Maroc: un poète enchaîné. La poésie est-elle un délit?

 

            Moi, Younes Benkhdim , poète et militant du Mouvement du 20 Février , déclare officiellement aux instances publiques nationales et internationales , que j'ai commencé une grève de la faim le mardi 4 septembre 2012.

Mes exigences sont les suivantes :

- la libération de tous les prisonniers d'opinion , au premier rang desquels les militants du Mouvement du 20 Février ;

- l'annulation de poursuites judiciaires contre les prisonniers d'opinion;

- l'ouverture d'une enquête judiciaire sur la torture à laquelle ces militants ont été soumis et la mise en œuvre des actions en justice contre leurs tortionnaires .

Je suis fier et honoré, derrière ces barreaux d'une prison , à payer le prix exigé par la liberté . Et je considère que la série d' intimidations , enlèvements, tortures , fabriqués procès politiques et des incarcérations ne sont que la preuve de la légitimité des objectifs du Mouvement du 20 Février que nous essayons d'atteindre par des protestations non - violentes et civilisées .

La dignité ou la mort.

Younes Benkhdim Prison locale d' Oukacha , quartier 7 , Cellule 8.

 

            Younes Benkhdim surnommé le poète du peuple,  arrêté le 30 mars 2012   alors qu’il participait à un sit-in de soutien au rappeur Lhaqed incarcéré à 2 reprises, sera  condamné en appel  à 10 mois de prison ferme après avoir végété plusieurs mois en prison. En réponse  aux pratiques inhumaines en prison et face au mépris affiché sur ses revendications, il a entamé une grève de la faim illimitée depuis le 4 septembre 2012 suivie d'une grève de la soif qu'il vient d'interrompre en attendant que ses revendications soient prises en considération. Il a perdu près de 10kg en 15 jours .

            La situation des droits humains au Maroc est préoccupante. Depuis les manifestations pacifiques le 20 février 2011 qui ont vu descendre dans la rue  des jeunes et moins jeunes pour revendiquer : Liberté-Justice et Dignité comme un peu partout dans le pourtour méditerranéen, des étudiants, des lycéens, des salariés, des retraités... sont arrêtés molestés et détruits  alors qu'ils ne réclament que l'amélioration de leurs conditions de vie.

            La répression contre les manifestants est ciblée : brutalités policières,, arrestations arbitraires,tortures et abus de pouvoir . Les militants croupissent pendant des mois en prison avant d'être jugés au cours de procès iniques où sont présentées de prétendues preuves d’agressions commises contre des policiers, obtenues sous la torture. Les femmes sont prises pour cible pendant les manifestations, dans la rue ou en prison.

            Le  rapporteur spécial sur la torture auprès de l’ONU, Juan Mendez, accompagné de deux traducteurs et d’un médecin légiste mentionne des détails effrayants de torture au Maroc : bastonnades, «  viol à la bouteille », arrachement des dents ou des ongles, supplice de la baignoire...Les cas les plus terribles de barbarie ont été rapportés par les prisonniers de Tiflet et de Salé.

            Le 25 juillet à l'audience d'activistes du mouvement du 20 février les détenus, selon HRW (Human Rights Watch), avaient des blessures apparentes et des vêtements tâchés de sang.

            Les conditions de détention sont inhumaines : 8 personnes ( prisonniers politiques et de droit commun confondus) dans des cellules de 4m2. Certains d'entre eux dorment à même le sol. Les médecins mettent une semaine avant d'ausculter un malade qui ne peut avoir de médicaments qu'après une quinzaine de jours.

            Face à cette répression  à répétition et à la détérioration des conditions de détention qui amènent des jeunes à se laisser mourir, les signataires de cette pétition  en solidarité avec toutes les victimes , attachés aux principes de globalité et d'universalité des droits humains interpellent le gouvernement marocain pour libérer tous ces détenus d'opinion et lancent un appel à la solidarité et la mobilisation des opinions nationale et internationale pour que le Maroc ne retourne pas aux années de plomb.

 

SIGNATAIRES :

-       ABDELMOUMNI FOUAD  , défenseur des droits humains-MAROC

-       AFARKI Mohamed, bibliothécaire et ancien détenu d'opinion- MAROC

-       BEN BARKA Bachir , universitaire - FRANCE

-       BENKIRANE  Younes, informaticien et ancien journaliste- FRANCE

-       BERRADA-BOUSTA Hayat, formatrice et militante des droits humains,  ancienne exilée politique marocaine- FRANCE

-       CHRAÏBI Aboubakr, universitaire  et chercheur- FRANCE

-       DE BARRY Antoine, artiste peintre - FRANCE

-       GALLISSOT René , historien  et écrivain- FRANCE

-       JAMAÏ  Abderrahim,  bâtonnier, président de l'Observatoire Marocain des Prisons- MAROC

-       LAÂBI Abdeltif , écrivain et poète-MAROC

-       MAANINOU Larbi ,  professeur et militant des droits humains- FRANCE

-       NASRAOUI  Radhia, avocate et présidente de l'OCTT (Organisation contre la torture en Tunisie)-TUNISIE

-       PRADIER Jean Robert ,  médecin, membre du Syndicat de la Médecine Générale, militant des Droits humains et  des  solidarités internationales- FRANCE

-       RAFIQ - BESKI Chahla, sociologue et écrivaine,exilée politique d'origine iranienne- FRANCE

-       ROLLINDE Marguerite, chercheuse  universitaire- FRANCE

Merci de bien vouloir adresser désormais vos signatures en utilisant le lien du site indiqué ci-dessous:

http://www.petitionenligne.fr/petition/maroc-un-poete-enchaine-la-poesie-est-elle-un-delit/3084#signnow

 

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