Sainté contre le reste du Monde

          Ils sont 175000 stéphanois énervés. Énervés de la paupérisation culturelle, économique ou du bien être de leur ville ? Non. Énervés d'un papier toilette du Monde, décrivant la capitale du Forez comme une zone infestée de taudis, et affichant en centre ville les plaies de l'appauvrissement de la population et de la ville. L'article type de la fainéantise professionnelle d'une journaliste qui n'en a que la carte, parce que incapable de travailler durablement et véritablement sur un sujet.

          Les rédactions locales s'emballent, crachent sur le Monde et la population suit à l'unisson en profanant des insultes envers la rédactrice parisienne. Enfin ! Mais pourquoi attendre que votre ville soit dépeinte comme abandonnée et pauvre pour se fâcher ? Pourquoi laisser passer toutes les causes de vos colères pour vous lever quand on vous renvoie à votre propre image ?

          J'ai vécu à Saint-Etienne pendant 15 ans. Je vis désormais au Mans. La différence n'est pas que dans l'équipe de football. Oui votre ville décrépit. Oui vos rues offrent aux passants la vision de murs tombant en lambeaux, de vitres cassées et de rancœurs cachées à chaque regard croisé. Avant de me balancer que je suis caricatural, sachez que j'aime Saint-Etienne, son passé, sa beauté naturelle, et ses qualités développés par des années de labeur au fond des mines. Justement : qu'avez-vous fait pour défendre ces qualités ? Quand vous-êtes vous levés pour repousser ceux qui tiraient un trait sur votre histoire ? Jamais. Vous avez voté pour la Cité du design, pour l'endettement de la ville pour des projets pourtant privés, ou pour l'abandon de la culture populaire émanant de vos propres rues.

          Il aura donc fallu attendre l’instantané subjectif et partiel d'une « salope » (propos lus sur Facebook) pour que vous vous insurgiez. Mais réfléchissez bien stéphanois : n’est-ce pas plutôt la prise de conscience de votre mollesse devant les choix de vos idylles qui vous fâche ?  N’est-ce pas la dure découverte de votre inaction devant les choix qui ont conduit à cette décrépitude qui vous révolte aujourd'hui ? Je pense que si. Vous le savez comme moi, Saint-Etienne s'appauvrit parce que des décisions politiques n'ont pas privilégié le bien-être collectif ou l'embellissement de vos quartiers, mais des événements sporadiques et purement médiatiques qui ne rapportent rien aux citoyens. En ne vous révoltant pas, en ne disant pas simplement « non », vous avez détruit votre propre ville. Vous en êtes les seuls responsables.

        Aujourd'hui vous montez au créneau pour un tableau peint de l'extérieur, mais dont vous êtes les principaux fournisseurs de pinceaux et de peinture. Alors oui, je comprends votre colère. Être confronté à ses défauts et à ses manquements est difficilement supportable. Battez-vous pour que le prochain article soit la description d'une ville citoyenne, responsable et exemplaire sur sa gestion humaine et sociale. Vous êtes Saint-Etienne. Battez-vous pour elle.

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