Incorrigible Oncle Sam

Tocqueville craignait qu’une Amérique éprise de liberté ne dégénère en un Etat paranoïaque, forme attardée d’un « despotisme mou ». Vision quelque peu prophétique tant l'épigone du libéralisme est devenue une véritable machine de surveillance. Spirale vertigineuse dans laquelle est aspiré l’Oncle Sam: au nom même de la défense des libertés, il se livre à un espionnage méthodique du monde entier. 

Tocqueville craignait qu’une Amérique éprise de liberté ne dégénère en un Etat paranoïaque, forme attardée d’un « despotisme mou ». Vision quelque peu prophétique tant l'épigone du libéralisme est devenue une véritable machine de surveillance. Spirale vertigineuse dans laquelle est aspiré l’Oncle Sam: au nom même de la défense des libertés, il se livre à un espionnage méthodique du monde entier. 

L’Histoire nous enseignant que la folie du contrôle opprime les libertés, on aurait pu imaginer que, passé le choc des premières révélations, le scandale du programme américain PRISM provoquerait un large débat démocratique. A tout le moins une profonde interrogation sur les dérives de l’obsession sécuritaire, de la lutte anti-terroriste et de la dangerosité de tels systèmes de surveillance pour les libertés publiques.

En vain. La révélation des méthodes de captation de l’Oncle Sam n’ont débouché sur aucun grand débat de société. Pis, aux Etats-Unis, et même en Europe, les discussions n’ont pas porté sur le fait de savoir si les pratiques de la NSA étaient justifiées dans un Etat de droit, mais sur les solutions à apporter pour limiter les risques de violation des droits civils et des libertés publiques. L’enjeu des révélations d’Edward Snowden est ainsi resté limité au simple contrôle d’un système pourtant contraire à tout principe démocratique.

Encore plus surprenant, ce sont les apôtres du flicage à tout va qui ont obtenu les faveurs des médias et de l’opinion : à l’instar d’un Dick Cheney, ancien vice-président de Georges Bush, ou d’un Michael Hayden ancien directeur de la NSA et de la CIA, les procureurs d’Edward Snowden ont eu tout le loisir de justifier l’existence de tels programmes.

Seule une infime minorité s’est interrogée, Outre-Atlantique, sur l’opportunité d’une surveillance si intrusive et attentatoire aux libertés individuelles. A l’instar de l’American Civil Liberties Union, l’une des ONG les plus influentes aux Etats-Unis, certains ont ainsi dénoncé l’absurdité d’une situation où le gouvernement fédéral, pour protéger les libertés publiques, les soumet à des programmes de surveillance toujours plus opaques et sophistiqués.

Alors comment expliquer la passivité de la société civile, l’absence de réactions des Etats? De quoi cette inertie est-elle le nom?

Sans doute celui de sociétés qui refusent de se voir telles qu’elles sont : en manque d’idées, de débats et de souffle démocratique, intoxiquées par le discours anxiogène et l’acquiescement généralisé au recul des libertés. Car un tel programme de surveillance des gouvernements, des institutions et des citoyens devrait interroger le monde entier.

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Ainsi, l’absence de réactions de nos démocraties face à la pente toujours plus prononcée de la surveillance généralisée pointe une menace cruciale pour nos sociétés. Celle de populations habituées à la peur, à l’angoisse et à une absence de remise en cause d'un discours politique qui conduit à renier toujours un peu plus de libertés, pour en sauver toujours un peu moins.

Incorrigible Oncle Sam!

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