Lafayette Anticipations : une fondation pour les arts à deux pas de Beaubourg

Lafayette Anticipations est le nom donné à l'espace de la fondation Galeries Lafayette situé à deux pas du Centre Pompidou. Cet endroit joue la carte du prestige en mettant à l'honneur des productions renommées. Voilà une belle nouveauté qui ne fait que renforcer le rôle majeur joué par le Marais dans la vie culturelle parisienne.

Les Galeries Lafayette ont emboîté le pas à un certain nombre de firmes du luxe en France en créant une fondation dédiée à l'art. La Fondation Cartier avait ouvert en 1993 sur le boulevard Raspail un espace où l'enveloppe de Jean Nouvel marquait le paysage. Louis Vuitton s'est installé plus récemment en bordure du bois de Boulogne tandis que la Fondation Pinault ouvre prochainement dans l'ancienne bourse du commerce à proximité des Halles...et Cartier annexe l'ancien Louvre des Antiquaires rue de Rivoli pour y développer des espaces d'exposition supplémentaires d'ici 2024. 

Situé juste derrière Beaubourg, le bâtiment de le rue du Plâtre dans lequel se trouve Lafayette Anticipations présente un caractère industriel datant du XIXe siècle. Il a été réhabilité par la star néerlandaise Rem Koolhaas. La scénographie induite par l'édifice joue un rôle dans l'offre culturelle de l'institution car son plan en U est largement utilisé pour créer certains effets : perspective ou encore recul idéal par rapport aux œuvres pour procéder à une contemplation optimale. Au-delà de ces considérations académiques liées au parcours muséographique, c'est surtout dans l'objet des expositions, leur contenu esthétique et intellectuel, et dans la façon dont les créations créent de l'interaction avec le public que réside la singularité de Lafayette Anticipations.

C'est à travers l'exposition "Révolution" de l'artiste britannique basé à Berlin Simon Fujiwara qui s'est terminée le 6 janvier, que l'on peut faire ce constat sur l'aspect singulier des expositions. C'est la qualité des œuvres qui l'emporte sur la quantité avec un message fort et subversif qui dénonce la société de consommation, de l'image tout en produisant des œuvres qui sont des objets de consommation. Le marketing est ainsi dénoncée à travers des objets usuels, de l'art modeste façon Di Rossa. On trouve pèle mêle de la poudre utilisée par Angela Merkel, des accessoires de cuisine, un souvenir de l'aéroport de Tel Aviv qui n'est autre qu'un char d'assaut à colorier, des jeux et jouets liés à la boutique de la maison d'Ann Franck. Concernant cette dernière, une poupée de cire trône au dernier étage sur une mezzanine inaccessible. Deux écrans localisés à côté de ce mannequin montrent une performance. Des caméras portées par des robots, imitant le bras et la main d'Anne Franck en train de rédiger son journal, filment la scène. Le but est de montrer la robotisation et la manipulation de l'image utilisées pour divers desseins. Le rez-de-chaussée, gratuit, abrite quant à lui un système immersif à sensations fortes qui n'a rien à envier à ce que proposent les centres spécialisés en univers virtuels. Il s'agit là d'une introduction ou d'une conclusion ludique pour une exposition originale. On regrettera toutefois le fait que pour l'instant, les jeunes artistes non reconnus par leurs paires, ne soient pas à l'affiche. Fujiwara reste en effet un créateur largement identifié sur la scène mondiale. Donner sa chance à ceux qui n'ont pas encore reçu les éloges méritées aurait une vocation sociale. Si l'interaction est au rendez-vous avec certains productions, il n'y a pas non plus un côté actif très poussé à l'image de ce que propose le MAIF Social Club. Mais les Galeries Lafayette restent une marque de luxe. Sa fondation a logiquement vocation à assumer cette image de prestige avec des artistes de renom sans rechercher par ailleurs un volet social ou collaboratif fort. 

Lafayette Anticipations programme en sus des expositions quantité de festivals liés à la musique, des performances et toute une profusion d'animations créatives d'avant-garde. Le café-restaurant fait de surcroît figure de lieu de convivialité. Il est vrai qu'on se sent bien ici et qu'on a hâte d'y retourner...

 

 

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