Fillon et le sens du mot travail

François Fillon, avec deux "F" comme dans Fieffé Fraudeur. Après Publifin en Belgique, voici donc Fillon en douce de l'argent à ma femme et à mes enfants, en France.

Le parallèle entre les deux affaires (Publifin d'un côté et les Fillonades de l'autre) permet de conclure que les magouilles politiques n'ont décidément pas de frontière. Les magouilles tout court non plus, notez!

 

Ce parallèle permet aussi de tirer une autre conclusion, évidente et maintes fois répétées, mais que tout ceux qui s'en étonnent devrait pourtant écrire sur le miroir de leur salle de bain, histoire de s'en souvenir chaque matin: argent et pouvoir sont les deux mamelles de la fraude. 

 

Ne pas ou plus s'en étonner, c'est une chose. Réclamer et obtenir la fin de ces pratiques en représente une autre. Pas simple! Pourtant, pour sauver la démocratie, il faudra bien finir par s'attaquer au problème. Sérieusement, jusqu'au bout. Et punir les coupables, sans exception. Pas que les lampistes, mais aussi et surtout les organisateurs, ceux qui tirent les ficelles, chez qui la perversité est vénale.

 

Nous devrions tous réclamer cela, arrêter les hommes politiques dans la rue et le leur rappeler, droit dans les yeux. 

 

Nous devrions dire à tous les Fillon, Cahuzac, Sarko, Moreau, De Decker de la terre qu'ils devraient rentrer chez eux, se regarder dans le miroir (oui le même où il est écrit: "argent et pouvoir sont les deux mamelles de la fraude"), prononcer ces mots: "Je suis indigne d'être un homme politique, je suis un être malhonnête, mais je vais changer et œuvrer désormais pour le bien de mon peuple avec l'argent de mon peuple." Et puis se mettre une gifle dans la figure!

 

Au-delà de toute cette affaire, je voulais aussi vous montrer le document ci-dessous. Regardez-le bien et posez-vous la question: "suis-je d'accord avec ce tweet?"

 

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Si vous êtes d'accord avec ce tweet, vous avez de gros soucis à vous faire, car il est une des pires expressions du populisme politique qui pollue nos discussions et nos débats et gangrène les relations humaines qui forment la base de nos sociétés.

 

Plusieurs aspects de ce tweet me scandalisent.

 

Je ne tiens même pas à relever le fait que la femme de Fillon (Pénélope) travaille peu pour un revenu maximum et que donc, Fillon n'a pas de leçon à donner.

La question selon moi devrait être beaucoup plus large: l'appauvrissement de la population en France, mais aussi partout dans le monde, est une réalité. On le sait, la richesse mondiale se concentre dans de moins en moins de mains, les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux. Le chômage ne cesse d'augmenter et de plus en plus de gens en sont exclus. 

 

N'est-elle d'abord pas là l'injustice sociale? Plutôt que de comparer les gens et de tenter de les monter les uns contre les autres en suscitant la jalousie et en créant des boucs émissaires, ne faudrait-il pas dire que l'appauvrissement de la population ne constitue pas une fatalité, mais est la résultante du désinvestissement du politique dans l'emploi et les autres ciments de nos sociétés: enseignement, culture, social? 

 

En France, il a été démontré que depuis plusieurs législatives, il y a eu une lente érosion des recettes publiques (taxe, impôts) au profit des classes les plus aisées et au détriment des politiques dites de l'Etat-providence (ici). Le phénomène est identique en Belgique et dans le reste de l'Europe.

 

L'argent public doit servir à tous, y compris à ceux qui se trouvent dans une situation financière difficile, voire précaire. C'est le principe de la sécurité sociale. Le nom est tout de même clair. Sécurité sociale. Un principe de solidarité pour ceux qui sont en danger économiquement. Les riches paient pour les pauvres. Chacun met à hauteur de ses moyens (et de son patrimoine aussi, si on parlait de vraie justice sociale) dans la manne générale pour redistribuer à ceux qui en ont le plus besoin. Les pauvres paient aussi des impôts, les chômeurs également. Ils participent à la Sécurité Sociale.

 

Un autre aspect du tweet de Fillon, c'est évidemment, l'expression à peine voilée, que les chômeurs ne servent à rien, qu'ils sont payés à ne rien faire et qu'ils se complaisent dans cet état. Les chiffres, pour peu que l'on daigne se pencher dessus, démontrent que les chômeurs de longue durée n'existent pas. Par ailleurs, je n'ai encore jamais rencontré un chômeur qui soit content de l'être, qui se satisfait de son "statut" de sans-emploi.

 

Un dernier aspect, le plus important sans doute relatif à la manipulation de ce tweet: le travail. Dans nos sociétés ultra-libérales actuelles, le terme de "travail" est devenu une notion bien imprécise. Je serais bien curieux d'entendre votre réponse à chacun à cette question: qu'est-ce que le travail? Définissez ce mot!

 

Pour moi, le travail est une activité menée par une personne dans un but déterminé. Pour Fillon, pas! Pour Fillon, à lire son tweet, le travail est une activité rémunérée. Or, c'est faux: le travail n'est pas nécessairement rémunéré. Lorsque vous pendez le linge chez vous, êtes-vous rémunéré? Non, ou alors, vous êtes femme de ménage professionnelle.  

 

La manipulation et donc la malhonnêteté de Fillon résident dans cette notion de travail: un chômeur travaille. Il fait le café, il nettoie son logement, il cherche un emploi, il se rend à des rendez-vous à l'embauche, il rédige des CV. Bref, il travaille. La manipulation provient du fait que l'opinion publique est persuadée qu'un chômeur (et un pensionné aussi, mais passons!) n'en fout pas une. Qu'il est inactif, donc fainéant, un boulet, un poids pour la Sécurité Sociale et donc inutile. De l'argent gaspillé. Il coûte cher, alors qu'il y a tant de malheureux qui gagnent peu en travaillant beaucoup, eux. Mais comparer un chômeur soi-disant inactif avec un employé sous-payé est stupide. Les deux n'ont rien à voir. Biaiser le débat de cette façon, c'est manipuler les esprits, c'est déformer le sens du mot travail.

 

C'est le même type de clichés que l'on retrouve à propos des enseignants: ils ont tant de vacances les bienheureux! Qui parmi vous sait ce que préparer des cours et corriger des copies demande comme temps? 

 

Posez-vous la question: cette idée n'est-elle pas répandue dans l'opinion publique? C'est cela qu'il faut combattre, d'autant plus quand cela provient de nos braves élus. C'est honteux de faire des tweets comme un pilier de comptoir alors qu'on a été premier ministre d'un pays de 66 millions d'habitants.

 

Ma réponse à Fieffé Fraudeur, pardon François Fillon est claire. Si j'étais Français, je serais content que mes impôts servent à aider les gens qui n'ont pas d'emploi et sont dans le besoin plutôt que de rétribuer frauduleusement des mandataires politiques et leur famille qui n'en ont absolument pas besoin. Que les hommes/femmes politiques honnêtes me pardonnent. Ils sont victimes d'une réputation, de l'opinion publique.

 

Enfin, si les personnes "qui ne travaillent pas" posent problème à Maître Fillon, qu'il s'attaque réellement à la problématique du chômage plutôt que de baisser la part de l'impôt qu'il revient aux riches de s'acquitter.

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