Le communautarisme est-il un délit ou… un droit fondamental ?

Le communautarisme serait-il un délit que j’ignore ? Le code pénal aurait-il été réformé et j’aurais manqué à mon devoir de mise à jour ?

A l’occasion des polémiques sur le « burkini » comme à chaque fois que le débat public porte sur une question religieuse ou raciale, l’invective de « communautariste » finie toujours pas être lancée. De Jean-Luc Mélenchon1 à Florian Philippot2, en passant par les journalistes qui posent les questions, tout le monde semble s’accorder sur le sens de cet anathème. Si bien que personne n’éprouve le besoin de l’interroger.  

Me sentant dans le flou, je me suis inquiété. Le communautarisme serait-il un délit que j’ignore ? Le code pénal aurait-il été réformé et j’aurais manqué à mon devoir de mise à jour ? 

Cette situation est source d’une grande insécurité juridique pour les premiers concernés, c’est-à-dire les minorités en général, les Musulmans et les minorités raciales en particulier. Car ce sont eux qui sont le plus souvent cités dans les réquisitions des procureurs anti-communautaristes qui occupent le débat public. 

En parcourant attentivement le Code pénal, j'ai pu vérifier avec un certain soulagement que le "communautarisme" n'était pas encore un délit en droit français.  

Mais surtout, creusant un peu dans les textes qui fondent notre chère République, j'ai fait une découverte étonnante. Non seulement le communautarisme n'est pas un délit, mais il semblerait que ce soit un droit! Et pas n'importe lequel. Un droit... fondamental, c'est-à-dire protégé par la Constitution et les textes internationaux. 

C'est à ce moment, cher lecteur, que vous vous dîtes que je suis devenu fou. Tout le monde sait bien que le communautarisme est une horreur, une abomination qui menace les valeurs de la République! Comment pourrait-il être un droit fondamental? 

Laissez-moi préciser un détail qui je l'espère vous convaincra que je ai encore toute ma tête. 

Le communautarisme est un droit fondamental dissimulé sous un autre nom: la liberté d'association. 

 Ici, quelques définitions s'imposent. 

D'après la très fameuse loi de 1901 (article 1er), il y a association dès lors que deux ou plusieurs personnes se mettent d'accord pour partager leurs connaissances ou leur activité "dans un but autre que de partager des bénéfices." Autant dire que, de l'Amicale Pétanque Rémigeoise à Amnesty International, il existe toute sorte d'associations aux buts divers et variés! 

Mais, historiquement, l'association est une liberté essentielle à la démocratie. Ce n'est pas un hasard si l'on compte généralement la liberté d'association et de réunion parmi les premières revendications des mouvements démocratiques,et si les priorités des régimes autoritaires sont souvent de restreindre ces libertés. Sans réunion ni association, aucune revendication collective ni changement politique n'est possible! Les individus se retrouvent isolés, fragmentés, et à la merci du pouvoir. 

Mais alors, quel est le rapport entre la bête immonde que l'on nomme communautarisme et ce précieux bijoux qu'est la liberté d'association? 

Justement, on commence à parler de "communautarisme" en France lorsque des individus issus de minorités emploient un "nous" qui rompt avec la majorité, se regroupent entre eux,  et commencent à élaborer des revendications qui les concernent. Autrement dit, lorsqu'ils exercent leur liberté fondamentale de s'associer et de se réunir! 

Pour bien comprendre, transposez cela dans le domaine du syndicalisme. Un syndicat est une association qui a vocation à défendre des intérêts communs, le plus souvent de salariés. Par nature, un syndicat de salariés exclut... les dirigeants de l'entreprise. Il s'agit d'un "communautarisme" salarié qui est pourtant consensuellement admis comme essentiel à la démocratie. 

Ainsi, lorsque il est reproché à certains individus issus des minorités, Noirs, Arabes, Musulmans ou autres, d'être trop "communautaires", c'est le droit essentiel de participer à la vie politique et sociale qui leur est nié, à l'heure où ils subissent pourtant de graves injustices, entre violences policières et discriminations systémiques. 

Le plus pervers, c'est que les victimes elles-mêmes finissent souvent par s'autocensurer, craignent de se réunir, de discuter de leurs problèmes, d'envisager des solutions parce que "le communautarisme, c'est mal". 

Il faut donc les rassurer: vous avez le droit de défendre vos droits et vos intérêts, de vous réunir, de vous organiser... Ce n'est pas un délit! C'est même un "principe fondamentale reconnu par les lois de la République"3 qui vous y autorise. 

 

1Dans Le Monde du mercredi 25 août, le candidat à l’élection présidentielle de 2017 M. Mélenchon a déclaré au sujet du « burkini »: "C’est une provocation politique, une instrumentalisation communautariste du corps de la femme".

2 Au sujet d’une journée piscine réservée aux femmes dans le Nord de Marseille, M. Philippot s’est indigné sur RMC : "C'est un événement privé" mais "où on nous explique que les femmes doivent être en burkini, (...) c'est interdit aux hommes (...) on est dans le communautarisme pur et dur" (Le Point du 4/08/16).

3https://fr.wikipedia.org/wiki/Principes_fondamentaux_reconnus_par_les_lois_de_la_R%C3%A9publique

 


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