La déficience des marchés financiers

Décriés par les uns pour leur rôle prépondérant dans les crises à répétition, défendus par les autres pour leur action salutaire dans le financement de l’activité, les marchés financiers sont aujourd’hui incontournables. Devenus la pierre angulaire de l’économie mondiale, ils doivent leur Salut à la croyance généralisée en leur efficience : ils seraient optimums, transparents et rationnels dans l’allocation des ressources nécessaires aux besoins de l’activité économique.

Décriés par les uns pour leur rôle prépondérant dans les crises à répétition, défendus par les autres pour leur action salutaire dans le financement de l’activité, les marchés financiers sont aujourd’hui incontournables. Devenus la pierre angulaire de l’économie mondiale, ils doivent leur Salut à la croyance généralisée en leur efficience : ils seraient optimums, transparents et rationnels dans l’allocation des ressources nécessaires aux besoins de l’activité économique.

Mais cette antienne économique est-elle fondée, ou relève-t-elle d'une idéologie ? Car le principe d’efficience des marchés est avant tout fondé sur la croyance en la rationalité de l’être humain. Autrement dit sur du sable : des investisseurs rationnels, en cherchant à maximiser leurs gains, rendraient les marchés financiers efficients. Alors comment expliquer que l’on continue collectivement à croire en l’efficience des marchés financiers, quand celle-ci se trouve inévitablement biaisée par notre propre irrationalité ?

A l’évidence, cette erreur est un phénomène de résilience globale, fondé sur une méconnaissance généralisée des marchés financiers. Car quel que soit le type de marché (actions, obligations, dérivés…), on leur prête – volontairement ? - toutes les vertus économiques : investissements, financements et liquidités. Or l’efficience des marchés est limitée par les exubérances cognitives propres à l’Homme. Les investisseurs sont dans l’incapacité d’agir de manière rationnelle : biais affectifs, comportements mimétiques, dissonances cognitives, croyances irrationnelles… Les Hommes, ceux-là mêmes qui font le marché, sont en effet sujets à de nombreux affects qui distordent leur rationalité, et par la même, altèrent et rendent inopérante l’efficience des marchés.

Ainsi des schémas de pensée simplificateurs : les investisseurs pour se comprendre, ont systématiquement recours à des notions qui réduisent la complexité de l’information. Ils ne peuvent tenir rationnellement compte de toutes les données existantes. D’un évènement économique, ils ne retiendront que les éléments considérés comme essentiels.

Toujours, les investisseurs s’influencent mutuellement, ce qui peut les conduire à prendre des décisions contraires à leurs intérêts (euphorie, pessimisme, pari sur l’avenir). Certains investissements sont donc tout sauf rationnels : ils sont le simple fait de mouvements mimétiques ou d’une appréciation économiquement biaisée par l’environnement immédiat.

On retrouve également des effets d’asymétrie cognitive qui rendent les décisions irrationnelles. Les investisseurs sont susceptibles d’être influencés par leurs expériences passées, leur connaissance d’un secteur, ou même leur affection pour des valeurs spécifiques. Leurs décisions sont donc imperceptiblement affectées par leurs sentiments : leur rationalité s’altère et la décision devient purement subjective.

Se produisent aussi des phénomènes d’anticipations auto-réalisatrices qui trouvent leurs origines dans des croyances, souvent infondées et totalement irrationnels, des investisseurs. La croyance dans le redressement/la chute de l’économie, ou dans l’impossibilité de la survenue d’un évènement, peuvent conduire les investisseurs à se tromper lourdement, et à affecter le marché.

Et ces croyances irrationnelles peuvent même conduire les investisseurs aux convictions les plus folles. Comme celle de penser qu’ils sont eux-mêmes totalement rationnels, et les marchés sur lesquels ils interviennent… à l’abri de toute déficience.

L’irrationalité est collective. Sans affirmation de la potentielle déficience des marchés financiers, ceux-ci continueront d’avoir de beaux jours devant eux. Enfin, ce n’est qu’une croyance…

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