« Destin Français » de ZEMMOUR : le livre le plus antisémite de la Vème République ?

Le dernier livre d'Éric ZEMMOUR contient tous les poncifs antisémites les plus éculés.

« Destin Français » d’Éric ZEMMOUR : le livre le plus antisémite de la Vème République ?

Il est étonnant de constater que tous les commentaires relatifs au livre « Destin français » d’Éric ZEMMOUR omette d’évoquer le caractère profondément anti-juif de son ouvrage.

 

Le « parti de l’étranger », « vrai vainqueur de Napoléon »

Le premier poncif antisémite consiste à présenter les juifs comme le « parti de l’étranger », c’est-à-dire des traîtres à la nation. Dès le chapitre intitulé Rothschild « Vous êtes juif, Jacob ? », Éric ZEMMOUR écrit que les Rothschild « sont doublement le « parti de l’étranger », celui qui a financé les guerres de nos ennemis contre l’Empereur et celui qui empêche l’économie nationale de rattraper son retard. »

Il n’hésite pas à présenter tous les juifs comme le « parti de l’étranger » puisqu’il précise que tous « les juifs, qu’ils soient riches ou pauvres, se soumettent bon gré, mal gré, à ce « judaïsme des notables » » car « James {de Rothschild}, comme ses frères dans toute l’Europe, n’ayant jamais accepté de relâcher sa mainmise ostensible sur la « communauté » ».

Éric ZEMMOUR loue la grande Armée d’avoir partout ouvert à travers l’Europe les ghettos pour transformer les juifs « en « citoyens » ». Il met des guillemets à « citoyens » car pour Éric ZEMMOUR, « les Rothschild ont édifié un système d’une remarquable efficacité » pour demeurer « en contact étroit et constant avec toutes les communautés juives du continent », et ainsi maintenir ce qu’il qualifie de « solidarité religieuse et « tribale » » et donc transnationale, au détriment bien évidemment de la solidarité nationale.

En effet, dans la partie intitulé « Le vrai vainqueur de Napoléon », il écrit que « la fratrie de Francfort {la famille Rothschild} a fait sa fortune en soutenant la lutte contre Napoléon. L’empereur avait tout pour leur déplaire : il refusait tout endettement et méprisait les fournisseurs de guerre. ». Pour Éric Zemmour, qui adule l’Empereur et confie avoir versé une larme sur le site de la Bérézina, ce ne sont pas le Tsar de toutes les Russie, dont les cosaques ont repoussé la grande armée de la Bérézina jusqu’à Paris, ni Wellington à Waterloo, ou Metternich, qui ont vaincu l’Empereur, ce sont les juifs de la famille de Rothschild, qualifié de « « vrais » vainqueurs de l’Empereur » par le Disraeli, Premier ministre juif de la Reine Victoria.

La traitrise de James de Rothschild, qu’il qualifie d’ « œil de Londres », ne s’arrête pas là. Éric ZEMMOUR rajoute : « On murmure qu’il a lâché Charles X quand celui-ci a irrité l’Angleterre en s’emparant de l’Algérie. » Ce juif qui a vaincu Napoléon – excusez du peu - serait donc également à l’origine de la révolution de 1830, et de l’accession au pouvoir du traître Louis- Philippe, Éric ZEMMOUR rappelant que Louis-Philippe avait écrit en 1808 « Je suis anglais d’abord et par besoin ». En 1840, c’est à nouveau Rothschild qui « intrigue » pour qu’Adolphe THIERS, Président du Conseil s’opposant à la Prusse, soit « renvoyé comme un domestique ». Toujours ce « parti de l’étranger », cette fois-ci au service non pas de Londres mais de Berlin.

 

« La banque juive contre la banque catholique » pour empêcher « l’économie nationale de rattraper son retard »

Ce « parti de l’étranger » a visé à affaiblir la France en empêchant « l’économie nationale de rattraper son retard ». Et d’écrire, dans la partie intitulé « La banque contre la France », comprendre « La banque juive contre la France » : « la présence de son fils Alphonse {de Rothschild} à la Banque de France prouve que la famille Rothschild va bel et bien poursuivre de l’intérieur son combat contre l’établissement d’un crédit d’État solide ».

Et de rappeler qu’ « en 1882, la faillite de l’Union générale, qui ruine des milliers d’épargnants modestes, sera jugée par les observateurs, et surtout ses victimes, comme une nouvelle agression des Rothschild, de la banque juive contre la banque catholique, de la haute banque élitiste et cosmopolite contre la banque démocratique et nationale. »

Rappelons qu’Éric ZEMMOUR considère que l’essence de la nation française est catholique : « Je suis convaincu qu’on ne peut être français sans être profondément imprégné du catholicisme. » Catholique mais pas chrétien car « le message d’amour universel du Christ est déconnecté de la loi divine et de l’enseignement de l’Église. » Il est « instrumentalisé au service de la destruction des nations et de la civilisation chrétienne en Europe. »

 

« Le juif par tempérament anti-producteur » qui « a manqué les étapes fondatrices de la modernité »

Enfin, autre poncif typiquement antisémite, en citant Proudhon : « Le juif est par tempérament anti-producteur, ni agriculteur, ni industriel, pas vraiment commerçant. » Et Éric ZEMMOUR de développer : « Les agriculteurs et les soldats sont mis au rancart aux profit des nouvelles professions, du journalisme, du droit, de la finance, de la médecine. C’est ce que l’écrivain russo-américain Yri Slezkine appellera dans son livre Le Siècle juif la revanche des nomades sur les sédentaires, des hommes d’argent sur les hommes de guerre, des spéculateurs sur les producteurs. »

Comment ne pas y voir le poncif antisémite sur le « parasitisme des juifs », cher à Hitler ? Et de poursuivre dans les poncifs les plus éculés tirés de Mein Kampf : « Les juifs se retrouvent, non sans raison, accusés à la fois de tirer les ficelles à la Bourse de Londres ou de New-York et d’errer dans les rues de Moscou et de Berlin, le couteau bolchevik entre les dents. »

D’où le mépris d’Éric ZEMMOUR à l’égard du « juif », qu’il essentialise comme tout bon antisémite : « Le juif n’a pas inventé la modernité. Il en a manqué les étapes fondatrices, que ce soit la révolution scientifique ou la révolution industrielle. » Einstein n’aurait donc pas participé à la révolution scientifique ?

Zemmour va jusqu’à rappeler comme l’aurait fait Adolf HITLER la formule soi-disant prophétique de Nietzsche : « Le juif, c’est la revanche de l’esclave sur le guerrier ». Et de singer la transmutation des valeurs chère au philosophe allemand : « Tout ce qui était sacré est devenu méprisable ; tout ce qui était méprisé est devenu sacré. Tout le monde doit devenir juif. »

 

Disraeli, le juif vrai inspirateur d’Hitler : « la race est la clé de l’histoire »

D’ailleurs, selon Éric ZEMMOUR, c’est le premier ministre juif DISRAELI de la reine Victoria « qu’il a consacrée impératrice des Indes » selon notre auteur, qui a été l’inspirateur direct d’Adolf HITLER : « Dans une note qui date de 1919, le jeune Adolf HITLER remarque : « lord Disraeli est celui qui a formulé la loi fondamentale de la race, comme clé de l’histoire ».

Éric ZEMMOUR n’hésite pas à citer Disraeli qui « est le premier à se décrire comme « l’élu parmi la race élue ». « Tout est race : il n’y a pas d’autre vérité. La race est la clé de l’histoire », écrit le premier ministre. » Pour résumer la logique zemmourienne, Disraeli est le maître à penser d’Hitler, qui a massacré 6 millions de juifs. Éric ZEMOUR ne précise pas s’il applique la transitivité à cette logique ? Les juifs seraient-ils responsables de la Shoah ?

 

« Les notables israélites » français et non Pétain responsables de la « livraison » des « juifs immigrés » à Hitler

Justement, pour réhabiliter Pétain, et le dédouaner de la déportation de juifs, Éric ZEMMOUR rend responsable les « notables israélites » de ce qu’il dénomme la « livraison » aux allemands des « juifs immigrés ». Pour parvenir à cette ignominie, il prend appui sur le constat fait par l’historien Raul HILBERG, qui écrit dans « La destruction des Juifs d’Europe » (tome 2, page 523, collection Folio) à l’égard du « gouvernement de Vichy » : « Les Juifs étrangers et les immigrants furent abandonnés à leur sort, et l’on s’efforça de protéger les Juifs nationaux. Dans une certaine mesure, cette stratégie réussit. »

La critique faite par Robert Paxton à cette thèse - ce serait uniquement le peuple français qui a sauvé la majorité des juifs français et non le gouvernement de Vichy – est contreproductive car partiellement vraie. Par exemple, c’est bien le Ministre HUNTZIGER du Gouvernement de Vichy qui négocia avec le général Von STÜLPNAGEL le rapatriement des juifs de l’Alsace-Lorraine, région réintégrée au Reich allemand : « Les deux hommes conclurent un accord prévoyant que tous les Juifs de nationalité française seraient déportés d’Alsace-Lorraine en France non occupée. Cette décision toucha 22 000 juifs pour la seule Alsace. » (HILBERG, tome 2, page 528) Ce rapatriement eu lieu en octobre 1940, le mois où furent votés les lois antisémites de vichy, ce qui prouve que l’antisémitisme inexcusable et non contestable du régime de Vichy pouvait cohabiter avec la protection des Juifs nationaux.

Et de considérer tous les antisémites comme des exterminateurs de juifs est une contrevérité historique totale. D’ailleurs l’historien américain Daniel GOLDHAGEN dans son ouvrage « Les bourreaux volontaires de Hitler » considère que l’antisémitisme éliminationniste est propre à l’identité allemande.

Mais que Pétain ne soit pas un antisémite exterminateur comme Hitler et Himmler ne l’absout pas d’être profondément et viscéralement antisémite, ce que se garde bien d’écrire Éric ZEMMOUR, même s’il reconnaît que « le maréchal Pétain a insisté, au cours du Conseil des ministres du 1er octobre 1940, pour qu’il n’y ait plus de juifs dans l’Éducation et la Justice. » 

Dans l’échelle de l’antisémitisme, si Pétain n’y est pas tout en haut, il reste malgré tout un « salaud » : il a délibérément voulu faire des français de confession juive des citoyens de seconde zone, bien qu’ils soient tout autant « vrais français » que lui, n’en déplaise à Éric ZEMMOUR qui considère Pétain comme « le plus français des français ». En défendant l’indéfendable, Éric ZEMMOUR sape les fondements même du pacte républicain, l’égalité de tous les citoyens devant la loi, quelle que soit leur confession et leur origine.

D’ailleurs pour lui, la loi antisémite d’octobre 1940 était un total non-évènement : « Le statut des juifs d’octobre 1940, les discriminations, les interdits professionnels qui frappent ces derniers, passe inaperçu. Ceux qui, dans la population, s’y intéressent {...} l’approuvent. »

Et l’argumentation d’Éric ZEMMOUR pour réhabiliter à tout prix Pétain tourne au sordide, lorsqu’il tient à préciser que « plus personne n’ignore que la police française a arrêté les juifs étrangers lors de la rafle du Vel’d’hiv de juillet 1942. » Est-il vraiment rassurant de savoir que les 4115 enfants déportés du Vel’d’Hiv étaient des « étrangers » ?

Éric ZEMMOUR va conférer la responsabilité de la déportation des juifs non pas à Pétain, mais aux juifs. Selon notre auteur, ce sont les notables israélites qui ont demandé à Pétain d’établir un traitement différencié entre les juifs français et les juifs étrangers, notamment Jacques HELBRONNER. Ce dernier ne condamne pas l’antisémitisme à l’égard des juifs étrangers, qu’il trouve « normal », mais dont il déplore qu’il s’étende aux juifs français : Éric ZEMMOUR rapporte son propos : « la réaction contre l’invasion des étrangers s’est traduite par un normal antisémitisme dont les victimes sont aujourd’hui les vieilles familles françaises de religion israélite. » Ce qui amène Éric ZEMMOUR à écrire :

« Tenant les promesses faites à HELBRONNER et à d’autres notables israélites, Pétain avait prévenu qu’il s’opposerait à un traitement analogue entre juifs « enracinés », « décorés de guerre » et juifs immigrés. » « Juifs immigrés » ! Tout le monde sait ce que le mot « immigré » signifie dans l’imaginaire zemmourien.

 

« Un récit victimaire » pour dissimuler « le repli communautaire » d’« un peuple dans le peuple »

Éric ZEMMOUR justifie le « traitement » pétainiste des juifs « immigrés » et leur « livraison » dans des wagons à bestiaux toujours avec son soupçon des immigrés ne s’intégrant pas à la France, en citant le « fils d’un juif italien venu de Livourne, André Suarès », qui « écrit sans ambages dans son pamphlet pourtant antinazi intitulé Sur l’Europe : {...} Quand le choix sera fait, s’ils veulent être un peuple dans le peuple, un État dans l’État, ils n’auront pas à se plaindre qu’on les traite en étrangers et qu’on les rejette. »

D’ailleurs, en bon antisémite, Éric ZEMMOUR rejette la responsabilité des persécutions antijuives sur les ... juifs, lorsqu’il fustige « un récit victimaire pour dissimuler que le repli communautaire, fondé sur les prescriptions religieuses et le souci de pérenniser une minorité sans État ni territoire, a en réalité été inspiré par les juifs eux-mêmes, et ce dès le XVème siècle. » 

D’ailleurs, comment ne pas comprendre qu’il rend les juifs responsables de leur persécution dans le chapitre « Saint Louis, le roi juif » ? « Les juifs seront dépouillés de leurs biens pour financer les croisades. » « En 1288, treize juifs monteront sur le bûcher. Le 22 juillet 1306, tous les juifs du royaume seront arrêtés. Cent mille quitteront le royaume pour les régions voisines. »

L’origine de ces persécutions ? Éric ZEMMOUR explique que le roi Saint Louis avait convoqué le Rabbi YEHIEL pour « dénoncer avec éclat les perfidies et les erreurs contenues dans le livre saint des Juifs pour la plus grande gloire de la foi chrétienne. »

Éric ZEMMOUR prend clairement parti pour le dénonciateur du rabbin, Nicolas DONIN de la Rochelle : « Les coups de l’apostat tombent dru et juste. Il dénonce avec pertinence le poids excessif qu’ont pris les rabbins dans la vie juive ou les critiques et sarcasmes contre Jésus et Marie », « les invectives contre les « Gentils », leur mise à l’écart par la loi juive ».

Donc dénonciation « juste » et « avec pertinence » ! Pour Éric ZEMMOUR, qui semble avoir assisté personnellement à la scène au XIIIème siècle, le rabbin « conteste avec un brin de mauvaise foi, brocarde. » Il le présente comme un menteur, dont les supposés mensonges tel que « la loi du pays est la loi » tiré du Talmud font que « la salle s’esclaffe. Même les grands pouffent sous l’œil sévère de la reine mère. »

Éric ZEMMOUR présente cette scène comme un spectacle comique, pour une dénonciation anti judaïque grossière, évidente lorsqu’il écrit que « Louis IX intime aux juifs l’ordre de vivre du travail de leurs mains et non plus du commerce de l’argent. » Il est totalement faux de considérer que les juifs ne vivaient que du commerce de l’argent. Et que seuls les juifs faisaient ce commerce. D’ailleurs, la finance de l’époque était dominée par les banquiers non pas juifs mais lombards, expulsés par Louis IX en 1269. Et la plupart des banquiers dits lombards étaient des marchands chrétiens du nord de l’Italie, comme la famille placentine Borrini.

 

« La communauté juive », un « peuple dans le peuple » expérimentateur de « la société multiculturelle que nous subissons aujourd’hui »

« Un peuple dans le peuple » : cette éternelle accusation antisémite est pour Éric ZEMMOUR consubstantielle au judaïsme, lorsqu’il écrit : « Le judaïsme est à la fois une religion et un peuple. » Principe qui s’est renforcé selon lui avec « la montée en puissance conjointe et souvent complice de l’orthodoxie religieuse et du sionisme. »

« Les écoles juives rangeaient peu à peu au placard leur patriotisme français pour devenir les relais du militantisme sioniste en France. Le bleu et blanc {du drapeau israélien} supplantait le tricolore. »

Et de citer Raymond ARON : Si les juifs « se choisissent juifs en France et citoyens français, alors ils doivent respecter que leur patrie soit la France et non pas Israël. » Et Éric ZEMMOUR de rajouter : « Cette position est demeurée évidente pour moi. Pas pour tout le monde, loin de là. » 

Car pour lui, « la question de la « double allégeance », à la France et à Israël », les juifs français « sont sommés d’y souscrire, sous peine d’être traités de mauvais juifs, de renégats, de « juifs antisémites » ». La boucle est bouclée : à cet aune, Éric ZEMOUR est fier d’être un « juif antisémite ».

« Les élites juives, communautaires et intellectuelles, pour la plupart de gauche, ont enfermé leurs coreligionnaires dans un double piège, identitaire, tribal et cosmopolite, qui les a séparés de leurs concitoyens français. »

Et nous comprenons mieux son antisémitisme profond lorsqu’il accuse « la communauté juive » d’être à l’origine de ce qu’il considère comme le pire des pêchers : « la société multiculturelle ». Il fustige « cette évolution des Français juifs » et au-delà de tout le pays, comme si la « communauté juive » avait été le laboratoire où avait été expérimentée la société multiculturelle et sa conflictualité identitaire que nous connaissons et subissons aujourd’hui. » Il écrit bien « évolution des Français juifs », et non pas d’une partie des Français juifs, tous coupables à ses yeux d’être des traîtres à la Nation française.

Éric ZEMMOUR utilise la même terminologie à l’égard des musulmans, avec « cette situation d’un peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français », pour ne pas exclure la déportation de 5 millions de musulmans français. A cette question du Corriere de la Serra en 2014, il répond que « c’est irréaliste mais l’histoire est surprenante ». Donc une déportation à grande échelle est possible pour lui. Nul doute qu’à la lecture de son dernier ouvrage, elle devrait concerner « les Français juifs » car ils se sont « séparés de leurs concitoyens français ».

Le plus grand plaisir d’un antisémite consiste à utiliser l’antisémitisme d’un juif. Nul doute que des antisémites utiliseront le texte d’Éric ZEMMOUR pour justifier leur antisémitisme. Son livre « Destin français » n’est-il pas en grande partie une resucée mise à jour pour la Vème République de « La France juive » de DRUMONT ?

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