Banques chinoises: une crise en perspective

Le « rêve chinois » pourrait-il se transformer en véritable cauchemar ? Impensable il y a encore quelques mois, cette idée pourrait se concrétiser sous la forme d’une retentissante débâcle bancaire. Au coeur de l'inquiétude des autorités chinoises, le risque de propagation au système bancaire, d’un possible éclatement de la bulle immobilière.

Le « rêve chinois » pourrait-il se transformer en véritable cauchemar ? Impensable il y a encore quelques mois, cette idée pourrait se concrétiser sous la forme d’une retentissante débâcle bancaire. Au coeur de l'inquiétude des autorités chinoises, le risque de propagation au système bancaire, d’un possible éclatement de la bulle immobilière.

La Chine est aujourd’hui un géant aux pieds d’argile, les clignotants sont au rouge. Son système bancaire se fissure et les signes se font de plus en plus perceptibles: l’éventualité que plusieurs grandes banques publiques chinoises aient, dans leur bilan, des dizaines de milliards de yuans de créances immobilières pourries, menace l’économie toute entière.

Comme le rappelle Martine Orange, « La grande peur des banques chinoises », le système bancaire chinois, particulièrement exposé à un éventuel retournement immobilier, semble se rapprocher chaque jour un peu plus du précipice: les années folles de croissance du secteur immobilier, dopées aux crédits, pourraient bien déboucher sur une crise financière en cascade.

Mais cette éventualité n’est pas le produit du hasard. Elle trouve sa source dans les survenues concomitantes de 2 phénomènes: la bifurcation progressive du système bancaire chinois vers un modèle tourné exclusivement vers la rentabilité, et la décentralisation politique des années 2000, qui a accéléré le mouvement.

La rentabilité avant tout

Le secteur bancaire chinois est unique. Construit sur les bases d’un système exclusivement constitué de banques publiques, il s’est graduellement accommodé de politiques orientées principalement vers l’expansion et la rentabilité financières: la politique de gestion rigoureuse des années 1980 s’est progressivement effacée derrière un pilotage financièrement agressif, vecteur d’une explosion du crédit immobilier, sur fond de croissance économique illimitée.

Tout à commencer en 1979. A l’époque, la Banque Populaire de Chine - organisme réunissant la Banque Centrale, le ministère des finances et les activités de banque commerciale – est scindée en 4 entités, le « Big Four », toujours sous contrôle public. Le secteur bancaire chinois s’articule ainsi, à partir de ces années-là, autour de 4 grandes banques nationales (l’Agricultural Bank of China, la Bank of China, la Construction Bank of China et l’Industrial and Commercial Bank of China) qui ont en charge le financement de l’économie. Solidement assise sur ses 4 grandes banques publiques, la Chine entame son décollage économique.

C’est à partir des années 1990, plus particulièrement en 1999, que s’enclenche la spirale infernale: ayant en ligne de mire son entrée à l’OMC, la Chine opère son « grand bond en avant bancaire ». Pour satisfaire aux standards de l'OMC, et avoir un secteur bancaire ouvert et compétitif, les banques du « Big Four » se séparent de leurs avoirs non rentables au sein de 4 structures de défaisance, créées pour l’occasion. 

L’objectif est simple: créer un secteur ultra compétitif et rentable pour accompagner la croissance économique. Les membres du « Big Four » peuvent alors se consacrer exclusivement sur le financement d’actifs à haute rentabilité ; le ratio d’actifs non rentables dans le bilan des banques va ainsi brutalement chuter de 23% à moins de 2 % en l’espace de quelques années.

A partir de 2001, le secteur de l’immobilier et des infrastructures accélère son expansion, en  bénéficiant à plein de lignes de crédits phénoménales pour l’aménagement du territoire.

Les petits barons rouges 

Et ce mouvement va se retrouver amplifié par la volonté des gouverneurs de province de bénéficier de ces politiques du crédit accommodantes. La croissance économique s’étant accompagnée d’une détente politique, les petits barons rouges, vont en effet profiter de la décentralisation des années 2000, pour développer leurs régions à coût de grands projets pharamineux. 

Malheureusement pour eux, la crise et le ralentissement de l’économie mondiale ont rebattu les cartes. La croissance fléchit et les politiques publiques ne suffisent plus aujourd’hui à juguler le gonflement de la bulle immobilière. Au cœur du cyclone, la première banque chinoise: la Construction Bank of China (CBC).

Car avec des encours de plus de 2000 milliards de dollars, la CCB est le maillon par lequel la chaîne pourrait bien craquer: un éventuel retournement des prix dans le secteur, pourrait davantage fragiliser son bilan dans l’hypothèse où ses créances se déprécieraient. Et dans ce cas, la CBC serait celle qui subirait, la première et le plus violemment, la crise financière…

L'augmentation spectaculaire du taux interbancaire chinois est aujourd'hui le premier symptôme de la crise qui se profile. D'autres suivront. Mais au moment même où le nouveau président chinois, Xi Jinping, décide de recentraliser le pouvoir politique, le durcissement des tensions sur le marché immobilier chinois pourraient le contraindre à faire de même, avec le pouvoir économique et les banques.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.