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Billet de blog 20 janvier 2026

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Sexisme, racisme, homophobie… Erick Moine, nouveau candidat nationaliste dans le Jura

Un retraité de 68 ans, Erick Moine, a officialisé sa candidature à la mairie de Dole, dans le Jura, ce 16 janvier, après le retrait du candidat du Rassemblement national Didier Morandi. Ni une ni deux, le nouveau venu rejoint la liste des candidats problématiques de l’extrême droite française.

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Après le naufrage du candidat du Rassemblement national (RN) Didier Morandi, dont la campagne aux municipales de Dole, dans le Jura, aura duré 14 jours (du 6 au 20 novembre 2025) en raison d’une “erreur de communication” – il a dans cet intervalle déclaré au Progrès qu’il supprimerait les subventions aux associations en cas de victoire, afin de réaliser des économies, suscitant un tollé –, place à la relève ! Enfin pas tout à fait, car Erick Moine, retraité de 68 ans, ne se présente pas pour le RN, comme il l’avait initialement prévu avant d’être exclu du bureau départemental du parti en juillet 2025, et que l’investiture lui passe sous le nez. Son objectif est désormais plus ambitieux, puisqu’il compte unir les droites autour de sa personne, du Rassemblement national de Marine le Pen à l’Union des droites pour la République d’Eric Ciotti, de Reconquête d’Eric Zemmour à Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan, d’Identité-Libertés de Marion Maréchal aux Patriotes de Florian Philippot, et enfin de l’Union populaire républicaine de François Asselineau aux déçus de LR et sympathisants de Philippe de Villiers. 

Les discours ne font pas le Moine

Après une carrière, selon Le Progrès, “effectuée en grande partie dans le BTP et l’ingénierie dans le domaine nucléaire, en France et à l’étranger”, Erick Moine, “né français, de parents français, de grands-parents français, d’arrière-grands-parents français !”, de retour à Dole depuis bientôt trois ans, avance prudemment. Il serait en effet dommage de répéter les erreurs de Didier Morandi. L’occasion est trop belle. L’homme, qui se veut mesuré, tente d’ailleurs de rassurer : “Notre programme n’est pas agressif”, a-t-il expliqué au journaliste qui l’interrogeait. Rien d’agressif non plus dans le nom de la liste qui se constitue en ce moment même : “Un nouveau souffle pour Dole.” Il semblerait toutefois qu'une vieille odeur de pourri émane de ce vent nouveau.

Sexisme

Différentes publications, accompagnées de commentaires et partagées publiquement sur le Facebook d’Erick Moine, et visant des femmes politiques, font en effet preuve d’un sexisme intolérable. 

À titre d’exemple, le 10 mai 2024, sous une photo de porc, le candidat de l’union des droites doloises écrit : “Feu pour une adoption. Mais quel prénom pour cette petite cochonne ? Je pensais à Mathilde [Panot ? présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée] ou encore à Greta…”  Le 12 août 2025, alors que Greta Thunberg, militante écologiste suédoise, embarque sur une des “flottilles de la liberté” en direction de Gaza, Erick Moine écrit avec une élégance sans pareille : “Et dire que durant ce nouveau périple, il n’y a pas que la mer qui risque d’être démontée !”

Le 26 février 2025, le candidat poste une photo de la députée européenne LFI Rima Hassan tenant une valise qu’il légende ainsi : “Argent, Argent ! Ci pour ritourner au bled mon cousin.”

Sous un tract du RN représentant Sandrine Rousseau, à laquelle est accolée la phrase “les agriculteurs, j’en ai rien à péter de leur rentabilité”, le candidat dolois écrit le 16 juillet 2025 : “Et si le syndrome de la vache folle venait de ressusciter ?”

Enfin le 19 décembre 2025, “réécriture des fables de la fontaine sauce Mercosur : le Caniche et la hyène” est inscrit en légende sous une photo de la députée européenne LFI Manon Aubry (régulièrement comparée à cet animal par le candidat) et de la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen (pour sa part souvent qualifiée d’Obersturmführer, un grade nazi). 

Racisme et islamophobie

Les hommes sont également ciblés, notamment s’ils prennent position pour la Palestine. Sous une capture d’une publication de BFM TV représentant le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, et titrée “Olivier Faure appelle à faire flotter le drapeau palestinien sur les mairies le 22 septembre”, le candidat dolois écrit cette fois, le 15 septembre 2025 : “S’il avait vécu en ce temps-là. Le 14 juillet 1941, il aurait été capable d’appeler à faire flotter le drapeau nazi sur toutes les maries de la France occupée.” Et de répondre, lorsqu’un de ses contacts lui demande ce que l’élu prendrait comme drogue : “la même que les punks à chiens et les pues la piss!”

Il faut dire que le sujet lui tient à cœur. Le 13 juin 2025, Erick Moine écrit : “Israël, ultime bouclier du monde libre, face à l’invasion musulmane.” Le lendemain, il poste une photo du drapeau israélien sur lequel on peut lire : “Merci de faire le boulot.” 

Vous l'aurez compris, la religion musulmane fait partie de ses cibles privilégiées. Le 7 novembre 2023, il poste une image sur laquelle on peut lire : “Charles Martel en 732. À l’époque on parlait pas d’Islamophobie… On les chassait point barre.”  Les 18 et 19 juillet 2025, il prend en photo des jeunes femmes voilées dans la rue, et écrit le 2 novembre 2025 “ah la hijra la hijra la hijra, les muslims bienvenue au bled, ah la hijra la hijra la hijra, les muslims on n’en veut pas” sous une publication indiquant : “La hijra, c’est une obligation pour le musulman d’habiter un pays musulman. S’il est né en terre non musulmane, il doit faire tout ce qui est possible pour émigrer vers un pays musulman.”

Sans surprise, les migrants sont également dans le collimateur du candidat. Sous une capture de France 3 d'août 2025 et titrée “Une partie des migrants évacués de l’hôtel de ville de paris sera temporairement accueillie à Besançon”, Erick Moine écrit : “Bientôt dans nos rues doloises, qui manquent déjà cruellement de couleurs ?” Et de commenter : “Temporaire les premières années, en attendant qu’ils se reproduisent à grand coup d’aides étatiques financées par nos impôts et de fait soient en toute finalité, francisés ! Le grand remplacement est effectivement en route.”

Toujours en août 2025, voici comment il légende une photo de sangliers au bord d’une route : “La Caf, il suffit de traverser la rue…” Et là encore commenter : “Ce sont les cousins Deloglu [Sébastien Delogu, député LFI de la septième circonscription des Bouches-du-Rhône, à Marseille] qui viennent de débarquer à Marseille.”

Homophobie

L’homophobie du candidat s’exprime quant à elle à travers la figure d'Emmanuel Macron. Voici comment le candidat dolois de l’union des droites légende en août 2025 une photo représentant le président français, alors en présence de son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky : “Plusieurs décennies de sodomie finissent par affaiblir les esprits les mieux pensants.”Il récidive le 14 octobre de la même année : “Déception d’Emmanuel à son retour d’Égypte, Cléopâtre était bien une femme.”

En décembre 2025, dans un article intitulé Municipales 2026 : le RN réinvestit ses “brebis galeuses”, Médiapart comptabilisait une douzaine de candidats déjà épinglés pour des propos racistes, antisémites ou homophobes. “Faites des réserves, le cochon pourrait bientôt disparaître de nos étales”, écrivait encore Erick Moine en 2024. Si le cochon est toujours là, cette candidature, elle, pourrait ne pas faire long feu. 

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