La classe ouvrière a-t-elle disparu ?

paru dans Révolution n°24, page 16

On ne compte plus les livres et les articles qui ont été publiés, ces dernières décennies, pour démontrer que « la classe ouvrière a disparu ». Cette thèse n’est pas innocente : avec la classe ouvrière disparaît aussi la perspective d’une révolution socialiste dirigée par cette même classe. Conclusion : le capitalisme a de beaux jours devant lui !
Heureusement pour nous, c’est faux. Qu’est-ce que les marxistes entendent par « classe ouvrière » ? Engels l’explique dès la première page du Manifeste du Parti Communiste, dans une note : « On entend par prolétariat la classe des ouvriers salariés modernes qui, privés de leurs propres moyens de production, sont obligés, pour subsister, de vendre leur force de travail. »
Ainsi, le « prolétariat », le « salariat » et la « classe ouvrière » désignent une seule et même classe, composée de tous ceux qui tirent leurs moyens de subsistance (leur salaire) de la vente de leur force de travail. A qui la vendent-ils ? Au patronat qui, lui, possède les moyens de production.
La « classe ouvrière », ce n’est donc pas uniquement l’ouvrier en bleu de travail. C’est aussi bien le chauffeur de bus, la caissière, le fonctionnaire, l’informaticien... Ainsi définie, non seulement la classe ouvrière n’a pas disparu, mais elle constitue l’écrasante majorité de la population active : en France, 90 %. Le pourcentage est à peu près le même dans tous les pays capitalistes avancés.
Le développement du capitalisme a constamment renforcé le poids numérique de la classe ouvrière, y compris dans les pays du tiers-monde. C'est une conséquence des lois de l’économie capitaliste : la concentration du capital n’a cessé d’éliminer les petits propriétaires – les petits paysans, artisans, etc. – qui sont « tombés » dans le salariat. En 1936, la moitié de la population vivait encore de l’agriculture, contre 5 % aujourd’hui.
On nous répondra : « la classe ouvrière n’est pas homogène. Il y a des salariés relativement riches ! » Il est vrai que les salariés les mieux payés (les cadres supérieurs, par exemple) ont tendance à s’identifier aux intérêts de leur patron. Mais ils forment une toute petite minorité du salariat. Il y a une grande homogénéité des conditions de vie de la massedes salariés. Or ce sont les masses qui font l’histoire – pas les marges.
Enfin et surtout, la classe ouvrière assure l’essentiel des fonctions économiques et administratives de la société. Pas une lumière ne brille et pas une roue ne tourne sans sa permission. Son pouvoir potentiel est donc énorme. Simplement, elle n’a pas toujours conscience de ce pouvoir. Elle ne parvient à la plus haute conscience de ses propres forces que lors de crises révolutionnaires – comme en Mai 68, par exemple.

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