Mise en " garde ".Ce texte court n'est qu'une invitation à penser, et ne se veut en aucun cas, " une philosophie pour tous et chacun".
D’Homère à Érasme, en passant par Nietzsche et Sénèque, tous semblent murmurer la même chose : la mort n’est pas une fin, mais une invitation. Il m’aura fallu du temps pour relier ces voix éparses, pour comprendre que ces penseurs, si éloignés dans le temps, dessinaient pourtant un même geste. Les Sioux, eux aussi, me l’avaient dit à leur manière.C’est peut‑être notre culture qui nous voile les yeux. Sénèque, presque comme un défi lancé à Lucilius, écrivait De la brièveté de la vie.
Beaucoup y ont vu un texte de regrets, un constat amer. Mais Joachim du Bellay, lui, y percevait autre chose : une manière d’habiter pleinement le temps qui nous est donné, et de s’en aller avec la sérénité des anciens. Un hymne à la vie.L’au‑delà, dans cette perspective, devient une invitation à danser. Le mot peut surprendre, presque choquer. Pourtant, il ouvre une image nouvelle : la mort comme farandole, comme chemin qui se poursuit, comme mouvement plutôt que rupture. Une danse où l’on change simplement de rythme.
On oublie trop souvent que la mort n’est pas seulement un terme, mais un miroir. Elle nous renvoie à ce que nous avons été, à ce que nous aurions pu être, et à ce que nous avons refusé de devenir. Les anciens le savaient : on ne danse pas seulement au seuil de l’au‑delà, on danse déjà ici, dans chaque choix, chaque renoncement, chaque élan.Peut‑être que la véritable invitation n’est pas celle de la mort, mais celle de la vie elle‑même. La mort ne ferait que nous rappeler, avec une douceur un peu cruelle, que nous avons été conviés à un bal que nous avons parfois traversé en somnambules.
Elle nous secoue par l’épaule et murmure : « As‑tu vraiment dansé tant que tu en avais la force ? » Les Sioux disaient que l’on meurt comme on a vécu. Non pas par punition ou récompense, mais par continuité. Celui qui a marché droit continue sa route. Celui qui a chanté retrouve le chant. Celui qui a aimé retrouve la chaleur. La mort n’est alors qu’un passage de relais, un changement de rythme, une porte qui s’ouvre sur un autre cercle de danseurs.
Et si l’on acceptait cette idée, même un instant, peut‑être que la peur se dissoudrait un peu. Peut‑être que l’on cesserait de voir la mort comme une ombre, et davantage comme une main tendue. Une main qui ne force rien, mais qui propose. Une main qui dit simplement : « Viens, le chemin continue. »
photo : il y à des cimetières qui sont des musées.
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