L’aile gauche du PS est atrophiée. Leurs militants, désabusés, abandonnés aux portes de leurs idéaux, ne se retrouvent pas dans la politique menée par le gouvernement. Une politique que bon nombre juge austéritaire alors que le premier ministre, jouant sur les mots, préfère la qualifier de « sérieux budgétaire ». Une divergence linguistique qui, non seulement met au grand jour une mauvaise fois évidente quant à la reconnaissance de l’orientation donnée à la politique actuelle, elle-même révélatrice d’un refus certain d’amorcer des débats internes propre à la démocratie et qui aboutit au final, à mettre en pratique une politique versus « droitisée du blairisme[1] ». Pas de quoi se réjouir. En effet, quelques 25000[2] adhérents n’ont pas renouvelés leur carte depuis l’accession de François Hollande au pouvoir. Le PS, souffre de cette hémorragie interne qu’il n’arrive pas à colmater. Son aile gauche atrophiée, le parti socialiste vole de travers, risquant la chute. Henri Emmanuelli chef de file d’ « un monde d’avance », dans diverses interviews accordées, l’envisage même à sa manière : «le Parti socialiste est devenu un parc à moutons qui n'existe plus.. [3]». Manuel Valls, en personne, prévient que « la gauche peut mourir[4] » et va jusqu’à brandir le spectre d’un front national rendu plus fort à cause des divisions internes. Une manière non seulement anti-démocratique mais quelque peu perverse de rappeler ses troupes à l’ordre. Car, l’électeur lambda l’aura bien compris, il n’y aura pas de débats au sein du parti socialiste, ni même à l’assemblée nationale sur la politique mise en place par François Hollande. Tout débat sous entendant que potentiellement, elle pourrait être remise en cause soit partiellement soit totalement à travers des compromis. C’est le fameux « soit on obéit soit on s’en va ». Les frondeurs ont reçu le message cinq sur cinq. Mais ce message, de fait, les arrangeait bien. Et pour cause, comment auraient-ils pu voter contre un budget par exemple, sans provoquer une grave crise politique ? Comment maintenir un discours crédible de gauche qui caresse dans le sens du poil les militants déçus du hollandisme, sans entraver la politique d’un homme qu’ils ont eux-mêmes porté au pouvoir et à qui, surtout, ils doivent leur siège ? Finalement, il est permis de se demander si les frondeurs sont réellement des frondeurs ou s’ils tentent, tout au plus, de sauver leurs places ? Répondre partiellement à des militants exacerbés tout en ménageant leur monture, relèverait, dans ce cas, d’une tactique politique bien rodée. En ménageant la chèvre et le chou les frondeurs s’assureraient d’une action victorieuse que ce soit dans l’hypothèse de la chute de Hollande que dans celle de sa réussite. Arrivé à mi-mandat présidentiel, les frondeurs se donneraient encore le choix. L’abstention, qui est leur arme favorite, contribuerait à les maintenir dans cette course plus politicienne que citoyenne et assurerait un colmatage partiel de l’hémorragie dont souffre le parti. Mais en politique, les choses s’emballent parfois très vite. Il aura fallu seulement deux ans et demi à François Hollande pour que les mots « parti socialiste » deviennent, pour bon nombre, un gros mot, une vulgarité abjecte camouflant une trahison profonde qui s’est muée en haine. Face à cette colère sourde, l’arme de l’abstentionnisme des frondeurs ne suffit plus. Beaucoup leur reproche même que leur pistolet, chargé à blanc, fait « beaucoup de bruit pour rien ». Mais c’est maintenant que les choses vont se compliquer. Pour demeurer crédibles, les frondeurs ont besoin d’un soutien à la hauteur de l’enjeu. Un soutien, dont la parole sera reconnue par une majorité de socialistes déçus ou non et par d’autres d’ailleurs. Un soutien capable de fédérer tout ce petit monde, de redonner du panache à un parti en errance. Ce soutien se résume en un nom celui de Martine Aubry. Sa mission, si toutefois elle l’accepte, consiste à rallier les frondeurs avec l’appui d’anciens ministres tels que Benoit Hamon et Cécile Duflot. Redonner de l’envergure à cette aile gauche déplumée et la barioler de rose et de vert, peut-être même de rouge par le biais de Pierre Laurent. Une union rose-rouge-verte, tant de fois promise, avec à sa tête l’énigmatique mais néanmoins charismatique Martine Aubry. Un Syriza à la française en quelque sorte.
Une alliance à haut risque
Mais ne nous y trompons pas, cette alliance, aussi attractive soit-elle pour certains, n’est qu’une duperie de plus. Pire, elle risque anéantir pour les décennies à venir, les chances d’une coalition rose-rouge-verte ayant pour objectif une politique se dressant réellement contre celui qui n’a pas de visage. Sachant qu’en politique, l’amnésie est un mal pernicieux, il est bon de rappeler que Martine Aubry fut candidate aux dernières primaires plus par « remplacement » que par conviction, que le candidat naturel était à l’époque DSK, lui même recevant l’appui de nombreux ténors du parti socialistes dont celui de Martine Aubry. Souvenons-nous de la déclaration de Laurent Fabius sur RMC dans l’émission « les grandes gueules » du 24 septembre 2010 : « il y aura l’unité» entre le directeur général du FMI, Martine Aubry et lui[5]. Enfin, n’oublions pas, qu’outre l’affaire DSK, l’ancien président du FMI, fut ministre des Finances du gouvernement Jospin, qu’il a incarné le virage social-libéral du PS et que son action au FMI a permis de renouer avec la brutalité des plans d’austérité. Que l’aile gauche du PS, certains ténors écologistes voire Pierre Laurent puissent se retrouver derrière une Martine Aubry donnant, en son temps, un crédit total à DSK le social-libéral, serait un déshonneur pour cette gauche. A moins que cette gauche n’envisage prioritairement de reprendre le pouvoir au détriment d’une politique de gauche! Car l’affaire semble être prise au sérieux jusque dans les plus haute strate de l’Elysée et expliquerait la sortie de Manuel Valls qui déclarait : « DSK n’est plus persona non grata[6] ». Une manière directe et efficace de dire à Mme Aubry, par presse interposée, que son retour ne changera rien à la politique menée puisque celui qu’elle soutenait se range sans complexe dans le camp de Hollande. Car les convictions politiques de DSK ne sont en rien différentes de celles du gouvernement actuel. Et si ce dernier aurait sans doute nommé Martine Aubry comme premier ministre au lieu de Manuel Valls. Mais contrairement à une légende tenace, cette dernière n'est guère plus à gauche que Manuel Valls. En fait, la plupart des dirigeants du PS, qu'ils l'assument ou qu'ils s'en défendent, sont de fervents adeptes de la «Troisième Voie» d'Anthony Giddens, le théoricien inspirateur de Tony Blair. Comme Hollande, DSK aurait sans doute démarré avec Jérôme Cahuzac au budget, comme Hollande, il aurait eu à donner une place importante à des hiérarques du parti, tels que Laurent Fabius. Comme Hollande, il aurait eu à donner des postes-clés aux battus de la primaire socialiste, tel qu'Arnaud Montebourg. Comme DSK et donc comme Hollande, Martine Aubry ne représente pas La candidate tant rêvée de la gauche. Souvenons nous qu’elle n’a pas un parcours réellement ancré à gauche. Entre 1989 et 1991, elle a travaillé chez Péchiney, devenant même numéro 2 du groupe dirigé par Jean Gandois, futur président du CNPF. Elle a depuis mauvaise réputation dans les milieux syndicaux, qui lui reprochent sa proximité avec les milieux patronaux. Souvenons nous qu’elle a soutenu Christine Lagarde à la présidence du FMI affirmant qu’elle ferait une « excellente » présidente. Comme son père, Aubry est issue du christianisme social et de la Deuxième gauche ; celle de la CFDT et, plus tard, du Club Témoin. Ce club de réflexion et la revue du même nom ont été dans les années 90 le carrefour de la gauche démocrate. Il prônait une social-démocratie de compromis et de modération, d’ouverture au centre. S’y sont retrouvés Jacques Delors, Martine Aubry, Jean-Pierre Mignard (ex-président de l’association Désirs d’avenir), Jean-Pierre Jouyet (ex-secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le gouvernement Fillon) et... et…François Hollande!
Si elle admet que l'exécutif a accompli quelques "bonnes choses", comme :
"Le retour de la France sur la scène internationale » - Omettant que les spécialistes des questions monétaires observent que, au moins depuis les années 1970, les Allemands imposent presque systématiquement leur point de vue à Paris.
« Les moyens complémentaires donnés à la police » - Rire jaune de cet adjoint de sécurité (nouvelle forme de recrutement dans la police depuis Hollande) : "On prend les mêmes risques qu'un gardien de la paix, on fait le même métier, sauf qu'au niveau des textes et du salaire on est considéré différemment. On est une police low cost, tout simplement".
« Les moyens complémentaires donnés à la justice » - Alors que La Garde des Sceaux Christiane Taubira, admet que la lenteur de la justice est due à un «manque de moyens» justement.
« Les moyens complémentaires donnés à l'éducation » - Alors qu’une modulation desdits moyens est en réflexion en fonction des résultats scolaires des élèves : donner plus à ceux qui réussissent le moins bien ce qui risque orienter les « autres » vers un enseignement privé.
« Les moyens complémentaires donnés la retraite à 60 ans pour les longues carrières" – Sans réaliser que les pensions ont diminué de 9% entre 1993 et 2003 (source COR); Toujours selon le COR encore, elles doivent s’effondrer de 25,5% d’ici 2060 par la seule application des réformes de 2003, 2010 et 2013.
Madame Aubry êtes vous sûre que se sont des "bonnes choses" qui nous attendent ?
De plus, elle plaide pour un changement de cap et met l'exécutif face à ses objectifs : "Nous avions prévu qu'à mi-mandat, la croissance serait revenue, le chômage en repli et les déficits réduits en deçà de 3 % ». – Inutile de rouvrir le débat sur la fixation de la règle budgétaire des 3% qui non satisfaite de servir de caution aux politiques libérales pour étrangler les peuples, ne repose sur aucune théorie économie.
Mais promis juré, elle déclare n'être « candidate » à rien d'autre qu'au « débat d'idées » et vous savez quoi, Madame Aubry, tant mieux !
[1] http://www.politis.fr/Francois-Hollande-donne-une,28034.html
[2] http://www.leparisien.fr/politique/video-le-ps-a-perdu-25000-membres-15-06-2014-3924289.php
[3] http://www.sudouest.fr/2014/04/03/henri-emmanuelli-appelle-a-un-congres-extraordinaire-du-ps-en-coma-profond-1514591-3452.php
[4] http://www.liberation.fr/politiques/2014/06/14/valls-au-ps-le-risque-de-voir-marine-le-pen-au-second-tour-de-la-presidentielle-existe_1041120
[5] http://rmc.bfmtv.com/emission/fabius-confirme-lentente-entre-dsk-aubry-127707.html
[6] http://www.lemonde.fr/politique/article/2014/10/13/pour-manuel-valls-et-le-ps-dsk-n-est-plus-persona-non-grata_4504991_823448.html