Hommage à Graeme Allwright!

Graeme, me voilà triste en apprenant ton envol. J’avais 24 ans quand Nicolas, ton fils ainé a cogné à la vitrine du restaurant La Gamelle que je venais d’ouvrir rue Jean Ferrandi.

Hommage à Graeme Allwright !

Graeme, me voilà triste en apprenant ton envol.
J’avais 24 ans quand Nicolas, ton fils ainé a cogné à la vitrine du restaurant La Gamelle que je venais d’ouvrir rue Jean Ferrandi.
C’était un dimanche après-midi et j’étais à quatre pattes pour peindre le plancher de la nouvelle petite salle. Il m’a demandé si j’acceptais son aide.
C’est ainsi qu’il m’a dit être venu mangé la veille et nous avons parlé un moment.
Nous étions au début de l’année 1973, Libération avait lancé une campagne de souscription pour son lancement.
Nicolas a fait un chèque, je lui ai demandé s’il était de la même famille que Graeme Allwright, il m’a annoncé qu’il était son fils.
Mon coeur fit un bond dans ma poitrine.
J’avais 17 ans quand je t’ai entendu pour la première fois.
Je me souviens avoir appris par coeur Le Trimardeur.
Moi je faisais la route avec un franc en poche, je dessinais à la craie sur les trottoirs tout en chantant.
Tu chantais ce que je vivais, à l’époque il fallait avoir 50 francs cachés sur soi pour ne pas tomber trois mois en prison pour vagabondage.
Tu habitais rue du Cherche Midi en face de chez Poilâne.
Tu m’a appris la non-violence ; quand tu jeûnais tu avais un certain plaisir à venir au restaurant.Je me souviendrais toujours de ton regard quand nous mangions des steaks, tu étais végan avant l’heure.
Tu dormais par terre sur une natte…
La vie m’a balloté comme une bouteille à la mer, de rêve en rêve. Tu m’a souvent aidé. Le piano pour la cuisine de La Gamelle, un beau fourneau, c’est grâce à toi.
Le concert à la Mutualité pour soutenir la Gamelle quand nous avons été fermé par la Police, c’était aussi toi. Tu m’as dit bien plus tard que ce soir-là, tu t'es fait voler ta guitare.
Tout au long de ma vie, tu a répondu à mes demandes.
Au Dragon avec le DAL pour soutenir les sans logement.
À Villeneuve La Garenne pour aider les victimes du tsunami.
Au festival Handi-Blues sur l’Ile d’Oléron.
Aujourd’hui je fais parti du mouvement Nous Voulons des Coquelicots, je suis certain que tu serais avec nous dans cette aventure contre les pesticides comme tu étais engagé pour changer les paroles de la Marseillaise.
Depuis 25 ans maintenant je suis en fauteuil, je me présente sur la liste EELV à Boulogne Billancourt. Je suis en sixième position.
Là encore je vois que les handicapé.e.s sont mis de côté.
Que handicap + pauvreté = la double peine.
Quand j’allais te voir Place d’Aligre, tu m’accompagnais toujours à l’ascenseur.
Je sais que tu m’accompagnes dans mes combats actuels…
Pour toujours je t’aime.
Bon voyage !
Love !
Jean Pierre Moreau.

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