Venezuela: crise & réaction, il faut une nouvelle direction révolutionnaire

Comment sortir de l'impasse et sauver ce qui reste de la révolution bolivarienne? [paru dans Révolution n°24, page 12]

Stéven C.
Paris

La situation s’aggrave au Venezuela. L’Assemblée Nationale Constituante élue en juillet 2017 n’a rien changé au quotidien des masses. La désillusion envers le gouvernement se renforce dans les rangs de la classe ouvrière et des masses pauvres. Une opposition de gauche chaviste se développe.

Effondrement économique

L’économie vénézuélienne est en chute libre. Le PIB a reculé de 3,9 % en 2014, de 6,2 % en 2015, de 16,5 % en 2016 et de 9,5 % en 2017, soit une contraction d’un tiers depuis 2014. La cause principale de cette récession est la chute des cours du pétrole. Le prix du baril est tombé de 100 dollars en 2013 à 35 dollars en 2016. Dans le même temps, la production de pétrole vénézuélien est passée de 2,8 millions de barils par jour, en 2014, à 1,6 million en décembre 2017. Cette baisse de la production est due au manque d’investissements dans la maintenance et le renouvellement des équipements, ainsi qu’au sabotage et à la corruption.
Dans un pays qui tire 96 % de ses devises étrangères des revenus pétroliers, cette situation a des conséquences très graves sur les finances publiques et les importations – notamment les importations de nourriture et d’autres biens de première nécessité. Les réserves de devises étrangères sont tombées de 30 milliards de dollars en 2012 à moins de 10 milliards en janvier 2018. Le montant global des importations était de 57 milliards de dollars en 2013, contre à peine 16 milliards en 2016. Les prix des produits de première nécessité ont flambé. Le kilo de farine de maïs est passé de 15 000 bolivars en octobre 2017 à plus de 60 000 bolivars en janvier 2018. Le kilo de viande est passé de 26 000 bolivars en septembre 2017 à 280 000 bolivars en janvier 2018.
Ce contexte économique alimente le marché noir, le clientélisme et la corruption chez les capitalistes, les hauts fonctionnaires et les officiers militaires qui travaillent dans l’appareil d’Etat et les entreprises publiques. Ces pratiques sont insupportables pour la population, qui souffre de sévères pénuries. Des manifestations et des pillages ont eu lieu dans tout le pays entre décembre 2017 et janvier 2018, y compris dans les régions ouvrières chavistes.

Bureaucratisme

A plusieurs reprises, en 2017, l’opposition de droite a tenté de violemment renverser le gouvernement Maduro. Mais les travailleurs et les pauvres y ont fait obstacle ; ils ne veulent pas que la droite revienne au pouvoir. C’est pour cela que le PSUV – le parti au pouvoir – a largement remporté les élections régionales d’octobre 2017. Mais il serait erroné d’interpréter ces victoires électorales comme un soutien enthousiaste au gouvernement. L’impuissance de Maduro – qui cherche un impossible compromis avec les capitalistes – suscite beaucoup de mécontentement, y compris chez les militants chavistes.
Cela s’est concrétisé par la présentation de listes chavistes alternatives (de gauche) aux listes officielles du PSUV, lors des élections municipales de décembre 2017. La bureaucratie du PSUV a eu recours à des méthodes clientélistes et non démocratiques pour écarter ces listes d’opposition de gauche. Ces méthodes ont indigné les militants révolutionnaires.
Le gouvernement a programmé des élections présidentielles pour le 20 mai prochain. Maduro et la bureaucratie du PSUV tablent sur une victoire – non pour approfondir la révolution et vaincre la bourgeoisie, mais pour rester au pouvoir et continuer de « négocier » avec celle-ci.

L’impasse ultra-gauchiste

Selon certains militants d’extrême gauche, le gouvernement et l’opposition de droite seraient comparables. En conséquence, ils appellent simplement à voter contre Maduro. Cela mène de factodans le camp de l’opposition réactionnaire. Les travailleurs sont plus lucides ; bien que déçus par le gouvernement, ils savent que derrière l’opposition de droite se trouvent toutes les forces contre-révolutionnaires : les banquiers, les grands propriétaires terriens, les capitalistes et l’impérialisme américain. Le retour de la droite au pouvoir serait une catastrophe pour les travailleurs et les pauvres. Elle détruirait tout ce qui reste des acquis de la Révolution bolivarienne. Et la bourgeoisie se vengerait contre les meilleurs militants du mouvement ouvrier vénézuélien.

Pas d’illusions dans Maduro

Notre premier devoir est de combattre l’ennemi principal : l’opposition contre-révolutionnaire et ses soutiens impérialistes. Mais dans le même temps, on ne peut semer aucune illusion quant à la capacité du gouvernement Maduro à mener cette lutte.
Les marxistes doivent expliquer patiemment aux jeunes et aux travailleurs que Maduro ne réglera pas les problèmes – qu’il a lui-même contribué à créer. Il faut expliquer la nécessité de construire une nouvelle direction révolutionnaire, dotée d’une stratégie capable de vaincre la réaction et de faire avancer la révolution jusqu’au socialisme. Une telle direction pourra se baser sur ce qu’il y avait d’authentiquement révolutionnaire dans les idées et l’action de Chavez. C’est le seul moyend’en finir avec la crise économique et de sauver la révolution bolivarienne.

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