Le régime chinois: un «facteur de progrès»?

En réaction à notre article sur la situation en Chine, dans le n°22 de Révolution, un lecteur nous écrit:
"Contrairement à ce que vous affirmez, la Chine n’est pas un pays impérialiste, car sinon il ne défendrait pas les Etats aux mains de bourgeoisies nationales anti-impérialistes comme la Syrie, l’Iran, le Pakistan ou la Russie. Pour le moment tout au moins, la Chine reste un facteur de progrès, dans le monde, face à l’impérialisme yankee."

Notre réponse:

Notre caractérisation du régime chinois – comme impérialiste – repose sur une définition scientifique, marxiste, de ce terme. Au cours des dernières décennies, le capitalisme a été graduellement restauré en Chine. Et désormais, celleci exporte massivement non seulement des marchandises, mais aussi du capital, et développe des «zones d’influence» à travers le monde. Autant de choses qui caractérisent l’impérialisme.
Ce faisant, la Chine entre en conflit avec l’impérialisme américain (entre autres). Il s’agit donc d’un antagonisme entre deux impérialismes. Bien sûr, l’impérialisme américain est, de loin, le plus puissant; c’est la force la plus réactionnaire au monde. Pour autant, cela ne fait pas du régime chinois un «facteur de progrès dans le monde».
Par ailleurs, il n’existe pas de «bourgeoisie nationale anti-impérialiste»; c’est une vieille fiction stalinienne. Le régime de Poutine représente les intérêts de l’oligarchie capitaliste russe. Il est d’ailleurs impérialiste, lui aussi. Quant aux bourgeoisies syriennes et iraniennes, leur rhétorique «anti-impérialiste» vise à tromper leur peuple et, ainsi, à consolider leur pouvoir dictatorial. Et si la Chine «défend» ces régimes face aux Etats-Unis, c’est uniquement pour avancer ses propres pions.
Dans le cas du Pakistan, c’est flagrant: la grande bourgeoisie chinoise y joue un rôle de plus en plus important. Par exemple, le régime chinois fait passer dans ce pays une nouvelle et pharaonique «route de la soie». Ce nouvel axe économique (et donc politique) pourrait aussi passer par l’Iran et la Russie. Bref, les rapports économiques et politiques que la Chine développe, dans cette région du monde, n’ont rien d’une lutte «progressiste» contre l’impérialisme américain.

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