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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 11 janvier 2026

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La sale culture du mépris: bienvenu Zaïd.

Dans une société qui se dit égalitaire, le mépris reste l’un des derniers privilèges que certains s’accordent sans honte. Il frappe les plus vulnérables, se cache dans le langage, s’invite dans les institutions. Il est indispensable de mettre en lumière cette culture du dédain qui gangrène encore nos relations.

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« Dites, en vertu de quel droit et en vertu de quelle justice, tenez-vous ces Indiens dans une si cruelle et horrible servitude ? Qui pouvait vous autoriser à faire toutes ces guerres détestables à des gens qui vivaient tranquillement et pacifiquement dans leur pays et à les exterminer en nombre si infini par des meurtres et carnages inouïs , ( Otzi ).

La culture du mépris traverse nos sociétés comme une vieille ombre dont on n’a jamais vraiment voulu se défaire. Il suffit qu’un enfant porte un nom d’origine algérienne pour être immédiatement assigné à une identité, une religion, une altérité. Mustapha, Karim, Zaïd : trois syllabes suffisent pour devenir « étranger », musulman,  même lorsqu’on est né ici, même lorsqu’on est athée. Le mépris ne demande aucune preuve, seulement un prétexte.

Et ce mécanisme ne se limite pas à l’origine. Il frappe les pauvres, les femmes, les corps vulnérables, les animaux, les SDF, les toxicomanes, tout ce qui peut être dominé. Il est ancien : on se souvient de ceux qu’on a condamnés pour avoir simplement affirmé que les peuples amérindiens étaient aussi intelligents que les Européens. Dire l’égalité a longtemps été un crime. Otzi à contredit le conseil des Indes ouvertement qui affirmait l'infériorité des amérindiens. Il sera condamné au bucher. Il prendra la fuite en Italie pour échapper à l'horrible torture. Rousseau, Baudelaire aussi, ont payé le prix de leurs vérités par la condamnation, la fuite en Suisse de l'auteur de l'Emile sera aussi son unique choix. Baudelaire subira un procès pratiquement en place publique.

Notre langue elle-même porte les cicatrices de cette histoire. Les insultes ethniques, sociales ou culturelles s’y accumulent comme un inventaire de hiérarchies implicites. Chaque mot dégradant raconte la même chose : l’idée que certains valent moins, pensent moins, comptent moins. Et lorsque, dans l’espace public, un député RN  tourne en dérision la détresse d’un agriculteur ruiné qui se suicide, cela révèle une vérité plus large : le mépris n’est pas un accident, mais un système. Un système qui préfère juger plutôt que comprendre, classer plutôt qu’écouter, humilier plutôt que tendre la main.

Le plus inquiétant, peut‑être, est que cette culture du mépris finit par devenir invisible à force d’habitude. Elle se glisse dans les conversations, dans les institutions, dans les gestes quotidiens. Elle façonne les regards avant même qu’on ait le temps de penser. On ne méprise plus seulement des individus : on méprise des catégories entières, des existences entières, parfois sans même s’en rendre compte.

Et pourtant, rien n’est plus fragile qu’une société qui s’autorise à hiérarchiser la dignité humaine. Car le mépris n’est jamais stable : il commence par viser l’autre, puis il s’étend, il cherche de nouvelles cibles, il se nourrit de peur et d’ignorance. Aujourd’hui c’est un prénom, hier c’était une origine, demain ce sera peut‑être une profession, une faiblesse, une simple différence.

On finit par oublier que derrière chaque étiquette, il y a une vie. Une vie avec ses joies, ses peines, ses efforts, ses espoirs. Une vie qui ne demande rien d’autre que d’être reconnue comme pleinement humaine. C’est peut‑être là que se joue l’essentiel: dans la capacité à voir l’autre non pas comme un symbole, mais comme un être.

Rien ne changera tant que le mépris restera plus confortable que la compréhension. Tant qu’il sera plus facile de juger que d’écouter, plus simple de caricaturer que de rencontrer. Mais l’histoire montre aussi que les cultures peuvent évoluer, que les regards peuvent s’ouvrir, que les mots peuvent guérir autant qu’ils blessent.

Le contraire du mépris n’est pas la naïveté. C’est la lucidité. La lucidité de reconnaître que nous sommes tous vulnérables, tous dépendants les uns des autres, tous porteurs d’une dignité qui ne se négocie pas. Le RN et ses laquais devraient retourner sur les bancs d'une école enfin devenue véritablement égalitaire et de qualité.Le mépris ne sera jamais une politique mais une culture de l'immonde.

Photo : paumé.es.

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