Même ici, au milieu du désert, ou plutôt dans cet entre-deux où l’on ne sait plus très bien si l’on traverse un paysage ou si c’est lui qui nous travers, les nouvelles du monde finissent toujours par nous atteindre. Hier, c’était l’histoire des grandes puissances qui convoitent les richesses des autres. Certains annoncent déjà les prochains chapitres : Chili, Argentine, Groenland. Le règne de l’impérialisme de la souris « Disney » continue de grignoter du terrain. Il parait qu'il faut lutter contre le narcotrafic pour sauver tous ces riches, et cette classe moyenne qui se bourrent le nez de cocaïne. En fait, en tuant des gens, notre doxosophe du mana des ethnologues fait oeuvre de salubrité publique... Et bien entendu, Macron le lâche approuve cette épuration.
De l’autre côté, on évoque les ambitions russes en Ukraine. Les gisements s’épuisent, d’autres se révèlent. Ce qui ne valait rien hier vaut une fortune aujourd’hui. Le monde tourne autour de ses appétits.
Et pourtant, me voilà simplement planté devant ma tente à manger de la semoule aux dattes et à boire du the. Je regarde le monde, hébété de tant de violences. Et tout ce vacarme devient un brouillard, un bruit de fond indistinct. La presse s’agite, s’emballe, s’enivre de ses propres alertes. Un homme tombe à Toronto et aussitôt c’est un torrent de vidéos, d’hypothèses, de récits qui s’entrechoquent. Une fabrique de psychose. Alors, puisque l’espace ici est libre, j’ai choisi une fois encore la plume vagabonde, celle qui trempe dans le sable plutôt que dans l’encre.
La lune, elle, ne change pas. Hier, j’avais mal à l’estomac. Un bédouin hilare m’a tendu trois noix étranges à sucer. Une heure plus tard, plus rien. Je l’ai surnommé le sorcier. Il lorgnait sur un vieux foulard que je porte parfois, un chiffon sans valeur. Je le lui ai donné. Il en aura plus besoin que moi quand le vent se lèvera pour gifler de sable les visages tannés.
Et ce chemin qui mène à la mer, alors. Il n’en existe presque plus. Pourtant, je l’ai connu, ce chemin, du côté de Saint-Pair-sur-Mer, dans la Manche. Un hôtel-restaurant du début du siècle, posé au bord de la route, offrait derrière lui un sentier qui serpentait entre les dunes et les ajoncs. Un passage discret, presque secret, qui menait à la plage. Comme dans le désert, j’aimais marcher pieds nus jusqu’à l’océan.
Leur pétrole, pour moi, c’était ça : ce liquide magique, tiède, salé, qui venait me lécher les chevilles. Une richesse qui ne s’extrait pas, qui ne s’accapare pas, qui ne se vend pas. Une richesse qui se traverse, contrairement au pétrole de Trump qui est l'argent du meurtre, ( colonisation ). En attendant, plus il y a d’informations, moins il y a de sens. Plus le flux s’accélère, plus la perception se brouille. J’ai choisi le désert comme antidote pour vivre mieux, et serein encore un peu.
Mektoub.
Ps : le bédouin m'à demandé :- c'est comment dans ton pays ?
J'ai répondu:- c'est devenu con.
Il à haussé les épaules, il avait tout compris en trois mots.