Le Palestinian Museum : de la culture en Cisjordanie

Le Palestinian Museum ou Musée National Palestinien a ouvert ses portes voilà peu de temps dans la ville de Bir Zeit qui abrite la fameuse université éponyme. Il apparaît comme un projet novateur dans un paysage culturel et muséal cisjordanien modeste mais affiche de grandes ambitions, à l'image de son architecture.

Le Palestinian Museum est né de la volonté de la Fondation Taawon de travailler sur la Nakba, l'exil palestinien ayant débuté en 1948. Inauguré au printemps 2016, il arbore un cadre qui n'a rien à envier aux édifices les plus ambitieux en matière d'architecture. Dessiné par le groupement irlandais Heneghan Peng, le bâtiment est le premier du genre en Cisjordanie à répondre aux normes environnementales les plus strictes. Le bâtiment arbore la forme d'un vaste vaisseau blanc habillé de larges baies vitrées campant sur une colline plantée d'oliviers. D'une superficie totale de 3500 m², le musée comprend une cafétéria, une boutique, une salle de conférence ainsi que des réserves. Un amphithéâtre en plein air de belle dimension se déploie à proximité d'une des entrées principales. Un jardin méditerranéen dévale ensuite en terrasses un promontoire permettant d'admirer au loin la mer. Ce lieu paradisiaque ferait presque oublier le temps d'une contemplation ou d'une promenade les difficultés et les souffrances que les Palestiniens vivent au quotidien.

Le contenu du musée repose sur des expositions temporaires. L'absence d'exposition permanente continue par ailleurs d'alimenter les débats et les critiques à l'égard de l'institution. L'exposition s'étalant entre 2018 et 2019 a trait aux broderies palestiniennes, un savoir traditionnel spécifique de cette région. On découvre ainsi de superbes robes et des habits traditionnels masculins utilisés lors des mariages, des funérailles ou des fêtes. Les modèles et les détails varient selon les régions de l'ex Palestine et les religions de celles et ceux qui les portraient. Les modèles juifs d'avant 47 ne sont pas passés sous silence tandis que les typologies chrétiennes et musulmanes sont largement exposées. Des vidéos complètent ces très riches collections. Elles mettent en perspective anthropologique les vêtements. Des entretiens avec celles qui ont réalisé ces broderies et la façon dont elles donnent vie à cet art complètent cette médiation audiovisuelle. 

A noter qu'en plus des expositions, un programme numérique d'envergure consiste à numériser des archives liées à la diaspora palestinienne. Cette collecte d'archives est réalisée au niveau mondial tant la diaspora est présente sur plusieurs continents. Des activités hors les murs sont en outre régulièrement programmées. 

Une rencontre avec l'équipe parfaitement bilingue Anglais/Arabe a permis de mesurer l'extrême motivation et le professionnalisme de ces personnes souvent jeunes et qui ont effectué une part de leurs parcours à Londres ou New York. Les discussions avec ces personnes peuvent être considérées comme une divine surprise et un réel espoir malgré un contexte difficile, tant leur enthousiasme, leur ambition et leur envie de faire de ce musée un lieu d'excellence est palpable. Si le musée s'adresse en priorité aux jeunes générations encore présentes en Cisjordanie grâce à de nombreux ateliers, les quelques visiteurs étrangers seront accueillis à bras ouverts. 

Les jardins concluent le parcours muséographique. Une carte spécialement créée pour y guider le visiteur permet de se familiariser avec les diverses essences. Cet endroit est une œuvre d'art à lui tout seul. Il sollicite tel un enchantement tous les sens. Les arbres et les fleurs côtoient des créations contemporaines de type Land Art fortes en symboles politiques. On ne manquera pas de se remémorer dans ce décor les poèmes de Mahmoud Darwich. 

Pour tous ceux qui auraient l'occasion de venir en Cisjordanie, une visite dans ce lieu laisse un souvenir mémorable incarné à merveille par la beauté inoubliable du site. 

 

 

 

 

 

 

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