La Mauritanie est un pays vaste, presque deux fois plus grand que la France, dont 70 % du territoire est recouvert par le désert du Sahara. C’est un pays pauvre, mais qui cherche malgré tout à progresser, autant dans son développement industriel que dans les conditions de vie de sa population.
Ses trois principales ressources sont la pêche, le minerai et le pétrole (ainsi que le gaz). Le chômage atteint des sommets : environ 40 % de la population. Alors chacun survit comme il peut. On voit des chèvres partout, de minuscules échoppes dans les marchés, quelques lopins de terre cultivés, et beaucoup de petits travaux à domicile comme la couture. Pour se déplacer, on prend des taxis sur de courtes distances : de très vieilles voitures, portes cassées, carrosseries rouillées, presque des épaves roulantes. « Ici, c’est l’Afrique », nous a lancé un homme avec un grand sourire.
Tout ce qui est importé coûte extrêmement cher : pneus, filtres, huile… À côté des autres Mercedes, la mienne ressemble presque à un bijou. Karim, lui, a déjà trouvé un moyen de gagner de l’argent. Il utilise la voiture pour « rendre service à des familles ». Je reconnais bien là la générosité typiquement maghrébine…. Pour ma part, je le laisse à ses affaires et je consacre mes après-midis à ce que je préfère : ne rien faire, lire, écrire. Bien entendu, en rentrant il à un pognon de dingue … La banlieue est une grande école de la débrouillardise .
J’ai oublié de vous dire que nous logeons chez une vieille dame qui nous a loué une chambre. Sa maison en terre compte deux pièces. Ici, ce type d’habitation coûte entre 3 500 et 4 800 euros, ce qui est loin d’être négligeable. Karim a négocié 60 euros la semaine ; la vieille dame en était ravie. Elle dors dans l’autre pièce qui sert aussi de cuisine, et elle est contente d’avoir « des invités « .
Le matin, elle nous apporte parfois un thé brûlant, sucré comme un baiser, qu’elle prépare avec une lenteur presque cérémonielle. Elle ne parle pas beaucoup, mais son regard dit tout : la curiosité, la fierté d’accueillir des voyageurs, et cette douceur un peu timide qu’ont les gens qui ont beaucoup vécu. Karim, lui, a déjà réussi à devenir son « fils adoptif ». Elle l’appelle « mon garçon », ce qui le fait sourire comme un gamin. Ici pas de police ou très peu. On ne sent pas surveillé, et je pense que c’est légal.
La vie suit un rythme particulier, un mélange de lenteur et d’improvisation permanente. Rien n’est vraiment prévu, mais tout finit par se faire. Les journées sont chaudes, froides la nuit, et l’air semble vibrer au-dessus des dunes. À certaines heures, on entend seulement le vent et, au loin, les appels des enfants qui jouent dans la poussière.
Je passe beaucoup de temps assis devant la maison, à regarder les gens aller et venir. Les hommes en boubou, les femmes enveloppées de leurs mélhafas colorées, les ânes qui tirent des charrettes grinçantes. Tout paraît simple, presque immobile, et pourtant chaque minute raconte quelque chose. C’est peut-être ça, le désert : un endroit où il ne se passe rien, mais où tout existe intensément.
Karim revient souvent en fin d’après-midi, fier comme un coq. Il a transporté une famille, livré un colis, aidé un cousin d’un cousin d’un ami. Il connaît déjà la moitié du quartier. Moi, je l’écoute raconter ses aventures avec un mélange d’amusement et d’admiration. Il a ce talent pour se faire aimer partout où il passe.De plus, et il ramène de l’argent et de quoi manger même si nous ne manquons de rien. Karim c’est une mine d’or.
Le soir, la vieille dame allume une petite lampe à pétrole. L’électricité fonctionne quand elle veut, alors on s’adapte. L’ombre danse sur les murs en terre, et on se retrouve tous les trois à partager un repas simple : du pain, un peu de riz, parfois un morceau de poisson séché. Rien d’extraordinaire, mais dans ces moments-là, tout semble juste.
Je crois que c’est ça, voyager : accepter de se laisser surprendre, de ralentir, de regarder autrement. Atar n’est pas une ville spectaculaire, mais elle a une âme. Et, sans qu’on s’en rende compte, elle vous apprivoise.
La vieille dame nous à dit: j’aimerais tant vous garder les garçons.
Ps : en fait, la vieille dame est plus jeune que moi, elle à 69 ans mais, le soleil et le vent cuisent les habitants.