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Mustapha Ait larbi

Intellectuel dubitatif. Guitariste a l'occasion. Né Algérien par hasard ce, comme les Français. Par hasard !

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Billet de blog 14 janvier 2026

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La ballade des maghrébins.

Je vous ai laissés un moment, le temps d’aller voir des sources d’eau chaude dans le désert .Ici, il y à des abeilles donc, de la vie partout . ici, je me rends compte, que l’enjeu n’est plus seulement écologique, mais social, politique et civilisationnel. L'Anthropocène est un désordre planétaire inédit.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Illustration 1

Je vous ai laissés un moment, le temps d’aller voir des sources d’eau chaude. Il doit bien y avoir un volcan dans le coin. Le bled s’appelle Terjit, avec sa palmeraie qui surgit au milieu du désert.  L’endroit rappelle un peu Tozeur, en Tunisie, pour ceux qui connaissent. L’eau alimente toute la palmeraie, mais comme je ne suis pas géologue, je n’irai pas plus loin. Ici, l’eau vaut plus cher que le pétrole, et ça pollue nettement moins.

Un type nous a rabattus pour une balade à dos de chameau,  et dire que j’ai horreur de ça. À choisir, je préfère encore affronter le grand vent sur le Poséidon en Méditerranée. Mais bon, ce n’était pas cher, et Karim veille toujours au grain. Il gagne encore " un pognon de dingue" avec son histoire de transport avec la mercedes. Comme je l’ai déjà dit, il est devenu taxi " au noir" mon copain donc, en payant bon prix ici pour le pays, il à encore une idée derrière la tête. A mon avis, il va repérer les lieux..  Et puis ici,  on riche, ça change un peu. Cette promenade improvisée  permettait de sortir un peu de la piste. Le chameau c'est le meilleur des 4X4. Le guide parlait très bien français, vestige du temps béni des colonies.

Pour nous faire goûter toute la saveur du Sahara, il a pris les chemins qui serpentent sur les crêtes des dunes. Et même pour un vieux sanglier blasé comme moi, la balade avait de la gueule. Ici, pas même une herbe sèche. Le désert est vivant : le sable bouge, une dune apparaît, une autre disparaît.

L’oasis, en gros, ce sont des jardins irrigués par de petits canaux. Chaque parcelle reçoit sa part d’eau, au millimètre près. Leur système est d’une précision incroyable, une forme d’égalité qui n’existe plus vraiment dans notre monde devenu égoïste, centré sur l’individu et le chacun pour soi.

En quittant l’oasis, on a repris la piste, cette longue cicatrice ocre qui traverse le désert comme si quelqu’un avait voulu tracer une ligne droite dans l’infini. Le vent était assez violent. Ici, il n’y a pas d’ombre, seulement des illusions d’ombre. Le moindre caillou devient un refuge imaginaire. Alors, on à des ombrelles sur les chameaux.

Karim, lui, est tranquille, comme si le Sahara était son jardin. Il devine chaque crête , chaque creux, chaque piège de sable. Moi, je regardais défiler le paysage, hypnotisé. On croit que le désert est vide, mais c’est faux. Il est plein de silence, plein de mouvements minuscules, plein de choses qu’on ne voit que si on accepte de ralentir.

On s’est arrêté un moment au pied d’une dune immense, une vraie muraille de sable. On à bu le sempiternel thé, et on à mangé de la semoule, du poisson séché avec une sauce rouge, et du pain. Tout était compris dans le prix, c'est pas cher payé. Le vent soufflait juste assez pour faire vibrer la surface, comme une peau vivante. J’ai pensé que si un jour je devais disparaître quelque part, ce serait ici. Pas par tristesse, non. Par respect. Le désert avale tout, mais sans violence. Il efface, il polit, il remet à zéro.

Karim m’a lancé un regard en coin, un de ces regards qui disent « tu vois, je t’avais dit que ça valait le détour ». Et il avait raison. Même moi, vieux râleur professionnel, j’étais calmé. Le Sahara, ça remet les pendules à l’heure.

On a repris la route, et au loin, la palmeraie de Terjit s’est mise à disparaître derrière les dunes, comme un mirage qui retourne à sa cachette. Je me suis dit que dans notre monde qui court partout, on devrait peut-être apprendre à disparaître un peu plus souvent.

Merci de vos lectures .

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