Il suffit d’observer ce qui se produit lorsque deux responsables politiques débattent : la confrontation vire immédiatement à la violence verbale, au point que certains journalistes tentent d’interrompre l’échange pour éviter l’embrasement.Tout dialogue devient impossible, et encore une fois, la question est anthropologique .
Faut‑il vraiment considérer que l’immigration serait la source de tous les dangers ? Que les crimes les plus graves seraient l’apanage des étrangers ? Même formulées avec emphase, ces affirmations ne deviendront jamais acceptables : elles sont fausses, stigmatisantes et profondément indignes.
Pendant ce temps, les agressions visant des personnes perçues comme étrangères, ou des femmes portant un voile, se multiplient. Dans les cafés, dans la rue, dans les transports, des individus sont pris à partie, insultés, parfois frappés. Jusqu’où faudra‑t‑il aller ? Devra‑t‑on en arriver à ce que certains se dissimulent sous une cagoule pour espérer passer inaperçus ?
Ce climat finit par imprégner tout le quotidien. On se surprend à mesurer ses mots, à éviter certains sujets, à craindre que la moindre nuance soit interprétée comme une prise de position radicale. Les conversations se fragmentent, les amitiés se tendent, les familles se divisent. Chacun se replie dans son camp, persuadé que l’autre est irrémédiablement perdu, irrémédiablement hostile.
Et pendant que l’on s’écharpe sur des fantasmes, la réalité continue de se dégrader. Les services publics s’effritent, les inégalités explosent, les solidarités s’effondrent. Mais au lieu de regarder ces causes profondes, certains préfèrent désigner des boucs émissaires. C’est plus simple, plus rapide, presque confortable : il suffit de pointer du doigt ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.Le danger, c’est que cette logique finit toujours par déborder. Aujourd’hui, ce sont les étrangers. Demain, ce seront les pauvres. Après‑demain, ceux qui pensent différemment. Une société qui accepte la stigmatisation comme mode de gouvernement finit toujours par se dévorer elle‑même.
Alors oui, il existe peut‑être deux France qui ne se parlent plus. Mais il en existe surtout une troisième, silencieuse, fatiguée, inquiète, qui refuse de choisir entre la peur et la haine. Une France qui voudrait simplement vivre ensemble sans devoir se justifier d’exister. Le racisme, à défaut de créer d’innombrables problèmes, n’en réglera pas un seul. .