Manu, t'as gagné

Et ouais, t’as gagné. J’ai écrit ce billet avant même les résultats, par anticipation, comme une rubrique nécrologique. Enfin, disons que tu n’as pas perdu, contrairement à beaucoup d’autres. Tu n’es pas un mauvais gars dans le fond, et je serais même tenté de penser que tu as du sang neuf et une vision de la politique plus en phase avec notre époque.

Seulement, tu traînes avec toi des idées (sur l’économie, le travail) qui étaient jeunes dans les années 80 et qui ont montré à quel point elles ne marchaient pas. Tu vois du mieux toi, socialement, sur les 20 ou 30 dernières années ? La situation se dégrade, et on met ça sur le compte de l’économie, je dirais plus que c’est le « modèle économique » le responsable. Bref, les mouvements d’argent sont la cause de la situation actuelle, leur dérégulation en particulier, et l’idée serait de laisser faire. Et puis quoi ? On espère que ça se remet droit tout seul ? Tu penses que plus les riches seront riches, moins les pauvres seront pauvres ? Non, la porosité entre les deux univers est plus que minime, elle est l’exception.

Bref, te voilà Président. Le Président de la République n’est pas un chef d’Entreprise, j’espère que tu en as bien conscience. Il ne s’agit pas de parler de « lignes de crédits », mais de situations sociales, professionnelles, humanitaires.  Tu as un rôle éminemment plus important que de « réduire les déficits », tu dois garantir une cohésion, maintenir un pays uni. Alors arrête de nous seriner avec des discours de « y’a plus d’argent », « l’Etat ne peut pas tout », et réalise un peu que tous ces milliards dont on parle ne sont pas que des chiffres mais aussi des gens.

Je ne crois pas en ta vision politique. Je ne vais pas dire que je crois en toi. Mais je suis sûr que t’es un gars intelligent (tu ne serais pas là sinon, aussi vite, avec si peu d’appuis politiques). Alors je me dis que peut-être tu vas donner un bon coup de pied dans notre système politique gangréné avec au bout du compte, peut-être, de nouvelles têtes. N’oublie pas : tu n’as le soutien que d’une petite partie des Français, mais tu as dans les mains beaucoup plus que des bulletins de votes.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.