Publifin ou le système d'enrichissement personnel

Publifin est cette entreprise publique qui a donné son nom au dernier scandale politique wallon qui fait tache d'huile. Il s'agit du nouveau nom de Tecteo, une intercommunale wallonne spécialisée dans la distribution d'électricité et dans les télécommunications. On parle beaucoup d'elle en Belgique en ce moment et pas que positivement.

Publifin est donc ce qu'on appelle une intercommunale, c'est-à-dire une entreprise publique créée par un groupe de communes (municipalités en France) et dont le but est de fournir des services publics d'intérêt général, au niveau communal s'entend. 

Ça, c'est pour la théorie, car pour la pratique, c'est un peu plus compliqué et complexe que ça. Pour comprendre le mode de fonctionnement d'une intercommunale en général et de Publifin en particulier, rien de tel que Wikipédia: ici pour la première,  pour la seconde.

Mon propos se limitera au scandale en cours et à certains de ses développements. Que s'est-il passé?

Tout débute par un article sur  le site de l'hebdomadaire belge "Le Vif", mais surtout par les déclarations qu'un conseiller de la petite commune d'Olne y fait (ici). Ce conseiller communal, Cédric Halin, est également échevin (conseiller municipal en France) des finances CDH (parti centriste chrétien). Il représente sa commune au sein de l'assemblée générale des actionnaires de Publifin, qui a lieu deux fois par an (la commune d'Olne possède 0,07% de Publifin). Il a donc accès à toute une série de documents de Publifin, comme les rapports de réunion, les documents comptables, mais aussi et surtout la liste des émoluments touchés par les administrateurs de Publifin. 

Pour résumer: au fil des réunions auxquelles il assiste, que ce soit aux AG ou ailleurs à Publifin, Halin s'aperçoit qu'il ne s'y passe pas grand-chose, qu'on entérine les décisions sans réel débat ni remise en question et que les administrateurs, pourtant grassement payés (même si ce n'est pas à la hauteur du privé) brillent le plus souvent par leur absence. Et pour cause, la plupart d'entre eux si pas tous cumulent de nombreux mandats politiques. On ne peut pas être partout en même temps.

Halin va plus loin car il subodore du vilain. Il a raison. En fouillant dans les documents internes de Publifin, il constate que les administrateurs de comités de secteur (ceux qui sont compétents en matière d'énergie et de Telecom entre autres) sont payés de vrais salaires plutôt que par "jetons de présence". En outre, les réunions de ces comités de secteur s'apparentent à de simples réunions d'information sans réel pouvoir décisionnaire. 

Après quelques calculs, Halin conclut que les membres de ces comités touchent entre 66 et 503 Euros par minute de présence, pour pas grand-chose de productif si ce n'est écouter des spécialistes du marché de l'énergie et des Telecom et pour regarder des présentations Power Point. Pour un total de 2.336.000 Euros

On pourrait dire: "Quelle histoire pour à peine plus de 2 millions d'Euros!" De fait, la somme peut paraître dérisoire. C'est oublier pourtant qu'il s'agit ici d'une intercommunale compétente pour une partie de la Wallonie. On parle de quelques réunions pour quelques personnes sur une courte période (3 ans, moins d'une législature communale). Halin lui est très clair: "Mon sentiment est que ces réunions sont une sorte d'activité occupationnelle pour mandataires publics dont l'unique objectif est de justifier les rémunérations qui leur sont versées.

Et donc, même si le montant peut paraître dérisoire, les conséquences sont importantes, à commencer par des démissions en cascade (plusieurs membres de ces comités) et par de grosses déclarations tapageuses et mises en cause. Un politologue parle de système mafieux, Laurette Onkelinx (parlementaire PS) appelle à la démission de Stéphane Moreau, administrateur-délégué de Nethys, filiale de Publifin, qui toucherait quasiment 1 million d'Euros de salaire annuel brut. 

Bref, le système des intercommunales est mis sur la sellette. Car c'est bien de cela dont il s'agit: un système. Une fois de plus, l'argent public est détourné de sa finalité première, et sert de prétexte à de "petits arrangements entre amis". Trois partis politiques et non des moindres détiennent l'écrasante majorité des communes en Wallonie et semblent bien s'entendre pour que leurs mandataires en bénéficient au maximum. Pour un retour et une utilité bien hypothétiques pour la population. Le PS, le MR (équivalent du LR en France) et le CDH vont-ils continuer à entretenir ce système inacceptable?

Ce qui gangrène l'économie de notre pays et de la Wallonie sont en gros la dette et le chômage. Il semble pourtant qu'il y ait de l'emploi et de l'argent pour les mandataires de Publifin. Claude Emonts (PS) exerçait 22 mandats politiques au moment des faits décrits sur Publifin, dont 10 rémunérés. C'est un exemple parmi tant d'autres. Stéphane Moreau détenait 8 mandats rémunérés en 2015 et non des moindres (ici), au mépris parfois des conflits de compétence. Certains chômeurs doivent eux continuellement se justifier pour gagner moins de mille euros par mois. Avec la menace constante de perdre leurs allocations. Elle est où la justice sociale dont certains politicards PS parlent dans leur discours lénifiants?

En parlant de PS, évoquons le fameux Stéphane Moreau, le Cahuzac belge: bourgmestre (maire en France) PS d'Ans, il est aussi et surtout le patron d'un véritable empire financier occulte (il détient notamment un fonds de pension spéculatif), mais est poursuivi pour "détournement" et "escroquerie", comme l'a montré le magazine belge Médor, l'équivalent du "Canard enchaîné".

Ne clamons pas "tous pourris" sur tous les toits, j'ai dit et répète que la classe politique comprend des gens biens, comme il y a des banquiers honnêtes et des médecins compétents. Toutefois, il est grand temps de mettre de l'ordre dans les écuries d'Augias. Et surtout de donner sa chance aux partis qui ne rentrent pas dans le jeu malsain du cumul des mandats et de l'utilisation légère (pour ne pas dire frauduleuse) des biens publics. Je crois profondément que, à défaut d'instaurer le suffrage par désignation (les élus tirés au sort), qui est hypothétique, les partis PS, MR et CDH ont bien besoin d'une cure d'opposition et d'une claque lors des prochaines élections, pour le bien de la politique belge. Pour le bien de ce pays. On ne peut plus continuer à voter par réflexe ou intérêt quelconque et propre, pour des partis qui cautionnent en coulisses les déviances de la particratie. 

C'est pourquoi, il est temps de voter pour des partis qui:

1) n'ont pas été impliqués dans des scandales politiques ou financiers;
2) ne permettent pas le cumul des mandats;
3) n'ont pas encore été au pouvoir ou plus depuis longtemps;
4) défendent des idées démocratiques, sociales, équitables, égalitaires et humaines;

5) ne se réclament pas d'une idéologie dominante.

 

Sans vouloir faire dans le prosélytisme, je pense que le parti Ecolo (les Verts) correspond à ces critères. Ne votez pas à la tête du client: Stéphane Moreau a peut-être une bonne bouille, mais c'est un ennemi de la population. Votez pour les gens au-dessus de tout soupçon et qui ont vraiment l'intention d'utiliser vos impôts à bon escient. Pas à se rémunérer ou à s'enrichir personnellement avant de penser aux autres. Bref, à ceux qui ont la vraie vocation politique.

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