Mélenchon et Lordon, entre souverainisme et populisme (République et nation 2/)

Suite de mon article précédent sur les évolutions de la notion de République à gauche, cette fois consacré à la stratégie de Jean-Luc Mélenchon pour 2017, proche de certaines formes de populisme et d'une partie de la théorie politique de Frédéric Lordon.

http://mordraal.weebly.com/blog/republique-et-nation-2-melenchon-et-lordon-entre-souverainisme-et-populisme

Cela peut paraître incroyable, mais c'est ainsi : malgré l'usage que fait la droite des notions de République et de nation comme nous avons pu le voir dans notre article précédent, il existe aussi au XXIème siècle une gauche qui revendique fièrement l'une et l'autre. Cette gauche est particulièrement incarnée par Jean-Luc Mélenchon dans le champ politique, qui n'hésite pas à reprendre les couleurs du drapeau de la révolution française pour sa campagne 2017 et à diffuser la Marseillaise en fin de meeting, au risque de se faire accuser de reprendre les symboles de la droite par une extrême-gauche qui inverse curieusement la situation ; elle est aussi incarnée dans le champ intellectuel par un Frédéric Lordon n'hésitant pas à invoquer la souveraineté nationale contre les traités européens et plaçant la République sociale au cœur de ses idées dans une excellente tribune pour Le Monde Diplomatique.

Sont-ils fous ? Sont-ils visionnaires ? En tout cas, malgré tout ce qui peut les séparer par ailleurs, les deux hommes incarnent un renouveau du socialisme dans son rapport à la République et à la nation, qui se retrouve nécessairement dans le parti de Jean-Luc Mélenchon, le Parti de Gauche (PG). Un renouveau que l'on peut rapprocher d'une gauche populiste qui s'est déjà affirmée ailleurs, en Amérique latine ainsi qu'en Espagne avec Podemos. C'est à cette nouvelle gauche que nous allons nous intéresser aujourd'hui, à ses caractéristiques, à ses forces et faiblesses.

I/ Pourquoi Robespierre est de retour

Commençons par rappeler que cette gauche ultra-républicaine n'est pas aussi nouvelle qu'il n'y paraît : après tout, Jean Jaurès et Jules Guesde en France ont toujours situé leur combat pour le socialisme dans la lignée de la Révolution française, en particulier de Robespierre et Gracchus Babeuf ! Ce qui peut davantage surprendre, c'est l'anachronisme : pourquoi mettre autant en avant la notion de République aujourd'hui ? N'est-ce pas un acquis, qui n'est plus vraiment menacé de nos jours contrairement à l'époque de Jaurès ? Et pourquoi remettre la question de la nation sur le tapis ?

Mais voilà : le républicanisme de Jean-Luc Mélenchon et Frédéric Lordon est avant tout un souverainisme. Ce qu'ils revendiquent principalement est la souveraineté populaire, le pouvoir du peuple, le vieux combat de Robespierre ! Or, le peuple est-il souverain aujourd'hui ? La réponse est doublement non pour Mélenchon et Lordon : non, parce que les traités européens sont faits pour interdire aux peuples certaines politiques, ils leur imposent ainsi un niveau de déficit public (qui n'est pas respecté), prohibent les nationalisations et le protectionnisme, imposent la liberté de circulation des capitaux ce qui permet aux entreprises de faire pression sur les États en délocalisant, leur ôtent le contrôle de leur politique monétaire pour le confier à la Banque Centrale Européenne qui n'est élue par personne, bref, ils imposent le néolibéralisme économique ; non, aussi, parce que les institutions politiques telles qu'elles existent aujourd'hui échappent au contrôle du peuple, Mélenchon n'a ainsi cessé de mettre en avant l'aspect de monarchie présidentielle de la Vème République où le Président élu pour cinq ans ne rend de comptes à personne quelles que soient ses trahisons, tandis que Frédéric Lordon appelle dans son livre Imperium à démanteler l'État sous sa forme bourgeoise pour le replacer sous contrôle du peuple...

Pour eux, le remède passe par la rupture des traités européens, pour en conclure de nouveaux qui fassent de l'Union Européenne un cadre de coopération entre les peuples et non plus une entité au-dessus d'eux capable de leur imposer leur politique comme en Grèce... Une "union libre de peuples libres", suivant la formule de Mélenchon ! Pour eux, en effet, il n'y a pas de peuple européen, pas de nation européenne au sens d'ensemble d'individus se sentant une appartenance commune (réelle ou fantasmée). Or, comme l'a rappelé Frédéric Lordon dans son débat avec son collègue Thomas Piketty, pour qu'une démocratie fonctionne, il faut que la minorité accepte la décision de la majorité, ce qui nécessite de se sentir suffisamment en commun avec elle ; l'attitude qu'ont les uns envers les autres les Grecs et les Allemands, par exemple, montre qu'ils sont encore loin de se considérer comme un même peuple au sens de nation... À leurs yeux, il faut donc revenir à l'échelle des États-nations pour que la souveraineté populaire puisse réellement s'exercer.

Encore faut-il savoir, bien entendu, sur quoi se fonde une nation : et ici, la vision des deux hommes est celle d'une nation ouverte et non-figée, Mélenchon a ainsi vertement critiqué une Nadine Morano divaguant sur une nation française "historiquement de race blanche" en lui rappelant que la France ne pouvait être résumée ni à une origine géographique, ni à une langue, ni à une religion, ce qui l'unit est le fait de vouloir vivre sous la loi commune de la République ; quant à Frédéric Lordon, c'est des nations en général qu'il traite dans Imperium et pas seulement de la France, pour mettre en avant le fait que ce qui les définit, ce n'est pas une parfaite identicité de leurs membres mais des principes communs que se définit le groupe, principes qui peuvent évoluer, la France d'aujourd'hui n'est ainsi plus le même pays qu'au XVIème siècle, tout ayant changé. Il s'agit donc d'un nationalisme, au sens sociologique du terme c'est à dire de revendication d'État correspondant à une nation, non-essentialiste, auquel on adhère parce qu'on se sent des choses en commun et pas suivant un déterminisme biologique ou géographique.

La souveraineté populaire est donc pour eux une souveraineté nationale, mais pas seulement nationale, contrairement aux souverainistes de droite dont nous parlions dans l'article précédent : pour eux, il s'agit aussi de créer un nouveau régime plus démocratique. L'un et l'autre considèrent qu'il faut pour cela convoquer une nouvelle Constituante chargée de réécrire les règles de la politique, les règles suprêmes de la nation, afin que ce soit des représentants du peuple qui les déterminent et non plus de supposés experts comme pour la Vème République ; ils sont également d'accord pour créer un référendum révocatoire, permettant de voter pour ou contre la destitution d'un élu en cours de mandat par ses électeurs si suffisamment d'entre eux demandent à ce que ce référendum ait lieu, mécanisme qui existe déjà dans d'autres pays comme l'Équateur ou le Venezuela ou dans certains États des États-Unis (vous savez, ces dangereux gauchistes). Ils diffèrent en revanche sur d'autres choses : Frédéric Lordon est ainsi favorable également au mandat impératif, contraignant un élu à suivre son programme au risque que celui-ci ne soit plus adapté à la situation, ainsi qu'à plus de décentralisation, là où Mélenchon se situe dans une tradition jacobine. Il faut ajouter à cela que Jean-Luc Mélenchon et son parti insistent également sur d'autres aspects de la République à commencer par la laïcité, qu'ils défendent férocement pour lutter contre les communautarismes en tout genre.

Alexis Corbière et Laurent Maffeïs du PG ont ainsi eu le mot juste avec leur livre : Robespierre, reviens ! La République telle que la concevait le leader de la gauche pendant la Révolution est en effet au cœur de la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle 2017 avec l'écologie politique. Cela a une certaine pertinence stratégique : après tout, les reculs sur la souveraineté populaire et la laïcité ont été si loin qu'il n'y a plus besoin d'être férocement socialiste pour soutenir la gauche. Cela a aussi une pertinence politique : car comment changer de politique économique, sociale et surtout environnementale avec des institutions nationales et européennes aux mains d'une classe... ? Une politique écologiste sérieuse, par exemple, nécessiterait que l'État reprenne la main sur certains secteurs de l'économie, ce qui n'est pas possible avec les traités européens actuels.

II/ Un populisme de gauche à la française ?

Quand bien même Frédéric Lordon parle toujours de lutte entre le prolétariat et la bourgeoisie, ayant le champ plus libre que Jean-Luc Mélenchon puisqu'il ne cherche pas à se faire élire et a donc moins besoin d'être compris par le plus grand nombre, il apparaît ainsi que le nouvel acteur de la révolution pour cette gauche du XXIème siècle est en fait le peuple : Mélenchon a eu le mérite de la clarté là-dessus dans son livre L'ère du peuple, le peuple étant cette fois entendu comme étant en fait la plèbe romaine (pensez à pueblo en espagnol...), autrement dit la masse des gens sans pouvoir, dépossédée des décisions politiques par la Vème République et les traités européens, contrairement au petit nombre de ceux qui détiennent le pouvoir, l'oligarchie ; les évènements historiques, notamment la concentration dans les villes, ont amené ce peuple à prendre de plus en plus conscience de lui-même, des problèmes qu'il rencontre et de sa force. C'est donc toujours d'une lutte des classes qu'il s'agit, mais elle ne s'articule plus tant autour des conditions d'existence économique (même si Mélenchon et surtout Lordon continuent à s'y référer) qu'autour de la question de l'accès au pouvoir.

En cela, on peut donc dire que Jean-Luc Mélenchon en particulier pratique un populisme : le terme est d'ailleurs appliqué à des partis de gauche d'Amérique latine, dans des pays comme l'Équateur, la Bolivie ou le Venezuela, et depuis peu revendiqué par Podemos en Espagne, autant de mouvements avec lesquels le Parti de Gauche revendique ses liens. La philosophe belge Chantal Mouffe a de même appelé à construire un "populisme de gauche" dans une excellent interview à Mediapart. Le terme "populisme" en lui-même, s'il est souvent employé péjorativement comme synonyme de démagogie, a en fait été créé pour l'organisation révolutionnaire russe Narodnaya Volya ("Volonté du Peuple") au XIXème siècle, qui cherchait à unir tout le peuple russe, indifféremment ouvriers et paysans, contre la tyrannie du Tsar, recourant au terrorisme contre son pouvoir. C'est d'ailleurs dans ce mouvement que Lénine et Trotsky ont commencé à militer.

Si les mouvements populistes modernes sont à des années-lumières des méthodes gauchistes de Narodnaya Volya, il y a cependant une ressemblance frappante sur le fait d'invoquer le peuple tout entier contre les détenteurs du pouvoir, et ceci aussi bien en Amérique latine qu'en Espagne ou maintenant en France. Dans tous ces cas de figure, c'est la souveraineté du peuple qui a été mise en avant, celle-ci prenant une coloration encore plus nationaliste (ne faites pas cette tête, c'est pas un gros mot) en Amérique latine où il a fallu s'affirmer contre l'impérialisme américain ; le cas de la Bolivie est particulièrement révélateur, où le MAS-ISP d'Evo Morales a été (re)formé autour d'un syndicat de paysans cultivateurs de coca, en lutte avec un gouvernement voulant interdire leur culture traditionnelle pour obéir aux États-Unis (voir le livre que lui consacrent Hervé Do Alto et Pablo Stefanoni, Nous serons des millions !). L'usage que fait Jean-Luc Mélenchon de la notion de République semble ainsi être une façon de retranscrire ce populisme dans le contexte français.

III/ Les forces et les faiblesses d'une gauche du XXIème siècle

Si vous êtes marxiste, arrivé là, il y a une alarme qui devrait s'allumer dans votre esprit. Houla : parler de peuple plutôt que de prolétariat ? Mais n'est-ce pas oublier que l'oppression est économique avant d'être politique, qu'il faudrait rassembler les opprimés sur leurs conditions de vie concrètes plutôt que sur un projet politique qui pourrait s'avérer trop flou ? Les marxistes ont d'ailleurs beaucoup reproché à Narodnaya Volya, outre ses méthodes, son manque de réalisme au niveau des classes sociales, ne comprenant pas que les paysans n'avaient pas la même conscience de classe que les ouvriers et étaient donc beaucoup plus difficiles à mobiliser. Le populisme serait donc une stratégie vouée à l'échec.

Ce qui précède est discutable, car la prédominance de l'économique chez Marx, la division entre infrastructures et superstructures, est critiquable au regard des connaissances historiques et sociologiques actuelles : Pierre Bourdieu la remet largement en cause dans Sur l'État. Mais passons, et plaçons-nous d'un point de vue marxiste : si c'est ainsi que vous pensez, vous aurez du mal à expliquer que les organisations marxistes en Amérique latine, en Espagne et en France aient été complètement marginalisés alors que cette nouvelle gauche rencontre un succès croissant ! Faisons donc une analyse marxiste du déclin du marxisme : si Marx pensait que le prolétariat serait la classe révolutionnaire, c'est à cause de sa conscience de classe supérieure à celle de la paysannerie, forgée par l'entassement des ouvriers dans d'immenses bastions industriels où ils pouvaient prendre conscience de leur exploitation commune et apprendre à s'organiser, les capitalistes avaient ainsi fabriqué eux-mêmes la classe qui les détruirait à ses yeux ; on n'en est plus là ! Les conditions de vie du prolétariat ont évolué avec les transformations techniques de l'économie et avec le néolibéralisme, éclatant les forteresses industrielles que la France connaissait dans les années 70 et qui étaient les fiefs du PCF, isolant les travailleurs dans des carrières précaires avec peu de liens entre eux, leurs conditions de vie et de travail sont en outre (encore) plus diverses que ce qu'elles ont pu être autrefois, les ouvriers à proprement parler étant beaucoup moins nombreux... L'Amérique latine a subi cela avant la France. Il ne s'agit en aucun cas de dire que le prolétariat n'existe plus : le prolétariat existe toujours comme classe en soi, c'est à dire que les travailleurs sont toujours unis par leur condition économique, le fait de vivre d'un salaire et non d'un capital, cela leur donne un intérêt objectif à s'unir ; mais il n'existe plus en tant que classe pour soi, parce que ses conditions de travail ont évolué de telle sorte que sa conscience de classe est bien moindre... Le sociologue Julian Mischi analyse terriblement bien ce déclin dans Le communisme désarmé. Si on ne veut pas trahir Marx, rappelons-nous de comment il analysait la politique : par un rapport de forces entre classes sociales, dû à des conditions objectives de production ; nous devons donc admettre que ces conditions ne sont plus les mêmes qu'à l'époque de Marx, et que par conséquent, il faut repenser notre logiciel plutôt que de nous enfermer dans le dogme, ce qui serait précisément l'attitude la plus antimarxiste possible !

Le populisme permet ainsi de contourner le principal obstacle au socialisme aujourd'hui : le fait que la catégorie sociale sur laquelle il s'appuyait jusque-là soit une catégorie en décomposition, pour en embrasser une nouvelle, dont les contours sont plus ou moins les mêmes que ceux du prolétariat, mais mobilisée sur une nouvelle base.

Cela ne doit cependant pas empêcher d'analyser les défaillances de cette stratégie. Elle est certes beaucoup plus efficace électoralement, mais il ne suffit pas d'arriver au pouvoir par les urnes ! Une fois un parti socialiste au pouvoir, la classe dominante faite de capitalistes et de hauts fonctionnaires (surtout en France où ces deux mondes ne font quasiment qu'un, la noblesse d'État de Pierre Bourdieu) s'empresse d'essayer de le faire tomber, faisant fuir le capital du pays, voire, pourquoi pas, refusant d'obtempérer pour l'appareil d'État : à ce moment-là, il est nécessaire d'aller vers une socialisation des moyens de production, de priver les capitalistes de leur contrôle pour les empêcher de nuire, mais cela ne peut se faire que si les travailleurs sont avec le gouvernement pour prendre possession de leurs entreprises ; il faut aussi craindre que les hauts fonctionnaires ne cherchent à entraver l'action du gouvernement voire refusent d'obtempérer (pensez en particulier à l'état-major...), et là encore, ils ne pourront y être contraints que si la classe dominée est suffisamment mobilisée... Il ne faut donc pas seulement une élection mais aussi un mouvement social de masse, à la fois pour défaire la classe dominante et pour forcer le gouvernement socialiste à tenir ses promesses. Or, cela nécessite que la classe dominée ait une certaine conscience de classe : il est malheureusement beaucoup plus difficile de créer une telle conscience avec une propagande axée sur la République et l'écologie politique (cette dernière repose sur la conscience d'espèce) qu'avec une propagande plus socialiste... Les pays d'Amérique latine où la gauche est arrivée au pouvoir ont ainsi été plongés par les capitalistes dans de graves difficultés, c'est aussi ce que la France a connu après l'élection de François Mitterrand.

À cela s'ajoute le fait que s'il est compris au PG que la révolution ne passe pas seulement par les urnes -l'idée de "révolution citoyenne" (on peut regretter le flou de l'expression) signifie simplement qu'il faut montrer que l'on est majoritaire par les urnes avant de renverser la classe dominante- la préparation d'un mouvement de masse en-dehors des élections reste encore un travail à faire. Il faut pourtant l'organiser, en même temps que se fait une propagande électorale plus large ; il faut par ailleurs garder à l'esprit que pour réussir, le mouvement doit prendre une dimension internationale, les premiers jalons d'un internationalisme existent déjà pour le PG à travers plusieurs réseaux de coopération européenne, mais il serait souhaitable de les renforcer pour obtenir une internationale à proprement parler.

Conclusion

Si la République redevient une notion centrale à gauche en France, ce n'est pas seulement par goût du vintage : c'est parce que l'on vit à une époque où le peuple détient de moins en moins le pouvoir, un nombre de gens croissant s'en rendent compte et se rendent compte également d'autres aspects comme les violations de la laïcité ou le développement d'un communautarisme agressif et xénophobe... Il est ainsi assez symptomatique de voir que se rencontrent des gens issus de traditions politiques très différentes dans le collectif France Insoumise qui soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Il s'inscrit ainsi, à sa façon, dans la lignée d'une gauche populiste que l'on a pu voir se développer à l'étranger. Frédéric Lordon, lui, apporte une pensée plus développée à ce mouvement : il explique dans Imperium pourquoi il ne croit pas au "dépérissement progressif de l'État" des marxistes, encore moins à sa suppression immédiate comme les anarchistes, mais à une République qui irait enfin jusqu'au bout, mise au service de la masse des exploités, qu'on l'appelle peuple ou prolétariat. La gauche s'adapte ainsi au XXIème siècle, à ses nouvelles conditions et à ses nouveaux enjeux.

Néanmoins, il convient de se rappeler qu'on cherche ainsi à unir des gens qui ont des conditions de vie très diverses, qui n'ont pas forcément conscience de former une même grande classe sociale, ce qui rend très difficile leur mobilisation contre le capitalisme ; cette stratégie reléguant le discours marxiste (même s'il est toujours présent pour qui y prête vraiment attention) pour un retour à Robespierre peut avoir une efficacité électorale, mais le problème est qu'un gouvernement ne peut pas renverser le capitalisme à lui seul, pas sans que la masse des travailleurs, car c'est bien d'eux qu'il s'agit pour changer le système économique, n'y soit prête... C'est l'un des grands mérites de Rosa Luxemburg de l'avoir souligné, et en cela elle était fidèle à la formule de Marx "L'émancipation du prolétariat sera l'œuvre du prolétariat lui-même". Il est donc nécessaire de se préparer à l'étape suivante, à aller jusqu'au bout économiquement via les nationalisations nécessaires pour enfin accomplir l'idéal républicain ; la souveraineté du peuple est aussi une souveraineté sur son économie, la République est aussi une République sociale, et il faut le dire.

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