Trois ans après leur naufrage, des migrants vivent l'enfer sur une île paradisiaque
Matthias Troude - 12 juillet 2024 à 8h25 https://www.slate.fr/
Ces soixante Tamouls croyaient que leur sauvetage les amènerait en sécurité, ils sont depuis emprisonnés.
Temps de lecture: 2 minutes - Repéré sur The Guardian
Qui ne voudrait pas vivre sur l'atoll Diego Garcia, avec ses plages de sable blanc, ses palmiers et ses eaux claires? Les soixante demandeurs d'asile tamouls qui y sont coincés depuis trois ans vous en peindront un autre tableau. Celui d'un camp de réfugiés insalubre et d'un enfer juridique sans fin, surveillé par des soldats américains mais dont le sort dépend des autorités britanniques.
Ils pensaient pourtant être sauvés. Fin septembre 2021, ces Tamouls fuient les persécutions que leur ethnie subit au Sri Lanka et font cap sur le Canada. Leur bateau prend l'eau et commence à couler au bout de seulement dix jours. Le 3 octobre, la marine britannique les repère et les ramène à Diego Garcia, une base militaire de l'océan Indien. «Quand j'ai vu le drapeau britannique, raconte l'un d'entre eux, je me suis dit que nous étions enfin en sécurité.»
On signifie d'abord à ce groupe de soixante migrants, dont seize sont des enfants, que leur embarcation sera réparée et qu'ils pourront repartir dans quelques jours. Trois ans plus tard, ils sont toujours bloqués sur l'atoll, avec pour seul horizon un camp de la taille d'un terrain de football ceinturé par des grilles hautes de 2 mètres.
Leurs tentes de fortune prennent l'eau et sont infestées de rats, de souris et autres cafards. «On cohabite avec les rats, témoigne une mère. Ils mangent notre nourriture, montent sur nos enfants quand ils dorment, et nous mordent.»
Si la ville construite pour les militaires abrite un bowling, des magasins, des bars et des terrains de sport, les Tamouls n'ont pas le droit de quitter leur camp. Seules quelques sorties à la plage très encadrées et des visites médicales peuvent justifier d'en sortir. «Un enfant de 3 ans s'est volontairement cassé une dent pour pouvoir aller chez le dentiste et manger une banane», souffle un réfugié.
Des conditions si déshumanisantes qu'une mère se «demande si, en tant que parents, nous pourrions permettre à nos enfants de partir de l'île en venant à mourir».
Le vide juridique de l'asile sur une base anglo-américaine
Si ces soixante Tamouls sont toujours bloqués sur cette île trois ans plus tard, outre la mauvaise volonté des autorités britanniques, c'est parce que personne avant eux n'avait jamais demandé l'asile sur Diego Garcia. Et l'atoll lui-même est contesté.
Colonisé par la Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, il est administré depuis la création du Territoire britannique de l'océan Indien (BIOT) en 1965. Mais sa gouvernance est constitutionnellement séparée du Royaume-Uni. Il est par ailleurs loué par l'armée américaine qui y stationne entre 3.000 et 5.000 militaires. La base a été utilisée pour les attaques sur l'Afghanistan après le 11-Septembre et la guerre en Irak.
L'atoll est aujourd'hui essentiellement occupé par les 3.000 à 5.000 militaires américains qui vivent sur la base militaire. | Senior Airman Rebeca M. Luquin, U.S. Air Force via Wikimedia Commons
L'archipel des Chagos, dont fait partie Diego Garcia, ne devrait même pas appartenir au Commonwealth britannique. Il est revendiqué par l'île Maurice, située à 2.000 kilomètres au sud-ouest, à qui la Cour internationale de justice a donné raison en 2019.
Cette impasse fait enrager les avocats qui tentent de libérer les soixante Tamouls de leur camp. Si une lueur d'espoir a d'abord jailli d'une lettre de Liz Truss en 2022, alors secrétaire d'État aux Affaires étrangères, recommandant au gouvernement de traiter le cas de ces réfugiés au Royaume-Uni en raison des risques de suicide à l'intérieur du camp, rien n'a été fait à ce moment-là.
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Dans un dernier développement plus encourageant, la juge de la cour suprême du BIOT Margaret Obi a accepté d'examiner une plainte portée par les demandeurs d'asile. Elle leur a accordé, fin avril 2024, une liberté sous caution pour qu'ils puissent accéder à certaines parties de l'île.
Cette décision faisait suite à la visite d'une délégation du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Son rapport édifiant avait conclu que la détention de ces Tamouls était arbitraire et que le camp violait le droit international des réfugiés.
Mais cette petite victoire ne peut éclipser le fait que, pendant ce temps, aucun asile n'est visible à l'horizon.
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Pierre Payen (Dunkerque)
Il est vrai qu'ils ne les tuent pas directement, mais attendent patiemment ! ! !