La France des rats

Hélène Mouchard-Zay est l’une des deux filles de Jean Zay (ministre du Front populaire emprisonné par Vichy et assassiné par des miliciens). Elle a fondé en 1991 à Orléans le Centre d’études et de recherches sur les camps d’internement du Loiret pendant la deuxième guerre mondiale dont elle est actuellement la présidente. Le 8 décembre, elle a reçu une lettre anonyme. Voici ce que vomissent aujourd'hui les égouts idéologiques.

Hélène Mouchard-Zay est l’une des deux filles de Jean Zay (ministre du Front populaire emprisonné par Vichy et assassiné par des miliciens).

Elle s’est engagée dans la vie politique en devenant, au temps où Jean-Pierre Sueur était le maire socialiste d’Orléans conseillère muncipale puis adjointe chargée de l’éducation, de la jeunesse et des droits de l’homme.

En 1991, elle a fondé à Orléans le Cercil (Centre d’études et de recherches sur les camps d’internement du Loiret pendant la deuxième guerre mondiale) dont elle est actuellement la présidente.

Aujourd’hui, 8 décembre, c’est à l’adresse de ce Centre qu’elle a reçu une enveloppe dont le seul contenu était les tracts électoraux du Front National.

Une lettre anonyme, c’est une vieille pratique depuis la collaboration.

En écrivant ces lignes, je regarde l’enveloppe.

L’adresse y est tracée d’une écriture soignée.

Le nom de la destinataire est formulé comme suit :

Madame Mouchard Hélène

Le nom de Zay a donc été omis.

On peut, voire on doit – même si on a l’impression de se salir – essayer d’interpréter jusqu’aux petites abjections anonymes...

Il se peut que le nom juif de « Zay » ait été insupportable à écrire pour un supporter du Front National.

Il est clair en tout cas qu’en ne donnant pas à Hélène le nom qui fut le sien dans sa vie publique à la mairie, l’expéditeur anonyme ne la cible qu’en tant que présidente du CERCIL, dont c’est l’adresse qui figure sur l’enveloppe.

Il est évident que la vieille haine antisémite reste, en dépit des tentatives de toilettage opérées par la fille Le Pen, l’un des aliments du Front National, en particulier du côté des catholiques intégristes dont la plus jeune des Le Pen se fait la porte-parole.

Elles n’ont pas disparu, les vieilles haines du temps de la deuxième guerre mondiale, ou celles alimentées par la nostalgie des colonies et par le regret inconsolable de la position dominante dont jouissait n’importe quel petit blanc.

Et il est vain de penser que les jeunes électeurs du Front National, sous prétexte qu’ils seraient  incultes pour la plupart, ignorent tout de ce passé.

Il est probable que les haines, du fait même qu’elles sont frustes (et telles parfois chez des gens « cultivés »), sont de nature à se transmettre sur deux ou trois générations.

Il est non moins probable que les frustrations nées de la perte d’un statut privilégié, fût-ce au bas de la société,  sont de nature à se transmettre, précisément parce qu’élémentaires, dans des familles ou dans certaines régions de la vie sociale.

Ces haines, ces vomissements idéologiques, il ne faut pas en oublier la permanence.

 

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