Le musée d'Israël à Jérusalem : un musée universel calqué sur les modèles européens

Le plus grand musée de l'Etat d'Israël trône sur une colline dominant la ville sainte de Jérusalem. Composé de plusieurs bâtiments entourés de jardins féériques, ce lieu offre des collections à caractère universaliste mais aussi des collections ethnographiques remarquables.

Il faudra prendre un taxi pour aller jusqu'au musée d'Israël car le tramway de Jérusalem ne pousse pas encore jusqu'à la colline qui abrite également la Knesset, l'assemblée nationale israélienne. Le musée mérite toutefois un tel effort. Il s'agit du plus vaste établissement muséal israélien. A travers son nom, le musée laisse entrevoir une vision nationaliste forte. Or, si un certain point de vue israélien sur le monde n'est certes pas totalement absent, l'institution verse plutôt dans une sorte d'universalisme à l'occidentale que l'on retrouve dans des établissements prestigieux comme le Louvre. 

La visite débute par la découverte des magnifiques jardins où des œuvres d'art s'épanouissent au milieu de chefs d'œuvres tout aussi splendides bâtis par des paysagistes inspirés. Oliviers, pins, chênes verts s'épanouissent au sein de cet Eden qui rappelle les paysages peints par les artistes de la Renaissance pour illustrer des scènes bibliques. C'est dans cet écrin que surgit la coupole blanche du dôme sanctuaire du livre. Ce lieu abrite des manuscrits de la mer morte en Araméen et en Hébreu découverts en Cisjordanie sur le site de Qumran. L'architecture reflète à merveille le caractère sacré de ces textes. A l'extérieure, une maquette de Jérusalem au temps du Second temple, peu avant sa destruction en 70 après Jésus-Christ, trône au sommet de la colline. 

Les collections proposées dans les bâtiments sont extrêmement vastes. Les antiquités y occupent une place de choix avec un hiatus sur les peuples du Proche-Orient où les Hébreux occupent une place de choix. Les vestiges égyptiens, grecs, romains ont également droit à un traitement abondant. On trouve également une modeste section d'art islamique mais qui concerne plutôt la Perse et le monde turc que la culture islamique autochtone. Les Palestiniens sont bien entendu les grands absents de ce décor. Les arts décoratifs, la peinture européenne de la période médiévale jusqu'à l'ère moderne ainsi que l'art contemporain sont également présentés. Le musée foisonne d'œuvres de grand qualité. On trouve également une section sur l'art précolombien qui fait écho au caractère universaliste de l'institution. 

La partie la plus singulière de ce lieu significatif reste toutefois le département dédié à l'ethnographie juive. Tous les peuples de religion juive sont ainsi abordés à travers des bijoux, des costumes et des rituels parfois mis à l'honneur par des audiovisuels. Le monde arabe est ici très présent avec le Maghreb, Maroc en tête, où l'on découvre des photos de femmes berbères de Kalaat M'Gouna. L'actuelle Algérie, la Tunisie, le Yémen, l'Irak, l'Egypte font l'objet de discours largement documentés. Les juifs d'Europe de l'Est bénéficient à leur tour d'une introspection approfondie et très qualitative. Des reconstitutions de synagogues, en particulier celle de Cochin en Inde, montrent la dimension mondiale de la religion juive. Ce département est très abouti et même passionnant pour qui s'intéresse aux hybridations culturelles que le Judaïsme a engendré à travers le monde. 

Des expositions temporaires sont régulièrement organisées. En décembre 2018, on trouvait une intéressante rétrospective sur le travail de Freud, une collection de manuscrits relatant la pensée de l'intellectuel arabo-andalou juif Maïmonide ainsi qu'une série de collections liées à la mode et au design. 

Une dernière promenade au milieu des cyprès qui se dressent droit comme des I permet d'atteindre à nouveau l'entrée principale du musée qui comprend une boutique de souvenirs pas des plus heureuse. Le musée d'Israël vaut sinon le détour pour qui souhaite visiter Jérusalem. 

 

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