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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 1 janvier 2026

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Bonne année sous le ciel bleu des illusions

Si vous avez survécu à 2025, vous survivrez à tout. Entre inflation invisible, assurances foudroyantes et injonctions à respirer propre, l’année aura été un chef‑d’œuvre de contradictions. Reste à savoir combien de temps nous tiendrons encore debout.

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Illustration 1

L’année 2025 aura été riche en événements : promotions canapé, fermetures d’usines, banquets fastueux, départs pour l’autre rive de Le Pen et de Bardot, futurs grands prix littéraires écrits en vingt jours sur les joies et les bienfaits de l’univers carcéral… rien ne nous aura été épargné. Et pour faire bonne mesure, Macron nous annonce que tout va bien et qu’il serait stupide de changer de direction. Nous aurons sans doute, dans quelques années, un magnifique porte‑avions nucléaire pour aller bombarder toutes ces graines de crapules qui veulent voler nos terres, violer nos femmes et massacrer nos pitchounes.

L’année aura même été si riche en informations qu’à ce titre nous aurons bientôt un journal par habitant. Après les néologismes paradigmatiques, les lavailles pestilencielles de la presse d'extrême droite,  nous aurons l’individu comme centralité, l’être‑en‑ce‑moment, l’inéconomie ad hominem… Quelques menus détails sont toutefois venus assombrir ce ciel social si bleu. Une inflation si faible que le gouvernement en est réduit à aligner salaires, retraites et autres prestations sur un chiffre pratiquement nul. Des augmentations foudroyantes frappent pourtant les assurances, les mutuelles et l’alimentation, sachant que les Français ne sont raisonnables en rien. Combien continuent de construire leur habitation dans des zones inondables devenues, par la magie de la loi, constructibles ? Combien achètent des voitures dont le moteur casse au bout de 40 000 km ? Combien sont incapables de comprendre qu’il ne faut pas respirer les pesticides : ça flingue les ganglions lymphatiques. 

Qui ose encore refuser ce droit au cancer pour tous, à part les sombres, les imbéciles et les crétins ? Et pendant que nous digérons tout cela, les experts de plateau nous expliquent, d’un ton docte, que nous devrions être heureux. Heureux de vivre dans un pays où l’on peut encore acheter des tomates en hiver, heureux de payer nos factures d’électricité au prix d’un dîner étoilé, heureux de voir nos enfants apprendre à coder avant de savoir lire, heureux enfin de participer à cette grande aventure collective qu’on appelle « l’adaptation permanente », ( merci cher Darwin).

Car l’avenir, nous dit-on, appartient à ceux qui savent s’adapter. S’adapter à la hausse des prix, s’adapter à la baisse des salaires, s’adapter aux nouvelles normes, aux nouvelles taxes, aux nouvelles injonctions. S’adapter à tout, sauf à l’idée que les choses pourraient aller autrement.Et pendant que nous nous adaptons, certains s’envolent. Pas en avion, non : en jet privé, ce n’est pas la même altitude morale. Ils montent si haut qu’ils ne voient plus les parkings de supermarché, les files d’attente devant les urgences, les fins de mois qui commencent le 12. Ils ne voient plus rien, d’ailleurs, à part la courbe ascendante de leurs dividendes.

Mais rassurons-nous : tout cela est pour notre bien. On nous le répète assez. Si nous travaillons plus, si nous consommons mieux, si nous respirons moins, si nous mangeons local mais payons global, alors peut-être, un jour, aurons-nous droit à un petit sourire satisfait de ceux qui savent.En attendant, on nous promet des lendemains radieux. Radieux comme les écrans publicitaires qui éclairent les gares désertées. Radieux comme les panneaux solaires installés sur des terres où plus rien ne pousse. Radieux comme les discours qui nous expliquent que la sobriété, c’est la liberté.

Et le peuple, pauvre gribouille de la marquise, continue à croire que tout cela finira bien. Que la raison l’emportera. Que les pesticides deviendront des vitamines. Que les assurances baisseront par bonté d’âme. Que les moteurs dureront plus de trois ans. Que les lois seront faites pour protéger autre chose que les profits .Mais au fond, nous le savons : la seule chose qui augmente vraiment, c’est notre capacité à encaisser. À avaler. À sourire. À dire merci.

Pour combien de temps encore ?

Photo : seule la nature est artiste…

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