Quelle liberté pour les enseignants ?

A l'instar des mesures de rétorsion prises dans la gendarmerie ces derniers jours, si on en croit les écrits de Pierre Frackowiak ("Piloter l'obéissance, un nouveau concept pour les inspecteurs ?") on prend aussi en France le chemin de l'autoritarisme et du strict contrôle quant à l'action des enseignants dans leur classe.

Désormais, il faut obéir. Il est interdit de contester, de critiquer, de proposer. La loyauté, c’est l’obéissance. On le voyait arriver depuis 2007 avec la perspective de la société ultra libérale autoritaire dont la mise en œuvre se poursuit inexorablement, on ne pouvait pas imaginer que ce serait à ce point. Société de l’individualisme exacerbé, de la compétition, de la loi du plus fort, des gagnants. Avec un retour en force de l’idée de la fatalité de l’échec malgré tous les efforts qui sont faits. L’exemple de l’aide individualisée, la bonne conscience du pouvoir, en est une illustration qui a pu piéger bien des acteurs éducatifs de bonne foi.

Le premier devoir des inspecteurs sera donc de contrôler le respect du devoir d’obéissance. ... Il s’agit de former des citoyens obéissants et il vaut mieux commencer à la maternelle. ...

Ces mesures, parfaitement cohérentes avec les nouveaux vieux programmes et avec le déni systématique, idéologique, de la pédagogie, sont une nouvelle étape sur la voie du projet libéral. Au moindre incident, un coup de menton, un engagement solennel qui ne coûte rien, des instructions naturellement très fermes, des tableaux et des grilles pour hier, des feuilles de route pour demain...

... comment piloter l’obéissance ? ... c'’est très simple : il faut aller chercher les modèles militaires. « Allez, allez, contravention » ou suppression des primes ! ... On croise cette méthode avec celles du pilotage par les résultats chère au monde de l’entreprise et l’on a un système moderne en apparence qui accroit le nombre de victimes et les transforme en coupables,... Les pilotes ne sont-ils pas nécessairement au moins des adjudants ou des lieutenants ? N’ont-ils pas toujours raison et ne connaissent-ils pas tout ça par cœur ?

Mais qui a inscrit la liberté pédagogique dans la loi ? Qui a dit que l’éducation est synonyme de liberté, d’intelligence, de pensée divergente ? Qui a évoqué l’éducation de l’esprit critique, l’éducation à la responsabilité plutôt qu’à la vassalité ? Qui ose encore parler d’une école émancipatrice dans une société démocratique ?

Quand sortira-t-on de la torpeur ?

J’adore ce vers du poète hongrois G. Balynt : « Je m’indigne donc je suis ». Peut-être verra-t-on des boucliers non fiscaux se lever pour revendiquer le droit à l’indignation. Peut-être serait-il prudent de revendiquer le droit de penser.

Ce que Pierre Frackowiak présente ressemble étrangement à ce que dénoncent 14 universitaires de premier plan dans une lettre au Guardian. Le journal "The Guardian" a en effet publié récemment un article intitulé "Keep politics out of schools and let us get on with teaching, say professors" ("Laissez la politique en dehors des écoles et laissez nous continuer à enseigner, disent les professeurs").

L'intervention politique dans les écoles est «contre-productive et nuisible", écrivent ces universitaires.

Les professeurs accusent les députés de tous les partis politiques d'élaborer des politiques de gestion étroite des programmes scolaires, des méthodes d'enseignement et des tests-élèves.

Avec à leur tête Michael Bassey, professeur émérite de l'Université de Nottingham Trent, ils appellent les politiciens à cesser l'ingérence dans les écoles, cesser de les politiser et au contraire rétablir la confiance dans les enseignants.

"Il est temps de donner la responsabilité première de l'enseignement aux écoles et aux collèges et ainsi de permettre aux enseignants de bâtir la confiance du public qu'ils méritent et dont ils ont besoin ... d'être avec des parents, les tuteurs efficaces des jeunes ..., dit la lettre . "Ce qui se passe dans les salles de classe ne doit plus être étroitement géré par le gouvernement, et ce indépendamment de qui gagne les élections."

Les universitaires appellent à la création d'un Conseil national de l'éducation, qui serait un organisme indépendant donnant aux écoles des conseils fondés sur la recherche de ce qui fonctionne dans les classes à travers le monde.

 

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