Le complot des Justes

Le peuple revient à chaque élection, bulletins à la main, ferveur renouvelée, prendre part au spectacle démocratique. Epoque formidable. Tel un infatigable exalté, le peuple croit à l’alternance, à la force de la volonté, aux sursauts de l’Histoire. Orgueilleux, il rêve que ses espérances fleurissent au printemps. Il aime la Démocratie, le bougre.

Le peuple revient à chaque élection, bulletins à la main, ferveur renouvelée, prendre part au spectacle démocratique. Epoque formidable. Tel un infatigable exalté, le peuple croit à l’alternance, à la force de la volonté, aux sursauts de l’Histoire. Orgueilleux, il rêve que ses espérances fleurissent au printemps. Il aime la Démocratie, le bougre.

L’élection de Hollande n’a pas dérogé au rituel : désirs voluptueux et passions intellectuelles, ambitions juvéniles et espérances éphémères ont porté la campagne. Sauf que ce beau monde a basculé. Notre Démocratie s’affaisse. Cette idée, cette folle idée qui nous paressait encore parfois la chose la plus heureuse de toute l’humanité se meurt.

Arrivés à la tête du pays pour lui redonner un nouveau souffle, avec en projet une véritable alternance politique, nos amis socialistes peinent à ranimer la flamme de la Démocratie. Leurs beaux costumes sont pâles, presque transparents. Et pour cause, leur Roi est nu. L’alternance ne change rien, ou si peu. Même scène, mêmes acteurs, même scénario. Mais peu importe le flacon, tant qu’il y a l’ivresse !

Alors nos cabotins se consument sur l’autel de la flagornerie pour faire illusion, pour continuer de donner l’impression qu’une autre politique est possible. Ils s’accrochent, redoublent d’efforts, multiplient les effets de manche. Mais ils jouent mal, se révèlent être de piètres acteurs. Et désespérément attachés à jouer leur rôle jusqu’à l’acte final, nos amis révèlent insidieusement leur véritable essence. Les masques tombent en attendant la fin de l’histoire : la révélation du complot, du véritable complot.

Car cette histoire, c’est celle du complot des Justes. Mots simples, mots simples et terribles, mots qui vous pénètrent jusqu’au fond même de l’être, mais qui ne devraient pourtant pas provoquer la moindre émotion. Car ces Justes n’avaient pas de plan B, pas d’alternative à proposer, aucun chemin fleuri à nous offrir après l’élection. Juste des larmes, quelques larmes.

Ces Justes voulaient nous protéger. A l’évidence nous épargner la mise en place, de manière injuste, d’une politique qu’ils savaient pourtant ne pas pouvoir éviter. Le mensonge n’était pas mal intentionné. Il fallait simplement s’imposer face à la droite, pour appliquer la – presque ? - même politique, mais avec humanisme et bienveillance. « La réduction des déficits, l’Europe libérale, l’absence de perspectives ? » « - Oui, mais avec nous, ce sera dans la douceur et la justice. »

Alors Certains crient aux renoncements, à l’absence de courage, ou même au manque éclatant de convictions. Balivernes. Maudite désillusion qui trompe son monde. Car ces  prétendus renoncements sont bien plutôt l’illustration de leur philosophie, cohérente et raisonnée, préméditée et assumée, de leur volonté ancrée de mettre en œuvre dans la justice, la seule politique qui leur paraissait applicable.

Ainsi, ce complot c’est celui d’hommes et de femmes qui ne portaient pas en eux l'alternance et qui ont délibérément voulu être élus, non pas pour changer le destin d’un pays, mais pour lui appliquer le vernis de la justice, sans même comprendre qu’il la sacrifierait, elle et la Démocratie. Alors drapés dans leur vertu et leur honnêteté proclamées, nos comploteurs en herbe se retrouvent aujourd'hui contraints de continuer le spectacle. Ils rassurent, concilient, temporisent en attendant leur probable sortie tragique de l’orbite politique.

Sauf qu'en agissant ainsi, nos histrions prennent le risque que le décor et l’édifice de leur farce s’effondrent très vite, et dans le désordre, ou même pire, qu’il n’y ait bientôt plus de spectateurs pour supporter leurs idioties sur  la scène du théâtre de l’Histoire.

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