compris). Propos sur lequel il est revenu, déclarant : "Ce que j'ai dit correspondait à ma pensée que les chambres à gaz étaient un détail de l'histoire de la guerre, à moins d'admettre que ce soit la guerre qui soit un détail des chambres à gaz". Car oui, 5 millions de juifs assassinnés, c'est un détail ; il est comme ça pépé, il ne fait pas dans les petits chiffres ! Peut-être que si le régime nazi avait fait l'effort d'en tuer le double, Jean-Marie aurait-il pu lui accorder que le score fut passable.


Mais l'héritage du FN ne se limite pas à la glorification de l'épopée nazi par son actuel président d'honneur, non, non ! Léon Gaultier, ah ce bon vieux Léon ! Un nazi, un vrai de vrai ! Collaborateur, il fut membre de la Waffen-SS, cette gentille police politique chargée entre autre chose de chasser les résistants, de quelques obédiances qu'ils soient (socialiste, communiste, nationaliste, ect...)

 
Mais le FN du début, loin d'être sectaire, fit preuve d'une grande ouverture d'esprit : en plus d'accueillir un ancien nazi dans ses rangs, il s'est très largement inspiré du MSI, parti fasciste italien. Outre la reprise du logo (flamme tricolore), le lien entre les deux partis ne fut pas froid, comme le rappel fièrement Lorrain de Saint-Affrique (conseiller de Pépé) : "Bien sûr, c'est la petite flamme du MSI. Dans les années 1970, le lien politique avec le FN était très important. Jean-Marie Le Pen et Giorgio Almirante ont d'ailleurs fait parti du même groupe au Parlement européen en 1984."


On résume, donc : un mouvement raciste et conservateur, nous le savions, mais aussi fondé par un ancien nazi, avec une grande proximité avec le fascisme italien et dont la com' aura été ponctué par des petits soubresseaux de négationisme. Joie.

 

Oui mais, le FN a changé, non ?

Depuis maintenant plus de dix ans, la nouvelle figure majeure du parti, Marine Le Pen, mène une politique qualifiée de dédiabolisation. Évitant les petites phrases grossières et xenophobes qui ont construit la carrière politique de son père, elle s'est évertué à déplacer le problème. Ce problème, hier, était les juifs, désormais, les mulsulmans. Les uns n'étant plus criticable sans qu'une pluie de sauterelles ne s'abattent sur le monde (et c'est tant mieux), on agresse quotidiennement, à coup de petites phrases (plus subtiles que celles de son père), les autres, plus faibles et moins organisés ; faisant augmenter petit à petit le ressentiment de la population à leur égard. Sur le fond, la politique de rassemblement du FN reste la même : unir les gens contre des minorités défavorisées.

Il faut noter que, malgré cette politique de dédiabolisation, le FN reste encore aujourd'hui le point de rassemblement des mouvements d'extrême droite. Une partie de ses cadres sont en effet connectés à l'ancien parti néo-fascite italien (évoqué plus haut), aux mouvements xenophobes (anti-sémitisme et anti-islam connaissent une très forte activité), aux sphères souverainistes, ect... S'il ne fallait citer qu'un exemple, je citerai celui de Marine Le Pen elle même, dont la relation avec Serge Ayoub est désormais avérée. Ancien responsable du GUD (un mouvement étudiant d'extrême droite, connu pour sa violence), ce dernier s'est notamment retrouvé lié à la mort de Clémént Méric, tué dans les rues de Paris (les responsables de la rixe ont été en communication avant et après l'événement et étaient des habitués de son bar).

Mais nous ne saurions faire juste mesure sans évoquer le fait qu'une seconde tendance s'installe effectivement au sein du Front national. Cette dernière est à l'image de l'un de ses vice-présidents : Floriant Philippo. Ce dernier, après être passé successivement par HEC et l'ENA, a alterné emplois au sein d'entreprise privées (notamment des instituts de sondages) et fonctions publiques. Ayant comme référence le général de Gaule (comme presque tout le monde, donc), il passe son temps à écumer les plateaux télé et studios de radio pour y affirmer qu'on ne l'y invite jamais. En somme, l'exacte profil du politicien de base que le FN s'évertue pourtant à dénoncer à longueur de discours. Mais le fait est que, pour gouverner, le FN chasse ce genre de profil : le parti ne prévoit en aucun cas de remettre en cause le système, il prévoit de devenir le système. Du moins, pour ce qui concerne cette tendance.

Au final, le FN oscille entre une vieille tradition d'extrême droite (à laquelle Marion-Maréchal Le Pen donne un second souffle), sur laquelle il s'est fondé ; et entre une institutionnalisation qui tend à le transormer en une exacte copie de ce que sont devenus les Républicains et le PS : des incubateurs à carrières politiques, indépendants de toutes opinions politiques ou projet de société et destinés uniquement à permettre aux classes dominantes (dont est issus la famille Le Pen, soit dit-en passant) d'accéder au pouvoir et de le conserver.

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