Ils prospèrent sur les ultimes réserves comme des parasites sur un fruit trop mûr, persuadés que la douceur durera toujours. Ce ne sont pourtant que des tumeurs qui se nourrissent sur la pourriture . On dit qu’un arbre qui tombe fait plus de bruit qu’une forêt qui pousse. Eux, ils se nourrissent du vacarme. Ils transforment chaque chute en spectacle, chaque effondrement en opportunité, chaque silence en menace.
Pendant ce temps, la forêt continue son œuvre discrète : elle pousse, elle répare, elle invente. Mais les signaux rouges clignotent dans l’indifférence générale. Les poissons se raréfient, les sols s’épuisent, les métaux se dispersent dans des objets jetables, les arbres deviennent des souvenirs.Le climat se meurt. La planète ressemble à un coffre dont on aurait perdu la clé mais dont on continue de forcer les charnières.
Et pourtant, malgré les dictateurs, malgré les accapareurs, malgré les illusions de puissance, quelque chose persiste. Une volonté têtue. Une créativité lente.L’élan vital de la vie. Une humanité qui refuse de mourir dans le bruit des arbres qui tombent.
Car la forêt pousse encore. Elle pousse dans les gestes minuscules, dans les idées neuves, dans les solidarités qui ne font pas la une. Elle pousse dans les mains de ceux qui n’attendent pas l’autorisation de vivre autrement.Les officionados de la dernière abondance croient régner sur la fin d’un monde.
Ils ne voient pas qu’un autre monde, silencieux, patient, est déjà en train de naître. L’anthropocéne est un mort qui bouge encore.