2013, Révolution ou Directoire ?

Soleil d’hiver. Hollande griffonne quelques mots sur du papier ambré. Grave et silencieux, il donne ses consignes au gouvernement. Ayrault, dans son costume sombre, quitte la pièce par la trouée lumineuse. Le Président scrute son secrétaire en acajou débordant de doléances. Seules les tentures pourpres, grimées d’emblèmes républicains, viennent réchauffer l’atmosphère glaciale de l’Elysée. Le temps s’est figé : si l’Histoire ne peut se répéter, il peut lui arriver de bégayer.

Soleil d’hiver. Hollande griffonne quelques mots sur du papier ambré. Grave et silencieux, il donne ses consignes au gouvernement. Ayrault, dans son costume sombre, quitte la pièce par la trouée lumineuse. Le Président scrute son secrétaire en acajou débordant de doléances. Seules les tentures pourpres, grimées d’emblèmes républicains, viennent réchauffer l’atmosphère glaciale de l’Elysée. Le temps s’est figé : si l’Histoire ne peut se répéter, il peut lui arriver de bégayer.

1792 est un moment singulier de l’Histoire. Mais même les plus beaux palais ne sauraient protéger des évidences. La période actuelle est familière : indécision politique, crise démocratique, fuite des capitaux, pressions étrangères… comme autant de notes qui rythmèrent la période révolutionnaire. Alors 2013, enfant caché de 1793 ?

Rien n’est moins sûr. Et pourtant. Le gouvernement est sur la ligne de crête : accentuer le clivage partisan ou approfondir le consensus national ? La France est en crise, le peuple est divisé. Les héritiers de la révolution libérale sont pris entre deux feux : les ardentes exigences du vilain de gauche et l’expression légitime du nostalgique de droite. Le compromis social ne sied guère aux circonstances : les gueux réclament toujours plus de justice sociale. Les plus nantis plient bagages, emmenant argenterie et lingots. L’Europe conjure le gouvernement de renoncer à ses funestes projets. Les marchés financiers agitent la menace de la banqueroute.

Comme en 1792, les riches fuient. Aristo, nobles et possédants partent fourbir leurs armes à la frontière, emmenant dans leurs bagages, biens et argent, persuadés que la patrie est condamnée. L’hémorragie fait des ravages : le Duc Clavier foule la cocarde tricolore en emportant draps et cachets ; le comte d’Afflelou, grand verrier de la place parisienne, le rejoint dans le bocage londonien ; Le marchand Arnault, marquis de son état, tente en vain de devenir sujet belge pour préserver son immense fortune ; leur emblématique comparse, le saltimbanque Depardieu, ogre maquignon de la scène française, consomme sa forfaiture fiscale à l’ombre de l’Oural. Les braves choisissent leur camp.

Comme en 1792, le peuple gronde. Les va-nu-pieds s’agitent. En pressant le gouvernement et en accablant les déserteurs, les gueux réclament la justice sociale. La crise économique a accentué les inégalités : si les cassettes partent se réchauffer à l’étranger, les poêles - faute du pécule suffisant - restent quant à eux gelés ; les chaumières de France, petites bicoques martyrisées par le froid, offrent le plus triste des visages. Le désespoir et l’exaspération guettent le pays. Les lambris du temple socialiste perdent de leur éclat dans la pupille humide et gonflée du peuple déshérité.

Comme en 1792, l’Europe est inquiète. La France rend branlant le consensus contre-révolutionnaire. Sur un ton policé, la coalition européenne manifeste son inquiétude et sermonne la patrie des Droits de l’Homme. La riposte s’organise au plus haut niveau : les ambitions politiques françaises ne sauraient contrarier l’harmonie politique du vieux continent.

Comme en 1792, les créanciers frémissent. La France est indisciplinée. Les marchés financiers font pression pour que la France engage les réformes nécessaires : réduction du déficit public, circonscription du périmètre de l’Etat, réformes de l’économie… Les impécunieux de la république, ces sans-le-sou de la Patrie sont ouvertement désignés et conscients du flambant avenir qui se dessine.

Enfoncé dans son fauteuil en yeuse, Hollande médite. La situation va basculer, il sait que l’Histoire peut se répéter. L’heure est grave : les contradictions d’un système fiscal inégal, d’une dette exorbitante, d’un état exsangue et d’un capital insaisissable, deviennent insurmontables. Mais quelle voie emprunter pour sonner la fin des périls extérieur et intérieur de la Patrie ? Celui du consensuel girondin Bayrou ou celui du sulfureux montagnard Mélenchon ?

Ayrault paraît sur le perron de l’Elysée, visage fermé. Un rayon de soleil fend le ciel et éclaire l’Histoire en marche qu’il serre de sa main. Il descend dans la cour en décachetant la lettre. Le fond de l’air est glacé. Les consignes du président sont laconiques. Seul face au destin de la France, Ayrault lâche la petite feuille jaunie qui trouve refuge à ses pieds. 1793 est inscrit dans la situation politique et sociale du pays. 2013 nous dira qui, de la Révolution ou du Directoire, le président aura privilégié comme héritage…

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