Monica M.
Abonné·e de Mediapart

109 Billets

1 Éditions

Billet de blog 21 nov. 2015

Monica M.
Abonné·e de Mediapart

Iran - Le dernier jour où les femmes ont pu se promener tête nue

Monica M.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.


Iran - Le dernier jour où les femmes ont pu se promener tête nue 

 Interview réalisée par Sian Cain, The Guardian

J’ai commencé à prendre des photos en 1972. À ce moment-là, il n’y avait que quatre ou cinq femmes photographes en Iran. Le métier de photographe était considéré comme une chose étrange pour des femmes. Quand je disais que ma profession était « photographe », mes amis et la famille riaient. « La photographie est un hobby », disaient-ils. Pour eux, les photographes travaillaient pour des mariages et des sites touristiques.

La meilleure photo de Hengameh Golestan : 
Des femmes iraniennes protestent contre la loi du hijab de 1979.

La photo (voir ci-dessus) a été prise le 8 mars 1979, le lendemain de l’adoption de la loi du hijab qui décrétait que les femmes en Iran devaient porter un foulard hors de chez elles. Beaucoup de gens à Téhéran ont fait la grève et sont descendus dans la rue.

C’était une très grande manifestation regroupant des femmes – et des hommes – de toutes les professions, des étudiants, des étudiantes, des médecins, des avocats. Nous luttions pour la liberté : politique et religieuse, mais aussi individuelle.

J’ai pris cette photo au début de la manifestation. Je marchais à côté d’un groupe de femmes qui parlaient et plaisantaient. Toutes étaient heureuses que je les photographie. Vous pouvez voir à leur visage qu’elles se sentaient joyeuses et puissantes.

La révolution iranienne nous avait appris que, si nous voulions quelque chose, il fallait descendre dans la rue et le réclamer. Les gens étaient si heureux ; je me souviens d’un groupe d’infirmières arrêtant certains hommes dans une voiture et leur disant : « Nous voulons l’égalité, alors mettez aussi un foulard ! » Tout le monde riait.

Je voulais rejoindre toutes les manifestations pendant la révolution, mais je savais que je devais le faire comme photographe. Ma première pensée fut : « C’est ma responsabilité d’informer sur cet événement. » Je suis plutôt petite, je me faufilais donc dans la foule et hors de la foule, prenant constamment des photos. J’ai pris près de 20 rouleaux de films. À la fin de la journée, j’ai couru à la maison les développer dans ma chambre noire. Je savais que j’avais été témoin d’un événement historique. J’étais si fière de toutes les femmes. Je voulais montrer ce que nous avions de meilleur.

Hengameh Golestan

Ce fut le dernier jour où des femmes ont marché tête nue dans les rues de Téhéran. Ce fut notre première déception à l’endroit des nouveaux dirigeants de l’Iran post-révolution. Nous n’avions pas obtenu le résultat escompté. Mais quand je regarde cette photo, je ne vois pas seulement le poids du hijab. Je vois les femmes, la solidarité, la joie – et la force que nous ressentions.

J’ai offert mes photos aux journaux, mais aucun n’en a voulu. Toutefois, en 2010, il y a eu un festival de femmes en Syrie, et j’y ai apporté mes photos. J’ai reçu une réponse chaleureuse de ces femmes, tant les musulmanes que les chrétiennes. Elles voyaient la vie réelle des femmes iraniennes pour la première fois. Une étudiante en photographie prend leur action comme sujet de doctorat, cela a donc été très gratifiant.

Je reçois une réponse étrange de jeunes Iraniens et Iraniennes, les générations qui n’ont jamais vu des femmes sans hijab dans les rues. Leur monde est très différent. Certain-e-s ne savent même pas que ces manifestations ont eu lieu.

Après la révolution, des centaines de bonnes photographes ont émergé en Iran. Mais quand j’ai voulu "couvrir" la guerre Iran-Irak, dans les années 1980, les autorités m’en ont empêchée. « Rien que des hommes sur la ligne de front », ont-ils dit.

Aujourd’hui, je me suis liée d’amitié avec une étudiante iranienne qui a été autorisée à se rendre en Afghanistan pour prendre des photos de la guerre là-bas. Je lui dis toujours qu’elle est en train de vivre mon rêve.

Notes biographiques 

Née à Téhéran en 1952, la photographe Hengameh Golestan a étudié à Hastings, Angleterre, quand elle avait 18 ans. Son apprentissage de photographe s’est poursuivi auprès de son mari, Kaveh Golestan, photographe pour les médias. Elle dit avoir été influencée par Mary Ellen Mark et par Diane Arbus. Moment important : « Être à Téhéran au moment de la révolution. » Moment faible : « Quand j’ai eu mon fils, il était plus difficile pour moi de voyager. » De premier ordre : « Construire une relation avec son sujet. La compassion est importante ».

Publlication originale dans The Guardian, le 3 septembre 2015 sous le titre "Hengameh Golestan’s best photograph : Iranian women rebel against the 1979 hijab law".

Mis en ligne sur Sisyphe, le 19 novembre 2015

http://sisyphe.org/spip.php?article5186#.Vk-KJ8OpBEM.facebook

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’auteur n’a pas autorisé les commentaires sur ce billet

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Corruption
Qatar-Sarkozy : les nouvelles liaisons dangereuses
Un rapport de la police anticorruption montre que Nicolas Sarkozy aurait fait financer a posteriori par le Qatar, en 2011, des prestations de communication réalisées par le publicitaire François de La Brosse pour sa campagne électorale de 2007, puis pour l’Élysée. Aucune d’entre elles n’avait été facturée.
par Fabrice Arfi et Yann Philippin
Journal — Justice
Ce double condamné que Macron envoie représenter la France
À la demande d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy a représenté la France, mardi 27 septembre, aux obsèques de l’ancien premier ministre japonais. Le fait que Nicolas Sarkozy ait été condamné deux fois par la justice, notamment pour « corruption », et soit lourdement mis en examen dans l’affaire libyenne, notamment pour « association de malfaiteurs », ne change rien pour l’Élysée.
par Fabrice Arfi et Ilyes Ramdani
Journal
Crise de l’énergie : sans « compensation » de l’État, le scolaire et l’université en surchauffe
Pour affronter la flambée des prix de l’énergie dans tout le bâti scolaire et les établissements d’enseignement supérieur, collectivités et présidents d’université s’arrachent les cheveux. Le projet de loi de finances 2023 est cependant bien peu disert sur de possibles compensations de l’État et écarte l’hypothèse d’un bouclier tarifaire. En réponse, économies, bricolage ou carrément fermeture des établissements d’éducation.
par Mathilde Goanec
Journal
« Il faut aider les Russes qui fuient, qui s’opposent »
Alors que Vladimir Poutine a lancé la Russie dans une fuite en avant en annonçant la mobilisation partielle des réservistes, et des référendums dans les régions ukrainiennes occupées, quelle réaction de la société civile, en Russie ou en exil ? La chercheuse Anna Colin Lebedev et trois exilées qui ont quitté le pays depuis l’invasion de l’Ukraine sont sur notre plateau.
par À l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Interroger le résultat des législatives italiennes à travers le regard d'auteur·rices
À quelques jours du centenaire de l'arrivée au pouvoir de Mussolini, Giorgia Meloni arrive aux portes de la présidence du Conseil italien. Parfois l'Histoire à de drôles de manières de se rappeler à nous... Nous vous proposons une plongée dans la société italienne et son rapport conflictuel au fascisme en trois films, dont Grano Amaro, un film soutenu par Tënk et Médiapart.
par Tënk
Billet de blog
Italie, les résultats des élections : triomphe de la droite néofasciste
Une élection marquée par une forte abstention : Le néofasciste FDI-Meloni rafle le gros de l’électorat de Salvini et de Berlusconi pour une large majorité parlementaire des droites. Il est Probable que les droites auront du mal à gouverner, nous pourrions alors avoir une coalition droites et ex-gauche. Analyse des résultats.
par salvatore palidda
Billet de blog
Giorgia Meloni et ses post-fascistes Italiens au pouvoir !
À l’opposé de ce qui est arrivé aux autres « messies » (Salvini, Grillo…), Giorgia Meloni et ses Fratelli d’Italia semblent - malheureusement - bien armés pour durer. La situation est donc grave et la menace terrible.
par yorgos mitralias
Billet de blog
Italie : il était une fois l’antifascisme
On peut tergiverser sur le sens de la victoire des Fratelli d'Italia. Entre la revendication d'un héritage fasciste et les propos qui se veulent rassurants sur l'avenir de la démocratie, une page se tourne. La constitution italienne basée sur l'antifascisme est de fait remise en cause.
par Hugues Le Paige