La place financière de Singapour dans le viseur des autorités chinoises

Tirée par ses bons résultats économiques, l’Asie est devenue l’une des plaques tournantes de la finance internationale. Au point même d’en inquiéter les autorités chinoises qui voient la stabilité économique et monétaire du pays menacée par une volatilité croissante des mouvements de capitaux. Dans son viseur: la place financière de Singapour, son laxisme réglementaire ainsi que les hedge funds qu’elle abrite.

Tirée par ses bons résultats économiques, l’Asie est devenue l’une des plaques tournantes de la finance internationale. Au point même d’en inquiéter les autorités chinoises qui voient la stabilité économique et monétaire du pays menacée par une volatilité croissante des mouvements de capitaux. Dans son viseur: la place financière de Singapour, son laxisme réglementaire ainsi que les hedge funds qu’elle abrite.

Sa réputation n’est plus à faire, Singapour est devenue un paradis de la haute finance. Bénéficiant du mouvement occidental de réglementations financières, la place asiatique a accueilli, ces dernières années, de nombreux capitaux et hedges funds étrangers, tous désireux d’échapper aux différents projets de taxes et de régulations financières. La cité-Etat s’est ainsi imposée comme une alternative de référence pour l’accueil de fonds spéculatifs en exil.

Mais l’activité spéculative de ces fonds, qui a pour une bonne partie bénéficiée à la Chine, ne semble plus faire l’unanimité à Pékin: touchée par l’afflux croissant d’investissements volatils, l’empire du milieu a en effet décidé de réagir face à l’activité de hedge funds domiciliés à Singapour, particulièrement agressifs sur les marchés émergents.

Dans un communiqué, l’agence d’Etat chinoise, la State Administration of Foreign Exchange (SAFE) a ainsi dénoncé l’activité de « fonds d’investissements offshores qui contournent la réglementation sur les investissements étrangers et déstabilisent la stabilité économique et monétaire du pays », avant de conclure que « ces mouvements de capitaux très volatils font peser un risque inadmissible sur certaines activités stratégiques du pays ».

Au cœur de cette déstabilisation d’une partie de l’économie chinoise ? L’alliance idoine entre une place financière sophistiquée et des hedge funds, en quête de gros bénéfices, adeptes de la manipulation de marché.

Les autorités chinoises le savent: Singapour est une place financière opaque, parfaitement adaptée à l’activité des hedge funds. Elle leur offre la possibilité, grâce à une réglementation particulièrement accommodante, de pouvoir s’adonner à leur activité de prédilection: la manipulation de marché. En autorisant la création de coquilles vides - cette technique ayant l’avantage de faire disparaître les hedge funds des écrans radar - de très nombreux hedge funds, internationaux ou singapouriens, mettent en place un écheveau inextricable de sociétés écrans, pour déstabiliser une partie du marché chinois sans être inquiétés.

Ce système est une aubaine pour des entités désireuses d’agir dans l’ombre: grâce à ce mécanisme d’atomisation des investissements, les fonds les plus spéculatifs peuvent mobiliser, par un système pyramidal, de nombreux capitaux sur la même position de marché - le manipuler à la hausse ou à la baisse - sans pouvoir être facilement identifiés par les autorités chinoises. L'objectif est simple: déstabiliser les marchés (actions, monnaies, obligations) et créer des déséquilibres financiers considérables, pour jouer les valeurs à la hausse ou à la baisse. Ainsi, en investissant massivement sur certaines valeurs, les hedge funds distordent les cours et empochent le différentiel. Créant à l'occasion, une vague dévastatrice pour l'économie réelle, ses entreprises et ses petits investisseurs. 

En 1992 déjà, la place financière de Hongkong avait dû faire face aux attaques répétées de hedge funds qui investissaient par l’intermédiaire de Singapour. A l’époque, pour déstabiliser le Hang Seng Index, les hedge funds avaient investi, à partir de sociétés écrans basées à Singapour, sur le dollar hongkongais et sur quelques entreprises phare de l’indice. Ces mouvements avaient provoqué de lourdes pertes pour bon nombre d'entreprises et de petits porteurs chinois. Au cours de l’opération, l’un des gourous de la finance, George Soros, avait réussi à empocher la coquette somme de 5 milliards de dollars.

Confrontées à des tensions sur le Yuan ainsi qu’à la menace d’une surchauffe de l’activité économique, les autorités chinoises ne veulent pas reproduire les mêmes erreurs: elles prennent sans doute, chaque jour un peu plus la mesure du risque pour leur activité économique, de laisser proliférer certains investissements particulièrement néfastes pour la stabilité du pays.

Les révélations de Mediapart sur le compte non déclaré du ministre du budget avaient déjà mis en lumière l’importance de la place financière de Singapour dans l’évasion fiscale internationale. Les craintes exposées par la Chine face à certaines pratiques de hedge fund, hébergés par la « Cité-Etat », semblent en montrer une autre.

Ainsi, à l'heure où l’Union Européenne et les Etats-Unis paraissent vouloir s’attaquer, une énième fois, aux dérives de la finance internationale, la réaction des autorités chinoises n'est pas sans rappeller les protestations de ses homologues occidentaux, et démontre que le problème appelle désormais une solution internationale concertée. 

 

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