Mélenchon m'a finalement forcé à choisir entre la liberté de la presse et la FI

Je quitte donc ce mouvement, le coeur gros, mais comme après une rupture amoureuse qui a peut-être trop tardé.. un poids aussi se lève de ma poitrine.

Je veux ici rappeler mon engagement plein et entier, que je ne regrette absolument pas, lors des campagnes de LFI en 2017, sur la circonscription des français aux USA et Canada.
Parmi d'autres insoumis actifs de New York, j'y ai animé des rencontres pour parler du programme de l'Avenir en Commun.
Je fais aussi parti des moins nombreux militants qui ont mouillé leur image personnelle sur la place publique. J'ai répondu au journaliste de French Morning qui cherchait un.e militant.e expliquant son engagement à la France Insoumise https://frenchmorning.com/morgane-houssais-france-insoumise-compare-melenchon-a-sanders/.
J'ai aussi fait la vidéo de lancement d'une petite page facebook appelée "Millennials for Méluche" (https://www.facebook.com/millennialsformeluche/?ref=bookmarks, en allusion à la page “Millennials for Sanders”) où pouvaient s'exprimer par vidéo sous titrées en anglais, lors de la campagne des francais "millennials" et insoumis du monde entier; page que j'ai co-animé jusqu'à aujourd'hui.
Je ne renie rien de ce que j'ai dit, ni (co-)écrit via cette page.
Mais à partir d'aujourd'hui, je n'en serai plus administratrice et ne répondrai plus de son contenu.

Pour ceux que çà intéresseraient, si je quitte la France Insoumise aujourd'hui, c'est pour 3 raisons majeures, qui pour moi se renforcent les unes les autres:
1) - 1an et demi après la fin de la campagne, il n'y a toujours aucune structuration interne du mouvement, via laquelle les craintes et critiques peuvent sereinement s'exprimer et de façon constructive, et éventuellement remonter à une direction dont on connaîtrait le mode de nomination et fonctionnement. J’estime avoir été très très patiente sur le sujet du fait de la jeunesse du mouvement.. mais concrètement, le fait est qu'aujourd'hui je ne vois toujours rien venir à ce propos, et que les modes de prise de décisions fondamentales (telles que le choix des candidats aux élections européennes, et la question de la réouverture du programme qui reste bloquée) ne m'ont pas convaincu qu'une vraie vie démocratique était aux commandes du mouvement/parti.
2) - Ayant activement pris part dans les campagnes présidentielles et législatives, et comme des milliers de gens, ayant donné beaucoup beaucoup de mon temps à zéro euro/heure (y compris pour faire du sous-titrage..), les questions soulevées par l'enquête sur les comptes de campagne naturellement m'intéressent. Tout simplement car on a bien sur un devoir d'intégrité quand on se réclame d’être un grand parti français, mais aussi car en tant que militante je souhaite être sure que l'argent donné au parti a servi/sert avant tout un but commun, politique, plutôt que des carrières professionnelles individuelles. Je n'ai certainement rien contre le fait que des professionnel.les de la communication soient embauché.es et normalement payé.es, au contraire.
 Mais malgré les explications données par Sophia Chikirou, je ne peux que rester assez dubitative face aux differents articles sur sa gestion, et des tarifications, et du personnel, et certaines de ses reponses ne me satisfont pas. Et en tout premier lieu, le fait de nier qu’elle était l'une des têtes principales (si ce n’est l’unique) de la communication de la campagne, et qu’elle pesait donc sur beaucoup des décisions, m'est très difficile à avaler.
3) - Enfin et surtout, par ailleurs, je vie sous et milite contre les conséquences de la gouvernance Trump des USA.. et le discours anti-presse, et le terme même de “parti médiatique” de Jean-Luc Mélenchon est depuis longtemps pour moi foncièrement problématique. Il a passé ce week-end un nouveau cap, avec le "pourrissez les!" et le statut de "réjouissance" en partageant des images de harcèlement du journaliste Edwy Plenel a Marseille.
RIEN n’autorise pour moi un tel débordement, une telle volonté d’intimidation par un parti politique à l'encontre de la liberté de la presse, même composée des pires journalistes imaginables, qui est sensée résulter du sentiment de sécurité que doit garantir la carte de presse.

Combattons nous vraiment le sécuritarisme, grandissant en France sous Hollande puis sous Macron avec une telle attitude? Si même Mediapart n'est pas assez indépendant et anti-Macron pour être écouté pour LFI alors lesquels le seront? Seulement le Media (que je soutiens encore financièrement tous les mois depuis sa création, malgré tous ses déboires..)?
Quant à toutes les personnes précaires, humiliées et en colère à raison dans ce pays (et j'en connais dans mon entourage proche), est-ce se montrer à la hauteur de leur peine que de les pousser à un moment jugé opportun à la rage pure via les réseaux sociaux, à une détestation déraisonnable du système, sans même utiliser de vrai espace physique de discussion et réflexion? Et ce pour la défense personnelle des comptes d'un grand chef et de sa petite équipe de députés et communicants..?  

Ce dernier point est peut être ce qui me fait vraiment craquer aujourd’hui. Je ne crois pas qu’on puisse dire “aimer/respecter le peuple” (et dans le peuple il y'a aussi les professionels de l'information au fait) et dans la pratique le traiter/manipuler de cette façon.
Ce comportement systématisé du mouvement est pour moi devenu ni digne ni sérieux, et foncièrement pas à la hauteur alors qu'il semble qu’il y’ait tant à faire/reconstruire, là maintenant, positivement, à gauche.

Mais comme il n'y a toujours pas de structure effective de LFI.. toute attitude de la seule tête qui compte encore aujourd’hui, celle de JLM, devient la stratégie de tout le mouvement..

Cette stratégie je ne la soutiens absolument plus, et comme, encore une fois, je n'ai aucune façon de faire remonter ce désaccord, je suis forcée de suivre ou me taire.. et bien, ironiquement, ce forçage a fini par me faire m'exprimer ici, et tristement, partir, vu que c’est au fond la seule réaction que le mouvement m’offre.

Hé les insoumis, personne n'est irremplaçable comme on dit.. et pas même le patron,

à bon entendeur, je souhaite bonne route militante à chacun.e.

Morgane Houssais

 

 

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