Les dinosaures sont morts, les souris ont survécu, ( Darwin ).
Il faut parfois s’éloigner du centre pour voir le monde tel qu’il devient.Dans les capitales saturées, dans les tours de verre, dans les couloirs où circulent les puissants, tout semble encore tenir debout. Les discours sont lisses, les chiffres rassurent, les institutions se répètent. Le centre croit encore à sa propre éternité. Mais c’est ailleurs que ça bouge. Dans les marges. Dans les déserts.
Dans les villages oubliés. Dans les communautés qui bricolent leur autonomie avec trois planches, un panneau solaire et une dignité farouche. Là où l’État ne vient plus, les gens réinventent leurs vies, la vie. Là où les riches font sécession, tuent la démocratie garante de justice sociale, de progrès pour tous, les pauvres tissent des liens. Ils inventent des stratégies de survies, ce que nous appelons des ethno-méthodes. Là où les élites se retirent derrière des murs, les vivants inventent des chemins, prennent une autre voie. Ce sont des modèles minuscules, fragiles, presque invisibles. Une pompe réparée collectivement, des toilettes sèches, un véhicule à tout faire. Un four solaire construit avec des déchets. Une école improvisée sous un arbre. Une garderie d'enfants tenue et partagée par des familles. Une entraide qui ne demande rien, sinon de tenir ensemble. Les chercheurs appellent ça des « zones d’expérimentation sociale ».En Angleterre, ce mode de vie est désignée comme le temps du New âge travellers. Des gens de tous horizons que le centre ne veut plus, et ne veut plus intégrer.
Les technocrates n’y voient que des anomalies. Les puissants n’y voient rien du tout. Mais ceux qui marchent, ceux qui vivent au ras du sol, ceux qui traversent les frontières de sable, eux savent. Ils sentent que le futur n’émergera pas du centre, mais des bords. Que les sociétés se réinventent toujours là où elles ont été abandonnées. Que les déserts sont des laboratoires, et les marges des prophéties.
Pendant que les riches se retirent du commun, d’autres reconstruisent le commun sans eux. Pendant que certains rêvent de vivre entre eux, d’autres apprennent à vivre ensemble. Pendant que les élites se protègent, les peuples expérimentent. Le centre croit encore gouverner. Mais l’avenir, lui, pousse déjà dans les fissures.
Ps: la loi cabanisation, ( anti cabane ), est une tentative pour casser une de ces marges.
Agrandissement : Illustration 1
Photo:vieille barque transformée en " maison".