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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 3 janvier 2026

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Plus dur sera le réveil: ils auront la peste !

Il y a dans l’air du temps une fatigue profonde, une lassitude qui ressemble à un renoncement. Partout, l’extrême gagne du terrain en promettant des lendemains plus simples, plus beaux, plus lisibles. Elle avance avec une idée aussi vieille que les sociétés humaines : si quelque chose va mal, c’est la faute de l’autre. L’étranger, le voisin, le différent.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cette solution magique rassure. Elle donne un visage à l’angoisse, un coupable à portée de main. Elle offre aux pauvres, aux chômeurs, aux classes moyennes inquiètes une explication qui ne demande ni effort, ni recul, ni compréhension du monde. Pendant ce temps, les forces politiques traditionnelles ont déserté leur rôle.

La droite a montré qu’elle ne pouvait ou ne voulait plus répondre aux besoins des plus fragiles.La gauche, qu’elle n’était plus en mesure de contenir les logiques économiques qui broient les existences.Entre les deux, un boulevard s’est ouvert, et l’extrême s’y est engouffrée avec l’assurance de ceux qui n’ont rien à perdre.

Avant de quitter la France pour la Mauritanie, j’avais déjà entendu ce que me confiaient certains électeurs de ces partis. Ils parlaient avec une ferveur presque religieuse, comme si un nom pouvait suffire à réparer le monde. Ils attendaient un miracle politique, une intervention providentielle qui transformerait leur vie sans qu’ils aient à comprendre ce qui se joue réellement.

Leur rapport au politique relevait davantage de la prière que du raisonnement. Ce qui m’a toujours frappé, c’est l’écart entre leur mépris affiché pour le langage des jeunes de banlieue et leur propre pauvreté lexicale. Ils dénoncent l’inculture des autres sans voir la leur. Mais comment pourraient-ils voir ce qu’on ne leur a jamais appris à regarder ? Car le problème est plus profond. Il vient d’une école affaiblie, incapable de donner à chacun les outils pour lire le monde.Il vient d’une télévision qui a troqué l’analyse contre le spectacle.Il vient de médias qui simplifient à l’excès, de réseaux sociaux qui saturent d’émotions mais raréfient la pensée.

Il vient d’une société qui a renoncé à transmettre, préférant divertir plutôt qu’instruire. Beaucoup de citoyens se retrouvent ainsi dans une situation paradoxale : ils vivent dans un monde infiniment complexe, mais ne disposent plus des instruments pour le comprendre.Ils sont comme ces esclaves d’autrefois à qui l’on interdisait d’apprendre à lire, non par cruauté, mais parce qu’un esclave qui lit devient un homme qui pense, et un homme qui pense devient un homme qui se lève.La médiocrité, organisée, entretenue, rentable, prépare toujours le lit des extrêmes.

Elle crée des foules qui ne demandent plus à comprendre, mais seulement à croire.Elle fabrique des citoyens qui ne cherchent plus des solutions, mais des sauveurs.Elle installe une société où l’on confond la colère avec la lucidité, et la peur avec la clairvoyance.Le réveil sera dur, parce qu’il viendra trop tard pour beaucoup.Mais il viendra.Car l’histoire ne pardonne jamais longtemps les illusions collectives.Et les peuples finissent toujours par découvrir que les réponses faciles coûtent plus cher que les problèmes qu’elles prétendaient résoudre.

Addendum.

Ce qui se présente aujourd’hui sous des visages différents relève en réalité d’un même projet :un durcissement sécuritaire, une stigmatisation des minorités, une réduction des libertés publiques, une vision identitaire du pays, et une conception verticale du pouvoir.Les partis qui portent ces orientations ne diffèrent que par le ton ou le style.Leur horizon politique, lui, est identique :restreindre, exclure, simplifier, désigner des ennemis intérieurs, substituer l’émotion à la raison, et gouverner par la peur plutôt que par la justice sociale.

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