Mohamed Louizi: la profanation du sacré dans le champ musulman

Mohamed Louizi continue son travail fondamental, consistant à séparer la religion musulmane de ses déviations politiques. Dans ce texte, il analyse la façon dont le sacré (respect de la vie humaine) a été très tôt profané.

 

La profanation du Sacré dans le champ  musulman 

Mohamed Louizi 

 

Si je fais abstraction de toute l'histoire de l'humanité d'un point de vue anthropologique, notamment sur le rapport existant entre «sacré» et «violence» (comme l'expliquent les travaux de René Girard et ceux de Mircea Eliade, entre autres) et si je n'observe que l'histoire politico-religieuse de la communauté musulmane, depuis la nuit du 8 juin 632 (la date du décès du Prophète Mohammed), le «sacré» dans le champ religieux musulman défini, par de nombreux versets du Coran mecquois, comme étant «la vie humaine», a été profané systématiquement, tout au long des précédents  quatorze siècles, à cause de l'alliance entre le «politique» et le «religieux». 

Cela a commencé  lorsque le premier calife Abou Bakr a déclaré «les guerres de l'apostasie» (632-633). D'autres batailles intracommunautaires ont défrayé la chronique à l'époque, opposant de fidèles compagnons du Prophète et même quelques-unes de ses femmes (Aïcha) : Bataille du chameau (656), Bataille de Siffin (657), Bataille du Karbala (680), etc. Beaucoup de sang a coulé. Des milliers de musulmans ont tué d'autres milliers de musulmans et d'autres milliers de non-musulmans, au nom d'intérêts politiques devenus «sacrés» , principalement, par la justification religieuse. Je n'ai pas évoqué délibérément les batailles qui avaient opposé, d'un côté, la communauté de Médine et les autres communautés voisines et tribus du temps du prophète (relatés dans le Coran médinois et en particulier dans les sourates 8 et 9). J'y reviendrai.

 La profanation du caractère sacré de la vie humaine a continué sous différents empires et régimes islamistes, depuis les Omeyyades jusqu'à  nos jours. Toute opposition politique ou intellectuelle au régime en place a été anéantie, et les opposants ont été torturés et tués. La peine de mort pour apostasie a été instaurée avec la bénédiction du «clergé» évoluant à l'ombre des dictatures. Des textes religieux (notamment des milliers de hadiths) ont été fabriqués de toutes pièces pour légitimer ces mises à mort. La plupart du temps, tout opposant au régime politique puisant sa légitimité de la source religieuse fut catalogué comme étant «apostat», et donc condamnable à la peine de mort. L’apostasie, qui signifiait au départ le fait de «renier l'islam» - au moment de la création des principaux 3 hadiths instaurant cette peine inexistante dans le Coran -  a pris d'autres dimensions et d'autres significations. Les juristes musulmans ont inventé une règle juridique incroyable, intitulée : « l'élément reconnu impératif et essentiel à la religion » (المعلوم من الدين بالضرورة).

 Par conséquent, il n'est plus nécessaire selon eux de «renier» publiquement la religion musulmane pour mériter la sanction mortifère d'apostasie, il suffit juste de renier «un élément reconnu impératif et essentiel à la religion»! Mais reconnu par qui  ? 

Réponse : par ces mêmes juristes, nonobstant ce que pouvait dire le Coran, ou pas. Ainsi, dire simplement que tel hadith ne pourrait avoir comme source le Prophète, car contredisant le Coran, devient un aveu d’apostasie selon ces juristes avides de couper les têtes pour sauver leur temple. Confirmer que de nombreux actes et pratiques n’ont rien à voir avec le texte coranique fondateur (le voile, les mutilations génitales, les carrés et cimetières musulmans, etc.) devient un aveu d’apostasie selon ces juristes : 

De nombreux savants musulmans, philosophes et intellectuels ont été exécutés pour apostasie parce qu'ils n'étaient pas d'accord avec une interprétation ou une vision religieuse dominante. Cela concerne l'histoire lointaine tout comme l'histoire contemporaine. Je peux citer de nombreux exemples de personnes, exécutées lâchement et sauvagement par une dite loi judiciaire et par la loi de l'aveuglement et de l'arbitraire terroriste. Je pourrais évoquer de nombreux exemples d’exécutés, anciens ou nouveaux qui attendent dans les couloirs de la mort. Mais je me limiterai à un seul exemple, en lien avec mon propos : 

L’exécution en janvier 1985, au Soudan, de l'intellectuel Mahmoud Mohamed Taha (1909-1985) à l'âge de 76 ans, par le régime militaire corrompu de Gaafar an-Numeiry, le dictateur soudanais, qui pour «draguer» les traditionalistes et les Frères Musulmans d'Hassan Al-Tourabi, avait condamné, au nom de la "charia"  et exécuté publiquement, cet intellectuel musulman progressiste qui luttait contre l'application aveugle et anachronique de la "charia" des Frères Musulmans et de leurs références théologico-politiques depuis 14 siècles. Mahmoud Mohamed Taha fut exécuté sur la place publique pour  "délit d'opinion". Le régime de Gaafar an-Numeiry a chuté trois mois plus tard. Un peu plus tard, en 1989, les islamistes ont pris le pouvoir grâce à  un coup d'état exécuté par le frère Omar Al-Bachir et planifié par le frère Hassan Al-Tourabi. 

Mahmoud Mohamed Taha avait une vision relativement moderne et éclairée du rapport au texte religieux, débarrassé du poids de l’histoire. Cela n'arrangeait pas la vision idéologique des Frères Musulmans qui dès 1968 ont cherché à s'en débarrasser par la voie de l'exécution pour apostasie. Il n'ont pas pu le faire en 1968 mais ils y sont parvenus en 1985.

 La vision progressiste de Manmohd Mohamed Taha reposait sur un élément essentiel : la différenciation nécessaire entre les deux Corans, le Coran mecquois et le Coran médinois. Pour cet illustre érudit, c’est le «Coran mecquois» qui contient le corpus absolu des principes fondamentaux et des valeurs universelles et intemporelles de l’islam. Quant au «Coran médinois», il ne représente qu’un témoignage relatif à une époque de l’histoire, montrant comment le «Coran mecquois» avait été reçu, perçu et compris par des bédouins vivant dans un désert, il y a 14 siècles. L'intellectuel et juriste suisse, d'origine palestinienne, Sami Al-Deeb Abou Sahlieh a publié, il y a quelques années, une traduction du Coran selon l'ordre chronologique de la révélation, facilitant le repérage des deux phases de la révélation.

 Ainsi, l’intellectuel soudanais faisait une nette distinction entre ce qui est annoncé avant l’hégire et ce qui est annoncé après. Avant, ce sont les principes fondamentaux et universels d’un message de liberté, de justice, de tolérance, de paix et d’ouverture sur l’humain, qui ont été annoncés pacifiquement, malgré les persécutions. Après, c’est «une» projection très relative de ces mêmes principes généraux sur le terrain du réel dans un contexte presque primitif où la «vie humaine» n’avait pas grande valeur ; où le sacré était constitué de traditions, de pierres et de statues ; où la guerre était la règle, et non l’exception, chez ces bédouins ; où l’arbitraire définissait les droits, notamment des femmes, des enfants et des esclaves. 

Si l’on ne prend que la dimension guerrière de cette existence tribale, on pourrait dire, avec beaucoup de prudence, que les bédouins de l’Arabie avaient perdu plus de 300 ans cumulés à s’entretuer pour tout et pour rien. Tout était sacré sauf, bien sûr, la vie humaine ! 

Je fais remarquer, par exemple, que la «Bataille d’El-Bassous» (حرب البسوس) - l’an 494 - avait duré, selon des historiens, entre 20 et 40 ans. Sa cause ? Un homme appartenant à une tribu a tué la chamelle du voisin d’une femme appartenant à la tribu voisine. L’homme fut tué à son tour par un autre homme qui voulait venger la mort de la chamelle. Les deux tribus se sont déclaré la guerre durant presque 40 ans. Inutile de compter les morts, des deux côtés, les statistiques n’existaient pas encore dans cette partie du désert. Je peux citer aussi la guerre de « Dahis wal-Ghabra’a » (داحس و الغبراء) qui s’est déclenchée suite à une histoire de course de chevaux. Cette guerre a duré aussi 40 ans. Combien de morts ? Je ne sais pas ! 

Par ailleurs, les guerres entre les deux principaux quartiers de Yathreb (Médine), Al-Aws et Al-Khazraj (الأوس و الخزرج), avait duré presque 140 ans. La dernière bataille entre les deux, la «Bataille de Bouath» (حرب بعاث) est survenue 4 ou 5 ans seulement avant la migration du Prophète. Ces traces étaient toujours vives dans les esprits. Et c’est dans ce contexte de guerre permanente et de sacrifice de la vie humaine, sur différents autels, que le message originel de l’islam a été annoncé dans ses principes généraux à la Mecque. Dans un tel contexte, le message coranique mecquois représentait une vraie révolution en imposant aux fidèles, comme acte de foi,  la retenue face aux violences subies et la résistance non-violente durant toute la période mecquoise. A Médine, une communauté s’est constituée. Les fondamentaux universels de l’islam étaient déjà annoncés. 

Cette communauté, composée de personnes très marquées par le poids de leur histoire bédouine et de tous ses conflits incessants, avait essayé, durant une très courte durée d’uniquement 10 ans, de faire vivre ces principes généraux, en plein milieu d’un contexte et d’un voisinage très hostile, qui n’a pas rompu avec les traditions guerrières et les coutumes ancestrales vénérant le sabre. 

Ainsi, le Coran médinois prenait en compte la complexité de cette réalité et permettait quelques exceptions aux règles mecquoises absolues. Le jihad armé, par exemple, fut autorisé - parfois dans des termes durs et presque incompréhensibles aujourd’hui lorsque l’on risque une lecture anachronique essentialisante - pour permettre à la communauté de Médine de se défendre et de défendre son droit à l’existence. 

Je rappelle, encore une fois, qu’autour de Médine, il n’y avait pas que des communautés «bisounours» ou «calinours». La communauté médinoise tentait de multiplier les pactes de paix avec ses voisins, en faisant tout pour éviter la guerre, mais lorsque la guerre était inévitable, le Coran médinois l'a autorisé à, voire lui a intimé le devoir de, se protéger, mais tout en gardant à l’esprit que la règle absolue reste : la paix. 

Toutefois le recours à la violence des armes dans un tel contexte, n’est qu’une exception. D’autres exceptions relatives à ce contexte bédouin révolu peuvent être citées aussi, concernant la condition de la femme, l’égalité homme-femme, etc.

 Le 8 juin 632, le Prophète décéda et ne laissa ni testament ni héritier mâle. Avant même son enterrement, la communauté de Médine, que le Coran mecquois avait appelée à l’universel, s'est vue orpheline de son guide spirituel. Certains membres de cette communauté, une petite minorité, avaient accompagné le Prophète depuis les premières années à la Mecque. D’autres l’avaient  rejoint quelques années plus tard. La majorité des médinois ne l'avaient  rencontré que depuis dix ans ou moins. D’autres ont rejoint la communauté un mois avant son décès. D’autres ne l’ont jamais rencontré. Une minorité de cette communauté composite, où chacun de ses membres avait ses habitudes, ses traditions et sa propre compréhension du massage, a décidé cette nuit là, non sans violence et intimidation des autres, à se constituer en entité politique avec un calife et un territoire. Le premier califat islamiste est né. Les médinois, les indigènes, ont été contraints à prêter allégeance à un calife mecquois, un immigré, sous l'influence virulente et menaçante d'Omar Ibn Al-Khattab qui a failli tuer un compagnon nommé Saad Ibn Oubadah avant l'intronisation du premier calife au sein de la fameuse Saqifa.     

Le moment coranique mecquois et universel  était déjà achevé avec ses annonces intemporelles. Le moment coranique médinois s’est achevé à la surprise générale avec des hauts et des bas, des affirmations des règles universelles et des exceptions. Mais le bédouin, ce musulman presque "primitif", très attaché à sa tribu, ne pouvait comprendre le sens de l’universel, en un temps très court, en moins de 10 ans, perturbé par des contraintes multiples et rattrapé par le poids de sa propre histoire individuelle et par l’inertie de l’histoire collective des tribus de l’Arabie.

 Le naturel avait fini par reprendre le dessus. Des compagnons d’hier se sont de nouveau entretués  sur fond de conflits pour le pouvoir politique, en privilégiant les alliances tribales revivifiées comme avant l’avènement de Mohammed. Chaque groupe musulman avait essayé de trouver une légitimité religieuse à ses prétentions politiques tout en discréditant l’autre groupe musulman d’en face. La guerre avait repris et l’esprit de conquête aussi. Les 23 ans de la présence du Prophète n’était qu’une parenthèse, perturbant le cours d’une histoire écrite par le sabre et les razzias. Durant les 50 premières années après la date du 8 juin 632, d’autres « islams » bédouinisés sont nés, en rupture totale ou partielle, avec les valeurs et les principes universels annoncés durant la période mecquoise.

 Aussi, l’institution des hadiths est née oralement sous  l’œil bienveillant des politiques. Abou Hourayra, l’un des principaux rapporteurs énigmatiques des hadiths, avait profité de la mort du deuxième calife pour commencer à diffuser dans les mosquées des textes attribués au Prophète, tout en s’alliant à Mouawiyah, le fondateur de l’Empire Omeyyade - qui n'est devenu musulman que lors de la conquête de la Mecque ! -  et à qui le troisième calife Othman Ibn Affan, omeyyade lui aussi, a donné le plein pouvoir à Damas. 

Dans ces conflits de pouvoir, les omeyyades ont fini par s’imposer au terme d’une guerre sanglante contre des musulmans alliés à Ali Ibn Abi Taleb, le gendre du Prophète. Le sunnisme et le chiisme sont nés, d’abord politiquement, dans un bain de sang «musulman», et ensuite, religieusement, à travers différents textes, pour entretenir les flammes d’une guerre presque éternelle. 

Le sacré n’était plus la « vie humaine ». Les textes religieux inventés à cette époque, et transcrits dans des recueils entre 120 et 200 ans après la mort du Prophète, sont devenus le squelette du «sacré» de l'islam. Les critiquer ou les mettre en doute, hier comme aujourd'hui, est perçu comme une offense à la règle juridique meurtrière dite : « l'élément reconnu impératif et essentiel à la religion » et ouvre la voie à l’arbitraire jurisprudentiel des condamnations pour apostasie !

Par conséquent, ne pas comprendre ce qui s’est passé durant ces 50 années troubles, entre la date du 8 juin 632 et la date d’instauration de l’Empire Omeyyades, prive des éléments essentiels pour comprendre la genèse de la naissance de cette alliance entre le «politique» et le «religieux» en islam. Ne pas comprendre les 10 années de la résidence du Prophète à Médine et le sens très relatif du Coran médinois, revient à inverser l’ordre des choses:

Ce qui est absolu, devient relatif ! 

Ce qui était relatif devient absolu ! 

L’exception devient la règle. Et la règle, l’exception ! 

L’universel se voit abrogé par le tribal ! 

L’évolutif par le révolu ! 

Le Prophète par les Omeyyades ! 

Le Coran par les hadiths et les fatwas !

Les islamistes, et les Frères Musulmans, ceux qui tuent ou soutiennent les exécutions de leurs contradicteurs pour apostasie, interdisent cette vision de l’histoire et ne l’enseignent pas à leurs jeunes recrues, car elle n’arrange point les affaires de leur projet idéologique et politique. Pour eux le « sacré » recouvre non seulement la production théologico-politique de ces 50 années, en plus des deux Corans, le mecquois et le médinois, mais aussi les 3 siècles après la mort du Prophète. Toute cette production politico-religieuse est « sacrée » pour les Frères Musulmans et les mouvements salafistes.

 Et la « vie humaine » dans tout ça ? 

Réponse: Si elle n’est pas musulmane, sunnite, salafiste, et de préférence «frère musulmane», elle n’est pas sacrée. En tout cas pas totalement. Si elle est « musulmane », et toujours sunnite, elle sera épargnée tant qu’elle ne cherchera pas à réfléchir par elle-même, ou à douter, ou à repenser cet héritage ancestral taché de sang et produit par les conquêtes du sabre, en interne comme en externe, et dans les quatre directions cardinales. 

La vie humaine demeure hélas sacrifiée, au nom de tous ces «textes sacrés», pour conquérir un territoire, chasser un régime indésirable, tuer des désignés apostats, liquider des opposants politiques, terrifier les « ennemis d’Allah », venger l’image du Prophète en tuant des caricaturistes, imposer la charia bédouine, atteindre le but ultime du Tamkine, etc.

 La vie humaine est considérée comme un vulgaire détail sans aucune considération. L’ordre est inversé. L’être humain n’est perçu que sous un angle binaire le réduisant à sa seule identité religieuse alors que le « Coran mecquois » l’a sanctifié et l’a élevé au rang suprême, quels que  soient son origine ethnique, son sexe, sa couleur, sa religion, sa philosophie de vie, etc.

 C’est pour cela, il me semble que, pour  la dite communauté de foi musulmane en France, en Europe et ailleurs, il n'est de salut durable que dans le cadre d’une humanité pacifiée et inclusive, à espérer et à construire avec d’autres, si ce n’est à travers cet impératif des 3R, au minimum :

Premièrement : Redéfinir le sacré. C’est la Vie, en général, et la vie humaine, en particulier, qui est sacrée et non pas le texte, quel qu’il soit. Tout texte qui appelle à tuer la vie ne peut avoir comme origine Dieu : le Vivant. Tuer l’autre, c’est « juste » tuer l’autre. Tuer l’autre, c’est cracher du sang sur le visage de Dieu !

Deuxièmement : Refonder le texte. Si les principes généraux et les valeurs universelles, forgés dans les différentes cultures et civilisations humaines, tout au long de la grande histoire de l’humanité, et qui sont annoncées dans les différentes chartes internationales modernes, écrites au lendemain des grandes guerres du siècle dernier, si ces principes généraux et ces valeurs universelles ne suffisent pas et si le « musulman » - de par son identité religieuse - a vraiment besoin d’une charge spirituelle complémentaire, pour donner sens à ces valeurs et ces principes, il ferait mieux de regarder du côté du seul Coran mecquois, qui les a presque tous annoncés depuis plus de 14 siècles. Il peut aussi lire le Coran médinois ainsi que le corpus des hadiths, pourquoi pas, simplement pour comprendre comment l’universel dans le Coran mecquois a pu être approché et projeté sur la réalité bédouine de Médine, mais sans tenter d’en tirer aucune règle juridique qui serait valable ou applicable à notre époque. J’ose dire que les bédouins de l’époque n’avaient pas compris grand-chose du message coranique mecquois sauf quelques exceptions qui, après la mort du Prophète, ont préféré s’isoler de tout, au lieu de pervertir un message spirituel par l’appétit politique. Le relatif étant relatif. Ce qui appartient à l’histoire, appartient à l’histoire. L’idéal est toujours un avenir à construire et non pas un passé à reproduire, fût-il prétendument glorieux. Il faut regarder de l’avant. Dans une voiture, le pare-brise est  plus grand que le rétroviseur. Et ce n’est pas un hasard, ou un défaut de fabrication.

Troisièmement : Réconcilier l’islam(s) avec la modernité et la laïcité. Le Prophète n’était pas un président d’un quelconque état islamique. Il était, selon les affirmations du Coran lui-même, un Prophète, un Messager, un lanceur d’alerte et un porteur de bonnes nouvelles. Il guidait la prière mais disait aux médinois de faire au mieux quant à la gestion de leurs propres affaires temporelles et de leurs champs de cultures. Médine était une cité laïque et non pas un état religieux. Cela mérite un article à part. Lorsque le Prophète s’y est installé, il a soudé la communauté plurielle, composée de musulmans, de juifs et de nombreuses tribus voisines, par une déclaration adoptée par tous, pour instaurer la paix et le respect des droits de chacun.

 Le Prophète avait composé avec son contexte pour projeter des principes et des valeurs sur un terrain particulier, en produisant des règles particulières et très relatives à son contexte. Ces règles étaient peut-être valables et acceptables en son temps mais plus maintenant. S’il revenait demain ef  s’installait à Paris - car ailleurs il serait sans doute jugé « apostat » à son propre message -, il me semble qu’il adopterait sans complexe la « Déclaration universelle des droits de l’homme », la « Déclaration des Droits de l’Enfant », la « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » ainsi que toutes les autres déclarations garantissant, théoriquement, à tout un chacun liberté, justice, paix et respect de sa dignité. Il regretterait le déséquilibre, à corriger, au sein de l'ONU donnant le droit de veto à cinq membres privilégiés du conseil de sécurité et privant les autres nations de ce droit. Je ne sais pas s’il serait favorable, ou pas, à l'inscription de la « déchéance de nationalité » dans la réforme constitutionnelle. Mais ce qui me semble certain, c'est qu'il ne serait pas d’accord avec le projet politique tamkiniste des Frères Musulmans, ni avec leur instrumentalisation politique des mosquées pour vénérer le projet omeyyade, ni avec leurs complices qui leur font, bêtement et non sans intérêts, la courte échelle.

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