De la nécessité d’une véritable Démocratie sociale

L’entreprise est aujourd’hui au cœur de notre société. Elle bouleverse et façonne notre quotidien. C’est une profonde mutation. Les entreprises ne sont plus ces simples unités de production de biens, déconnectées des réalités sociale et intellectuelle. Elles produisent désormais du sens, de nouveaux comportements, et orientent les individus dans leurs relations sociales.

L’entreprise est aujourd’hui au cœur de notre société. Elle bouleverse et façonne notre quotidien. C’est une profonde mutation. Les entreprises ne sont plus ces simples unités de production de biens, déconnectées des réalités sociale et intellectuelle. Elles produisent désormais du sens, de nouveaux comportements, et orientent les individus dans leurs relations sociales.

Cette transformation est une profonde révolution, de celles qui entraînent toute une société dans le sillon d’une nouvelle Démocratie : celle où la société se retrouve tout entière modelée par la production des entreprises, où ses structures sociales évoluent au grès des innovations induites par l’activité économique, où l’Homme modifie son rapport au monde, où enfin, l’entreprise se révèle être le véritable poumon de la Cité.

Une véritable révolution, donc. Mais sur laquelle les individus n’ont, depuis 30 ans, ni contrôle ni souveraineté, victimes qu’ils sont de n’en être que les acteurs passifs : les entreprises transforment la société, sans qu’ils puissent, en retour, en maîtriser le mouvement.

Ainsi, et c’est la raison de ce propos, comment comprendre, qu’alors qu’elle élargit constamment sa capacité de transformation des individus, l’entreprise échappe totalement au principe démocratique ? L’influence qu’elle exerce sur la société ne devrait-elle pas être contre balancée par un droit de contrôle de ses citoyens, et conséquemment de ses travailleurs ?

Cette anomalie démocratique n’est pas nouvelle. Elle est la résultante du passage progressif d’une politique de la demande à une politique de l’offre ; la production des entreprises n’est ainsi, depuis 3 décennies, plus orientée vers la satisfaction de la demande structurelle des ménages, mais vers la création de désirs et de valeurs qui entretiennent artificiellement de nouveaux besoins.

Les entreprises créent de nouveaux espaces, de nouvelles habitudes, sans limites. C’est un renversement inédit. C’est le consommateur qui se transforme pour s’adapter aux besoins cognitifs du produit. Créatrice constante de nouvelles normes sociales, l’entreprise réussi ainsi à s’approprier un espace devenu de plus en plus vaste.

En contre point de cette anomalie démocratique, et à défaut du rétablissement d’une politique de la demande, se profile à l'horizon la solution de la « démocratie sociale » ; mais face à un tel déséquilibre, on ne saurait se satisfaire d’une démocratie sociale qui ne consacrerait que le dialogue, l’échange et la négociation entre les partenaires sociaux. Car l’instauration d’un nouvel équilibre dans l’entreprise ne  pourrait se faire sur une illusoire (co)participation à la vie de l’entreprise.

Plus largement, une véritable Démocratie sociale devrait se fondée sur les principes selon lesquels : étant source de transformation profonde des individus, l’entreprise ne saurait échapper à leur contrôle ; étant donné sa capacité à créer de nouveaux comportements sociaux, de nouvelles relations dans la cité, elle ne pourrait se soustraire à la décision collective ; étant établi qu’elle est au cœur de la production de nouvelles normes « non légales », elle devrait s’inscrire sous la gouvernance démocratique de ceux qui l’aliment et en récoltent les fruits.

Ainsi une véritable démocratie sociale ne devrait pas seulement permettre à chaque salarié de participer à la vie de l’entreprise, mais également lui permettre d’exprimer démocratiquement ce qu’il croit bon pour elle, et plus largement pour la société.

Plus qu’un programme, un véritable projet démocratique.

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