On est allées à Francfort

À la Foire du Livre de Francfort, ça fait bien longtemps que plus personne n’essaie de parler allemand. Moyen-Courrier n’a pas fait plus d’efforts que les autres. Le récit qui suit sera donc en V.O English International (avec nos excuses).

À la Foire du Livre de Francfort, ça fait bien longtemps que plus personne n’essaie de parler allemand. Moyen-Courrier n’a pas fait plus d’efforts que les autres. Le récit qui suit sera donc en V.O English International (avec nos excuses).

Jour 1

On nous avait dit : la Foire du Livre de Francfort, vous allez voir, c’est gigantesque. Et c’est vrai : 8 halls, des kilomètres de tapis roulants, bref, vous voyez bien à quoi peut ressembler “le plus grand rassemblement au monde de ...”, on vous épargne le pittoresque. Dix ans qu’on entend des histoires d’enchères qui ont encore crevé le plafond à Francfort, du coup c’est vrai qu’on avait imaginé une ambiance un peu plus Soir de crash à Wall Street. Dans les coulisses de la salle des agents, où se négocient les droits internationaux, on veut bien croire que c’est power games et guerres de nerfs, mais on the main floor, ça reste très civilisé.

Why are you here ? L’agence de com’ de la Foire a posé la question à un échantillon de professionnels du livre très United Colors et affiche leurs réponses en 4x8 à côté des photos de leurs visages radieux. Svetlana, éditrice russe, est là to participate in the greatest celebration of literary diversity on the planet - meilleure traduction possible : “pour faire franchement la teuf parce que c’est trop génial qu’il y ait plein de gens qui écrivent”. Luiz Ruffato est agent. Il est venu du Brésil parce qu’il believe in the book as tool of transformation of human being - meilleure traduction possible : “le livre, c’est quand même le pied de biche qui te redresse son homme.” Octavio Kulesz sait que The International Alliance of International Publishers is part of the United Nations of Publishing - meilleure traduction possible : “on est tous une grande famille.” C’est pour ça qu’il a fait le déplacement d’Argentine. Nous qui nous sentions encore un peu timides, ça nous a carrément boostées. On a foncé au Hall 8, Publishing Digital Perspectives - meilleure traduction possible : “Le numérique, ça prendra jamais en France.”

On a parlé de Moyen-Courrier à des gens, ils ont trouvé ça very courageous, very courageous - meilleure traduction possible : “non mais vous avez rien de mieux à faire franchement ?” Et puis, on a rencontré Nikola Richter, une Berlinoise qui vient de créer mikrotext et qui a l’air d’avoir tout compris. Elle nous a dit : we are not alone. Come tonight, you’re on the list - meilleure traduction possible : “Vous en faites pas les filles, on les aura. En attendant, venez ce soir.” Le flyer disait Publishing Party, Brazilian Cocktails & Djs sets - meilleure traduction possible : “une soirée d’éditeurs, mais avec des gens qui dansent en vrai”. On est arrivées pas trop tard : le lieu était great, la musique était great, les gens étaient great. C’était Berlin.

Richard Nash de Red Lemonade est l’éditeur américain qui a découvert Vanessa Veselka, dont vous n’avez pas fini d’entendre parler chez Moyen-Courrier. C’est aussi un vieil ami, et on devait le retrouver dans le hall du Frankfurter Hof. On est arrivées vers 1h du mat’ : c’était un immense couloir avec de la lounge music où se marchaient sur les pieds tout ce que l’édition européenne compte de personnalités majeures. C’était Paris.

I like book fairs, I got that DNA. I love the energy of it, I love the hustle of it, nous a dit Richard - meilleure traduction possible : “Les foires du livre, ça va, franchement c’est pas si relou”. Il était comme à son habitude, passionné et plein de bons conseils. Mais comme ça faisait deux jours qu’il n’avait pas dormi, il est allé se coucher. Quand il a été parti, on s’est dit qu’on avait quand même très envie de retourner à Berlin, de l’autre côté de la rue. Et c’est ce qu’on a fait.

Jour 2

On a débarqué au Hall 8. C’était Hey, c’était Great to see you again, c’était Moyen-Courrier est dans la place. Tout le monde était là. Il y avait une bande d’éditeurs qui jouent collectif et qui publient des textes courts, intelligents et bien écrits, en numérique parce que c’est ce qui leur permet de le faire. Il y avait aussi plein d’autres gens. On leur a parlé de Moyen-Courrier, ils ont trouvé ça very courageous, very courageous - meilleure traduction possible : “Les filles, j’espère pour vous que vous avez des mecs blindés.”

Le soir, Chloe Zeegen, un des auteurs de Nikola, lisait son texte dans un club de rock. C’était exaltant, c’était indé, c’était Patti Smith. Il y avait ce que l’édition européenne compte de plus charmant. L’une de nous deux, prenant un air mignon, s’est dévouée pour lui donner une carte de visite : “On est Moyen-Courrier, si jamais y’a moyen...” Mais le mec avait lu George Saunders, il n’a pas hésité : no one is an island in terms of being thought cute forever - meilleure traduction possible : “Il va falloir penser à raccrocher, les filles.” On est allées se coucher pour être en forme demain.

Jour 3

On est arrivées tôt au Hall 8. On nous avait dit : le samedi, c’est pour les familles et les lycéennes en cosplay, mais on avait oublié. On a ramassé chacune deux sacs de catalogues et on a pris le S-Bahn dans l’autre sens.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.