Qui sème la terreur ...

          Aujourd'hui le cours de l'histoire s'accélère et décide de frapper le cœur même de la liberté d'expression. Aujourd'hui nous entrons de plein pied, nous les français, dans l'ère du terrorisme du 21ème siècle : des cibles choisies, précises et choquantes.

          Cet acte barbare était prévisible. Nous français, vivons comme si notre impérialisme, notre bien-pensance, notre suffisance, notre morale et notre mode de vie, étalés avec dédain au reste du monde, suffisaient à nous protéger du pire. Au contraire. Nos faux-semblants, nos insuffisances de caractère et nos alliances versatiles et de circonstances font de nous un peuple fourbe, imprévisible et malhonnête.

          En publiant des caricatures d'un prophète, Charlie hebdo a accepté d'endosser internationalement le rôle de porte-parole de la France, de son peuple et de sa civilisation. Celle qui autorise un journal à blasphémer une religion pratiquée sur les cinq continents, par le quart de la population mondiale, au sein même de notre territoire. Celle qui autorise le bombardement de villages entiers au nom d'une lutte contre le terrorisme, tuant au passage des milliers d'innocents. Celle qui autorise la vente d'armes et la lutte armée pour renverser des gouvernements considérés comme hostiles. Celle qui autorise la guerre au nom d'une idéologie désormais appelée « marché de la démocratie ». En réalité, nul n'ignore que la deuxième partie du terme est illusoire, donc inutile.

          Les intérêts économiques guident les missiles et les drones. Nous créons des ennemis pour justifier nos prises de position dans des zones géo-économiquement profitables. Nous fabriquons des menaces pour légitimer des interventions militaires rentables et purement vénales. Nous assassinons chaque jour des centaines d'enfants par pur profit financier. Avons-nous oublié ce qu'accomplissent nos représentants ? Oui, ils nous représentent. Nous devons aujourd'hui en prendre conscience ; et réfléchir collectivement à la portée de nos actes devant le reste du monde.

           Grande est ma peine aujourd'hui pour la liberté d'expression. Mais vieille est ma souffrance pour les morts que notre civilisation a sur la conscience. Assumons-les. Cela n’implique en rien l'acceptation d’actes de terreur sur notre territoire. Mais nous devons regarder l'image que nous renvoyons au monde. Nos habituelles critiques et leçons de morale doivent s'appliquer à nous mêmes désormais. C'est un devoir de mémoire pour les artistes et penseurs morts le mercredi 7 janvier.

           Que leur liberté d'expression enlevée nous guide vers la liberté de penser et de s'exprimer différemment. Que leur indépendance saccagée nous ouvrent les portes d'une France respectueuse et humble. Que leurs rêves évanouis nous transportent sur des chemins de vie harmonieux.

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