En parlant des 30 000 nouveaux postes à l'éducation nationale....

.. et alors qu'on sait qu'il y'a une crise des vocations à être prof chez les plus diplomés.. 

QUID des contractuels non-titularisés?

Ces personnes en contracts précaires - mensuels ou annuels - qui servent de pansements parmanents dans les departements les plus en souffrance, et dont les rectorats tendent à se débarasser à la fin des fameux 6ans maximum où l'on peut garder les gens corvéables à merci.
Pour quelques chiffres à ce sujet - tiens c'est drole, il semble qu'il n'y ait que le figaro qui s'interesse au sujet dernierement - voir cet article de 2014: http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/10/03/01016-20141003ARTFIG00257-pole-emploi-recherche-enseignants-desesperement.php

Des précaires parmis d'autres en France? 

En vérité, cette question devrait suciter beaucoup plus d'intérêt et de questionnements qu'elle ne le fait de la part des medias et des citoyens en général.  

Il y'a 3 problèmes logiques evidents que soulève la situation des contractuels:

1 - Ce sont des wonder-profs ou des terriblement mauvais profs?
Dans la case "X-men", mettez qu'ils apprennent toujours leur affectation à la dernière minute (le 27 Août par exemple cette année dans l'académie de Creteil), et que donc ils doivent vraiment avoir des supers pouvoirs pour préparer parfaitement leurs cours de septembre dans ces conditions. Mettez aussi dans cette case qu'on ne se prive pas de leur donner le maximum d'heures, les horaires les plus pourris, et même des responsabilités puisque certains en lycées professionnels - alors même qu'ils ne savent pas s'ils rempilent l'an prochain - deviennent profs principaux et montent de nouvelles filières. 
Dans la case "terriblement mauvais", c'est bien simple, il n'y a qu'à voir combien on les paye et comment on les traite.. et surtout surtout, le fait qu'on ne les titularisent pas au bout de  6ANS. 6ans.. un peu longuet comme période d'essai non..? On était pas des millions dans la rue contre le CPE et ses 2 ans de période d'essai..?
Donc au bout de ces 6ans, ils sont nombreux à qui l'Etat dit juste "bye-bye", pour reprendre de nouveaux contractuels afin de les remplacer.
On nage dans une schizophrénie sans nom, évidemment tout sauf bonne pour l'éducation des jeunes.

2 - Celà peut engendrer de terribles tensions dans les équipes. L'école développe, en son sein - le corp professoral - le pire dans la logique d'entreprise, une compétion dont les règles sont opaques. Qui restera, qui quittera l'an prochain le lycée? Qui sera titularisé, qui ne le sera pas?  Qui soutient les contractuels (il y'en a), qui s'en tamponne complètement le coquillard (il y'en a aussi)?

3 - Enfin, dernier point, probablement le plus critique et ce pourquoi on en est encore là aujourd'hui : derrière la titularisation des contractuels il y'a une attaque direct à la valeur du sacro-saint concours.
Quoi? Des gens, par leur travail et leurs années d'expérience en entreprise privée et publique pourraient prétendre à valoir autant qu'un titulaire du glorieux CAPES? 
Mais c'est quoi le concours? C'est quoi sa vertus? Que les gens prouvent qu'ils ont le savoir requis certes, mais après çà?
L'enseignement c'est de la transmission active, donc nécessite d'avoir une capacité d'écoute, une capacité à renouveler son savoir, des capacités de communications avec ses collègues, de gestion de l'administratif, de gestion des conflits.. bref d'être doté de competences professionnels. 

La question de retirer le concours d'entrée est certainement une mauvaise. Et heureusement, les enseignements sont inspectés.
Mais la question des droits des gens qui rentrent par une autre porte, avec d'autres éxperiences qui ne peuvent qu'enrichir le corps enseignant est à mon sens crucial. À fortiori dans une société où d'une part on juge nos fillières professionelles courtes mauvaises, d'autre part le chômage s'accroit, et où la crise de vocation au professorat s'aggrave chez les jeunes diplomés.

Et pourquoi les blamer? À 20ans, visant un master puis un doctorat, j'avais envie d'aventure, de voyage, d'expériences professionelles diverses, et fort heureusement j'ai pu me donner les moyens de les acquérir. Je ne peux pas imaginer que cela fera de moi un moins bon prof si un jour je décide de ne faire qu'enseigner. 
Arriverais-je à passer le concours? Pas sûr.

 

PS: allez, soyons beau joueur, Mediapart y consacrait un article.. en Avril 2012. Pourtant, la logique n'a pas changée.
http://www.mediapart.fr/journal/france/190312/professeurs-option-precaires?page_article=1 

 

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